Petites considérations existentielles : quatre

Un transfuge irrévocable s’est fait dans mon être. Je suis passé à un stade où seules la quiétude, la connaissance et la création comptent. Honnis de la cité dès mon plus jeune âge, incompris de ma classe sociale, j’ai découvert il y a peu quel taoïste je suis dans le fond. J’ai toujours fui les gens, la société, tout ce qui est conçu non pas pour grandir mais rapetisser. Futilités ambiantes. Ne jamais se contenter de l’évidence.

Il a fallu nombre d’années pour arriver à ce déchirement presque total. Je porte encore de nombreux stigmates de mon ancien moi occidentalisé. C’est journalier même. Un travail abrutissant, à la botte du grand capital, dans un lieu créé par le très grand capital. Au milieu de la Culture de masse, j’évolue. Je suis dans le rôle d’un Epictète moderne qui se crée liberté dans un monde superficiel, avec le spirituel et le poétique du quotidien comme guides.

Je ne suis ennuyé que le monde soit de la sorte, les choses sont comme elles sont et d’après l’Histoire nous voyons qu’il est long et souvent très pénible de changer une société vers plus d’Humanité. Le cadre est ce qu’il est, il peut toujours balancer d’un côté comme de l’autre. Le monde tel qu’il est, avec ses effets pervers, ses contre-effets, son imprévisibilité. Le mal permettant de créer du bien par contrecoups, et inversement. C’est ici que je veux en venir ; les biais d’Humanité, le caractère profondément imparfait et volatile de l’Être humain. Du spectre très bon à très mauvais. Impermanent. J’avoue souvent être déboussolé par cette nature ; le pire des systèmes peut produire quelques très bonnes âmes et le meilleur (le moins pire) les pire des âmes. N’y a-t’il pas là un champ d’exploration à lancer ? Il fut un temps, j’aurais bien tenter de le faire, aujourd’hui plus du tout. Il en va ainsi d’énormément de sujets, pourquoi ? Parce que jamais rien ne tient sur la longueur. Et que ces efforts de pensées dans la configuration dans laquelle je me trouve ne me permette pas de trouver réponses satisfaisantes. Il me semble là que jamais la vérité n’éclate. Il y a suppositions, exemples utilisés, contre-exemples en barrière pour prouver que tout et rien sont prouvables. Conceptions encore. Le mur. Nœuds gordiens. Oui et non. Je vois où ma liberté de penser commence et ou elle s’arrête.

Bien que je sache que les politiques politiciens ont tout intérêt à ce que nous ne prenons part aux débats, aux décisions quant à la cité, il est évident pour moi que je n’existe pas. De la petite classe à la classe moyenne, je me situe, et c’est en cela que j’ai cité Epictète plus haut. Je suis descendant de petites mains. De ceux qui ne savent charmer ou mentir pour arriver à leurs fins. Descendant d’agriculteur, de servante, de mineur, de batelier, de la méditerranée. Qui même en droit, pour ne faire de vague, ne les défendront pas. Et sans désespoir, j’avance aujourd’hui vers l’Ataraxie, un effacement de la pensée occidentale contemporaine ; qui est essentiellement aujourd’hui pugilat, pensée de consommateur-consommant, d’individu roi avant la collectivité. J’ai peut-être été trop idéaliste à la base et pas assez combatif sans doutes. La bêtise est illimitée, épuisante, et à l’écart, ne me sentant légitime je fais le jeu de l’ambiant. Taoïsme. Petite communauté. Loin de la fureur du monde. Je crois qu’il est là la meilleure façon pour moi de me sentir un peu vivant, au minimum un peu vivant.

Au fond n’ai-je pas été taillé pour amener des sous, faire du PIB ? Un petit outil. M’a-t-on ne serait-ce qu’une fois exposer ce qu’est la bonne vie, la belle vie, la pensée, la critique, la parole libre, l’Altruisme, l’Humanisme ? Entre les écrans de télévision, n’ai-je pas grandi par procuration, dans la peur d’un monde dont nous ne comprenons pas grand chose ? Exposé à une furie perpétuelle de guerre et de catastrophes, de prêt-à-penser, de sexisme, de publicités de junkfood pendant les évènements sportifs(cohérence…), se faire hanounaniser presque partout.

Jamais nous ne sommes mis face à un grand projet humaniste où nous pourrions prendre place avec fierté, ne serait-ce qu’avec l’esprit. Dans un discours positif et libertaire, rassembleur. A l’échelle d’une Nation, ce n’est même pas envisageable. Sommes-nous tellement différents pour que jamais cela ne puisse arriver ? Sourire dans la rue, être précautionneux, poli, est devenu utopique pour grand nombre. Nous voyons ici à quel point notre société est en souffrance. L’individu roi est à l’image de la société, de la compétitivité ; du petit moi avant les autres, l’empathie enfouie au loin, du toujours plus, du toujours plus vite.

