Petites considérations existentielles : deux

Réveillé et levé à sept heures, un dimanche matin. La petite ne connait pas encore le travail.

Comme Sénèque le dit dans l’un de ses merveilleux textes ; être libre n’est-il pas de disposer de son temps comme bon nous semble ? N’est-ce pas là l’une des dimensions les plus importantes, si ce n’est la plus importante d’une vie : disposer de son temps. Vivre à son rythme. Travailler – car oui, il le faut bien pour le commun des mortels – à son rythme. Que l’on soit riche, pauvre, ou entre les deux états, la plus grande satisfaction ne vient-elle pas d’avoir fait ce que l’on voulait intiment et totalement faire ? Je le crois. Je crois que les âmes les plus vives , les plus riches, les plus complètes, se trouvent dans cette mécanique. La souveraineté du soi. Quel homme, quelle femme n’en rêve pas ? Le vouloir libérateur/oppresseur. Le déploiement du soi.

Certains choisissent la résignation. Une attitude de soumission face à la vie telle qu’elle est. Ce détachement, cette acceptation du sort telle qu’il est dessiné, amène au renoncement partiel ou total face au vouloir oppresseur/libérateur ancré dans chaque être. Ce qui est une libération, une autre liberté, partielle ou totale. Chacun fait face à sa volonté de puissance comme il le peut et le veut. Aller vers la complétude d’une manière ou d’une autre est purement humain. Dans tous les cas, qui veut vivre incomplètement ? Il y aura bien toujours besoin de combler quelque chose, ne serait-ce que les besoins vitaux. Nature humaine. Nature tout court : chaque espace de terre nue finit par être recouvert par des orties, des liserons,  des pissenlits… ou avec de la chance de la délicieuse menthe anglaise.

Mais, finalement, ne sommes-nous pas dépassés par ce nous sommes, par ce qui nous entourent, par les matériaux avec lesquels nous sommes faits, par la circulation de nos fluides, par notre deuxième cerveau ? Les presque Dieux, ne se font et se font eux-mêmes. Ils se perpétuent sur des plans connus et inconnus, sur des croyances, des tropismes. La philosophie que d’aucuns mettent sur pieds ne nous dépasse-t-elle pas ? Cet homme, cette femme a été faite pour penser. Et loin. Les plus libres savent qu’ils ne le sont pas.

Au fond, les structuralistes ont raison sur ce point. Les déterminismes nous fondent, nous forgent, nous guident, nous écrasent, parfois ils créent l’inverse de leurs effets habituels. Ce qui remet en cause le déterminisme même, mais ne l’évacue pas de la réalité.

Les structures existent, elles sont là. Les connaitre et s’en échapper pourrait être la plus suprême des victoires. Frapper, tabasser, pilonner, fracasser autant que possible ces structures. En sortir ; une programmation pour en sortir, aussi, ils diront. Nature humaine, sans doutes, je dirai.

Alors, oui, en effet, avec cette vision, difficile d’aller contre les déterminismes et les pré-déterminismes : l’homme serait programmé pour vivre et être sur plusieurs plans, pour tout et ne rien être – du plus savant ou plus crétin, du néandertalien au transhumain, du fataliste à l’optimiste, et ce dans n’importe quel des milieux.

Pourtant, il me semble que l’attitude, que les postures qu’un individu prend et forge, se forge face à son sort dépende de lui en grande partie. Plusieurs personnes dans la même situation, au même moment, dans la même vie, se comporteraient-ils, auraient-ils la même trajectoire de vie ? La même vision ? Oui et non, tout dépendra du potentiel, de comment l’âme, l’appareil sentimental a été construit et ce, dès la naissance. Une histoire de sensibilité face au monde. Les enfants de monstres ne deviennent pas tous des monstres.

Sans cesse, en la pensée complexe, celle qui chez nous, a définitivement étouffé la pensée binaire, nous ne pourrons tirer un constat, une conclusion. L’être humain est prisme recevant lumière d’autres primes, eux-mêmes relié à d’autres prismes.

Interconnexion illimitée.

Divisant les couleurs en une multitude infinie.

Avec encore un grand nombre de couleurs à inventer.

Sérendipité !

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