Enfant

Vous qui entrez dans ce monde, abandonnez tout espoir.

Fuyez les vanités les plus insidieuses, les plus perverses.

Désertez votre race, votre être, votre pensée, votre condition, votre sexe.

L’enfant est parti.

Le vôtre. Il n’est plus qu’un lointain souvenir décharné.

L’insouciance gît sous terre.

Toutes les sophistications et les choses simples que vous vous donnez ne sont rien.

La puissance de l’intuition enfantine est éteinte.

Le réel médiatique est posé devant vous, il a la tête d’une murène.

Humains, vous pensez, mentalisez, pesez le pour ou le contre, rationalisez, anticipez, modelez l’avenir.

Les années choient sur votre dos, sur vos épaules. Vous vous courbez de réalité.

L’émerveillement et le mystique ont fui,

ils ont laissé place à l’économie.

Et faîtes ou dîtes ce que vous voudrez, c’est comme cela,

l’enfant n’est plus là.

Il est mort bien trop vite.

 

 

Gaieté

Les cercles de l’enfer se meuvent,

dans un mouvement circulaire.

Et nous, qui nous sommes placés au-dessus de tout,

n’en sommes que les rouages.

Vous êtes-vous purgés de toutes vos peines ?

Non. Bien sûr que non.

Il y a celles venues et celles à venir,

encore.

 

Avez-vous accepté que toute la gaieté mise en avant n’est que paravent ?

un mauvais jeu d’acteur.

Peut-être, peut-être pas ?

Acteurs,

il ne s’agit pas là de jouer un rôle,

mais d’être le rôle.

D’effacer le rôle.

De n’être que gaieté.

 

Folie,

dans le purgatoire !

 

Vous n’êtes que vous-mêmes,

mortels !

Paons

Il n’y a rien d’autre derrière le ciel que le néant.

Mettez toutes les croyances que vous voudrez.

Elles ne reposent que sur de la poussière,

le futur nous attend tous ; il n’est que poussière !

Alors, tandis que les plus nihilistes d’entre-nous se sont inventés des arrière-mondes, des religions, des Dieux pour mieux vivre les difficultés d’être en vie,

nous nous pâmons, nous, les plus croyants de tous les plus croyants,

nous, les dompteurs du Néant.

Et s’il faut souffrir, nous souffrirons avec le sourire.

Patûre de vent

Toutes ces méprises, ces mauvaises interprétations, ces jugements, ces insanités, toute cette fosse jetée sur nos têtes. Toute cette bassesse qui nous expulse hors de nous-mêmes dans des valses flétries par le désespoir ; sont le commun de notre petite race humaine.

Malignité de l’être.

J’avais pourtant rêvé, il y a fort longtemps d’un paradis pour les âmes, d’une bonne entente, de congruence humaine.

De gens de bien sur toute la surface terrestre.

Ingénuité de l’enfance.

Encore une fois ce fut une chimère.

Faibles, forts, noyez toutes vos illusions, jusqu’au sentiment profond d’avoir l’illusion de n’en avoir plus aucune et vous verrez que tout n’est plus que vanité et pâture de vent.

Une vie emportée bientôt dans le plus lointain des lointains alors que le soleil lui demeura.

Que cette vie serait plus belle si tous avait été de bonne volonté.

Au fond rien ne changera jamais.

Il y avait, a, et aura toujours bons et mauvais.

surplombés par toutes nos infinies vanités.

Petites considérations existentielles : sept

J’ai peur que ce que j’écris soient mal compris. Pourtant cela me semble inévitable. Il n’est pas question là de qualité, certains sont bien meilleurs que moi en termes d’impact, de style, de précision. Il s’agit là de transmission de soi, d’une vision. D’occupation d’espace par l’écrit, de la transmission d’états et d’idées.

J’espère au moins donner matière à penser.

Pourquoi m’inquiète-je de cela ? Une sentiment d’illégitimité sans doutes, moi qui ne suis du milieu de l’écriture, de la pensée, qui suis dans un rôle d’exécutant du Capital. Fait pour servir et qui ne le veut plus tellement, voire plus du tout. Usé par la mécanique presque imposée par l’économie et le besoin d’argent pour vivre.

Je me dois d’être réaliste ; peu me lisent, ma production étant assez faible (je ne suis arrivé au bout d’une nouvelle, d’un texte), alors pourquoi s’inquiéter encore ?

Je pense à l’Ecclésiaste ici ; la vanité de ce que l’on fait parfois frappe, au point où l’on se demande l’utilité de ce que l’on fait. Et bien que dans le fond, nous le savons, nous savons bien que ce n’est qu’un sentiment, une fabrication mentale, encore une, nous tombons quand même dans le piège. « Rien de nouveau sous le soleil ».

Et puis qu’importe, relevons-nous, nous sommes faits pour certaines choses qui nous dépassent, de presciences, de tropisme, laissons-les à ce qu’elles sont, ne les réprimons pas, il est encore plus grande vanité que la plus grande des vanités que d’étouffer l’intuition ;

 

Ne t’inquiète plus,

tout va et ira bien.

Le passé n’existe pas.

Le plus grand t’est permis ;

Tu es de ceux faits

pour briller.