Est-ce si difficile de donner ne serait-ce que le d’un monde plus gai. Cela coute-t-il tellement cher individuellement et collectivement de donner un sentiment de gaieté quotidien, sans tomber dans l’abrutissement de masse ? Il y a à repenser la notion de spirituel chez nous ; savoir être. Souvent, je pense à Schopenhauer, à Lao Tseu et à tant d’autres et je me dis ; qu’est-ce qui cloche chez nous ?  Dans le fond qu’est-ce qui cloche ? Il s’avère que c’est assez simple ; nous aimons que trop les chimères, nous avons peur du réel, nous ne savons gérer nos émotions, nous sommes effrayés par l’inconnu, l’autre, nous fonctionnons par préjugés, par visions faussée du monde – essentiellement médiatique (nombre d’Américains pensaient que la guerre était en guerre civile lors des émeutes de banlieues il y a quelques années). Ce qui nous amène presque tous à avoir une attitude austère envers le monde. Cette attitude qui elle aussi nourrit l’austérité du monde. Spirale infernale. Elle est certainement cassable. Il y a énormément de pistes à envisager, il y a congrégations d’actions politiques à faire sur plusieurs étages de la société. Travailler sur le sentiment d’appartenance à une grande Humanité est plus que faisable. Découvrir les âmes, les rendre plus belles est aussi un travail. C’est un travail de système et individuel. Mais restons prudents :

« Il n’y a que trois ressorts fondamentaux des actions humaines, et tous les motifs possibles n’ont de prise que sur ces trois ressorts. C’est d’abord a) l’égoïsme, qui veut son propre bien (il est sans bornes) ; b) la méchanceté, qui veut le mal d’autrui (elle va jusqu’à l’extrême cruauté) ; c) la pitié, qui veut le bien d’autrui (elle va jusqu’à la générosité, la grandeur d’âme). Toute action humaine doit être ramenée à l’un de ces trois mobiles, ou même à deux à la fois ». Schopenhauer

Darwin et Kropotkine ont parlé de l’entraide, basé sur un certain égoïsme communautaire. Elément qui peut enrayer la fameuse loi du plus fort – l’Union fait la Force. Il m’est intuition que l’aboutissement de l’Homme se trouvera dans l’entraide totale. La fin de son évolution se situe là, dépassement des petites communautés sans pour autant les oublier :

L’entraide intégrale !

« L’homme doit s’élever au-dessus de la vie, il doit comprendre que les incidents et les événements, les joies et les douleurs n’atteignent pas son moi meilleur et intérieur, que le tout n’est qu’un jeu ». Schopenhauer

 

 

 

 

 

 

L’impulsion

Une fois la mort advenue,

il est bien trop tard pour se rendre compte,

que tout a été rendu.

 

Alors,

n’est-il pas,

à chaque instant,

important,

de savourer le prêt de la vie reçue ?

 

Il est dit chez Montaigne que « philosopher c’est apprendre à mourir ».

Cette finitude de l’être pour qui la sait et en note l’importance,

peut donner toute sa pleine puissance à la vie humaine.

 

Sans toutefois donner la carte pour apprendre à vivre.

Une impulsion.

 

Qui respire vit,

qui vit est en vie ;

mais comment ?

 

Au fond, chacun le sait.

 

Seuls les plus courageux fixent la vérité sur eux-mêmes en face.

Et en tirent quelques grandes leçons de vie,

ou de mort.

 

Petite machinerie de la joie

La grise vision chaotique,

du journalier médiatique

entache la lumière enfantine.

Poussés à penser cathodique,

les ondes bêta jaillissent.

 

Dans un grand bal d’opinions,

les psittacidés sévissent.

Le but est d’avoir raison,

sans avoir grande raison.

 

Du fond et de la réflexion,

ils ne s’enquièrent.

Emporter la mise,

mettre l’autre par terre.

 

Ô ami, sais-tu à quel point nous sommes loin de cette valse,

elle ne nous est que grotesque et futile.

 

Hors-du-temps,

nous faisons partie du champ de l’universel, du subtil.

 

Forteresse.

Immense forteresse.

D’aspiration mystique.

 

Notre religion ;

l’extase d’un moment banal,

capturé par photo mentale,

et poétisé.

 

Assemblage d’Elixirs mentaux,

faits d’émerveillement,

de non-jugements,

de slaloms hors-concepts.

 

Intrépides,

face au grand vide.

 

Stoïcien, épicurien,

notre destin.

 

Loin des média

se trouve

notre petite Machinerie de la joie.

