De la pure fonction de l’écriture

Je viens de terminer mon deuxième livre. Je suis moi-même étonné de m’être libéré de cette envie de publication. Je l’ai terminé. Point. Cela s’arrête là. S’il sort, tant mieux. Si pas, je ne crierais pas à l’injustice, ni ne courrais après des solutions alternatives. Non, je l’empilerais simplement sur l’autre dans ma bibliothèque, mes trésors cachés,  mes enfants, mes beaux et fiers enfants, mes petits secrets gardés face au monde qui ne me comprit pas.

Voilà dix ans que j’écris avec plus ou moins de régularité. De ce temps passé, il me semble qu’un dixième de ce que j’ai pu écrire ça et là a été mis dans mes deux livres. Je n’ai pas écrit pour être reconnu, pour le style ou que l’on me prête l’une ou l’autre qualité littéraire. J’ai écrit car un besoin, un impératif me força à le faire. Un peu comme-ci une force supérieure me le dicta, m’y obligea, alors que je suis totalement conscient que mes chances de publication dans une maison sérieuse sont très minces vu le style, les thèmes et la courte longueur de ceux-ci. Pour moi, l’impact est bien le plus important. L’effet d’un texte n’a pas de de corrélation avec sa taille. Une seule phrase peut éclipser un livre entier. Ecrire c’est autre chose que d’aligner et aligner pour densifier une pensée. Pour la rendre visiblement plus dense. Un procédé d’enfouissement. Mais soit. Cela ne concerne que moi, finalement.

Ce qui est étrange pour moi c’est que bien que j’ai envie de liquider cette part créative de moi-même, qui chaque jour me mange, me dévore, me tue et qui finalement est un fardeau très lourd à porter par rapport à la rétribution qu’elle m’apporte, je continue. Ce faisceau est impossible à briser. J’en conclus donc que je me suis vu remettre quelque chose qui me dépasse, qui pourrait peut-être servir à quelqu’un d’autre. Peut-être sous peu, peut-être dans très longtemps, peut-être jamais.

Tout cela est bien énigmatique.

Je continuerai à chanter dans le désert, si je le dois.

Dans cinq ans, dix ans, vingt ans,

peut-être serais-je toujours là.

Au milieu du blizzard.

Sans effroi.

Mes enfants me questionnant.

 

7 commentaires sur “De la pure fonction de l’écriture

  1. Je suis dans le même cas. Ecrire c’est créer des connaissances, c’est une incitation à faire, à faire vérifier si elles sont vraies ou fausses.La difficulté est alors que seuls ceux qui ont les mêmes connaissances peuvent comprendre l’auteur. Il faut alors soit ne rien créer et dire ce que les autres ont déjà dit – ce qui fait de très bons romans -, soit créer des connaissances qui sont vraies qui n’ont pas besoin d’être vérifiées, c’est alors ce que d’autres pourraient dire, mais que personne ne dit, ce sont des connaissances qui se sont perdues au fil du temps. Comme l’auteur est supposé comprendre ce qu’il écrit – pour ma part, c’est en écrivant que j’ai fini par comprendre ce que je voulais écrire -, cela change sa vie, car lui, la met en pratique. L’écriture n’est-elle pas alors une sorte de psychanalyse ?

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  2. C’en est une mais pas totalement si elle permet au littérateur d’étendre ce qu’il ressent, pressent, à des concepts plus larges que lui. Pour l’écriture, je comprends totalement ce que vous me dites, il y a bien là plusieurs façons d’écrire et plusieurs résultats. Nous sommes embarqués dans une métaphysique, quelque chose de peu audible sans doutes. Très enrichissante. Je pense que le mieux est d’élargir les manières de créer. Cette fameuse équation « écrire pour être lu » se promène parfois dans l’air et on ne peut totalement évacué sa part humaine d’exister à travers les autres. Sans doutes, que cette idée met du sel, un peu d’excitation à une finalité de l’acte d’écrire qui serait plus grande que le simple littérateur. L’altérité est aussi une aventure. J’en profite pour vous remercier pour vos précieuses venues. Je tenterai de faire de même sur votre blog.