 

 

 

 

 

 

Michel Onfray, illuminé éteint

Je sors de ma petite poésie pour parler d’un Monsieur que j’aime beaucoup : Michel Onfray. Je suis le philosophe depuis quelques années maintenant. Assez admirateur de la densité de sa pensée et de son érudition, de sa façon à mettre les faits historiques en concordance avec les pulsations de notre civilisation, de sa pugnacité et de son refus d’être soumis à un système médiatique (qui l’a servi quoi qu’il en dise) en créant sa propre Web TV.

Nietzschéen dans sa façon de déconstruire (à coups de marteaux) le Christianisme et autres idoles, le philosophe ne se veut pas décliniste mais plutôt médecin qui aurait posé diagnostic sur un monde malade. Un Occident en phase terminale. Il ne manque pas de citer Oswald Spengler d’ailleurs (Déclin de l’Occident). Ce qui se défend. Des valeurs meurent pour être remplacées par d’autres, la vie telle qu’elle est. Rien de neuf. L’impermanence du monde. Le tout en perpétuel mouvement. La mort à nos trousses.

Le troisième livre de la trilogie Cosmos s’appellera Sagesse. Il nous dira comment mourir avec grandeur. On verra, j’ai déjà mon idée quant à la substance du contenu. Onfray prônera une vie plus reculée, plus centrée sur soi, hors d’un monde mourant. Mais trêve de spéculations. On ne parle d’un livre qu’une fois lu.

Démocratiquement, nous sommes dans un système qui doit et devrait laisser libre parole à tous propos sauf aux plus extrémistes (à noter que l’extrémisme a divers degrés, mais c’est un autre sujet). Toute parole a ses vertus. Elle produit et contre-produit des effets. Et c’est là que j’expose les effets de la parole onfraisienne sur moi.

Ce qui me chagrine, et m’embête dans le fond, c’est qu’Onfray ne donne plus l’image de l’hédoniste et par prolongation, ne représente plus/pas la pensée gaie nietzschéenne. Il a beau mener de beaux combats comme sa Web TV, ses livres, son Université Populaire de Caen, je ne sens plus dans sa parole, dans sa vision, dans sa pensée, sur son visage, l’illumination de gaieté, la sagesse bienveillante d’un hédoniste, d’un homme en paix. Je ne sens plus d’entrain, je vois désolation et amertume d’un homme bousculé par un système, par un monde qui n’est pas en phase avec sa vision, avec lui. Un idéaliste brisé. Un homme aux forces déclinantes.

Et c’est là que je ne le suis plus. Nous, jeunes hommes, jeunes femmes, devrions ne plus faire d’enfants comme il le préconise, pleurer sur le monde, adopter une attitude de résignation, de lourdeur. Parce que le paradoxe est là avec Onfray, l’anti-nihiliste nous pousse en plein dedans, il nous y jette. Qu’il ne propose aucune solution est une chose, et est aussi chose compréhensible. Il est impossible de changer le monde par soi-même mais dans le fond, ne devrions-nous pas aller ensemble, gais, et sereins face au destin qui est le nôtre, à tenter et défendre ce que l’être humain est et a fait de plus beau, avec vaillance, courage et fierté.

Car oui, même si notre monde est condamné, que nous le sommes tous, nous, les plus jeunes, les plus anciens – jouer le jeu d’un fatalisme réaliste dans l’attitude ne donne que plus de lourdeur à notre situation. C’est perdre le pouvoir d’exaltation, de transcendance que chacun a en soi. C’est tuer la poétique d’un monde, qui a encore quelques beaux restes. C’est détruire la voie d’une vie meilleure. Plus juste. Plus bonne.

Et c’est ici qu’il est intéressant de couper avec Michel Onfray. Lui tellement fan de Virgile devrait, pour rendre cohérente sa vision nietzschéenne, nous proposer grande attitude de joie, de rires, une vision d’un autre monde positif. Un nouvel humain, un hybride d’Homme à nouveau enchanté par un destin lié à la poésie, à la terre, au Cosmos, loin du consommateur-consommant calibré par la culture de masse.

Une grande attitude gaie et pleine d’entrain. Emplie de poésie.

Michel, toi qui brille par tant de savoir.

Illumine-nous jusqu’aux astres.

Il est question là d’attitude.

A nous dire que nous sommes morts, comment pourrions braver la vie programmée par un système avaloir ?

Je sais que l’on a que les devoirs que l’on se donne mais Virgile m’a soufflé ceci : « Ils peuvent parce qu’ils pensent qu’ils peuvent ».

Alors, pensons plus loin que le déclin !

Pensons richesse de l’âme et grande construction d’avenir Humaniste et Libertaire.

Soyons Gais !