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  3. Nous sommes encore dans des cultures religieuses. Je prends un mot « je » et je le pose à côté d’un autre « existe ». Nous pensons que nous avons un esprit, quelque chose de divin, qui nous permet de le comprendre. Alors, qu’il n’y a rien à comprendre. Nous ne pouvons que chercher à savoir si c’est vrai. Une fois que nous l’avons dit, nous allons donc agir pour le vérifier, se regarder dans une glace et se demander si le reflet est celui de la même chose que cette chose sur cette photo prise il y a quelques années. Tout le monde va alors nous regarder avec des yeux ronds, « mais tu es idiot, bien-sûr que tu existes ! » Ils n’en savent rien mais en sont plus sûrs que nous. En fait, ils nous disent que nous les empêchons d’exister. Aussi, pour exister (être compris par d’autres, c’est-à-dire faire les mêmes choses) nous ne pouvons que chercher quelqu’un qui en doute, comme nous, qui après avoir mis côte à côte « je » et « existe » ajoute ce point d’interrogation.Le problème n’est pas d’élargir les façons de créer, mais soit de créer des choses nouvelles, ce que font les scientifiques, soit de montrer ce que personne ne voit, les choses qui sont passées dans un inconscient collectif, ce que font certains sociologues bien mieux que les philosophes. L’existence en fait partie. Avant cela, il faut se réconcilier avec soi-même, pour ne pas montrer ce que les autres voient de nous que nous ne voyons pas.

    Je suis en train d’écrire, car je cherche comment montrer que la majorité de ce que nous faisons se base sur des connaissances « fausses » qui sont nuisibles, qu’il n’y a pas de différence entre entrer dans une église pour prier Dieu et entrer dans un isoloir pour prier la Démocratie. C’est nuisible dans le sens où cela mène à éradiquer les hérétiques. Et sans le savoir, nous ne cherchons pas à savoir si nous n’en ferions pas partie. Si vous souhaitez aller sur mon blog, peut-être que je le publierai petit à petit…. vos commentaires m’intéressent. J’avais abandonné l’idée d’écrire pour être lu, mais ce n’était que parce que « peu m’importe d’exister » si personne ne le souhaite. Ce que j’avais écrit précédemment me paraît aujourd’hui bien imprécis, je ne sais pas si cela vaut la peine d’être lu. La nouvelle aventure commencera par « les langues primitives ».

    Je veux bien lire ce que vous avez écrit.

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  4. Le petit opercule que j’ai terminé traite de cela justement, du nuisible que nous portons en nous et qui a débouché sur un système destructeur de l’équilibre millénaire homme-nature. En ce qui concerne l’imprécision, c’est normal que vous le sentiez de la sorte, le style, la précision de la pensée, la rigueur viennent toujours plus avec le travail, n’en soyez pas effrayé si vous l’êtes. Le Monde ne nous a pas attendu, c’est à nous de nous y faire une place, et il y a de nombreuses moyens de le faire.

    Qu’appelez-vous langues primitives ? Et quel serait leur intérêt ?

    En ce qui concerne le livre, si j’arrive à le faire sortir, je vous en enverrai un exemplaire. Il est très court. Je ne me voyais pas tourner en rond alors que le principal était largement cerné. Je travaillerai sur d’autres angles plus tard peut-être, en fonction de ce que mon esprit me dictera.

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  5. Je ne fais que réécrire toujours la même chose, mais je suis le seul à m’en rendre compte :-).
    Je ne fais que chercher comment faire pour que quelqu’un comprenne.

    La notion de langue primitive est une autre façon d’aborder ce même sujet. C’est une clef. Homo-sapiens devait parler… c’est probablement inné. Mais tout le monde part du principe que les premières langues écrites sont les premières langues orales écrites et cela est complètement absurde. Sans comprendre de quoi parlaient nos ancêtres, j’avais du mal à expliquer clairement certaines choses… Finalement, la distinction est très subtile. Ils devaient dire presque la même chose, mais cela ne signifiait pas la même chose.

    Prenez la mythologie grecque, nous pensons qu’il s’agit de paraboles… C’est encore absurde. C’est l’histoire bien qu’elle soit faussée parce que les écrits se sont reconstitués au fil du temps. C’est notre histoire: nous n’avons pas remplacé les connaissances par d’autres, nous les avons empilées. Et ce qui est tout au fond, le plus ancien, fait partie de l’inconscient collectif. Il n’y avait pas un Minos car Minos signifiait roi, et le roi est éternel. Le symbole de cette éternité était cette bague (extraordinairement belle et qui est exposée au musée d’Héraklion) qui passait d’un roi à un autre. C’est la définition de l’existence, l’éternité. Nous continuons à l’apprendre, mais nous l’ignorons car n’avons plus besoin de le dire. Lorsque vous dites « j’existe », vous cherchez ce qui est éternel en vous, sans le savoir, car ce qui est éternel est cette bague, ce symbole, qui passe d’un individu à un autre. Vous voulez savoir qui vous êtes? Levez vous et faire le tour de la pièce, vous êtes toutes ces choses que vous voyez, dont vous pouvez parler et qui sont anonymes, car ce n’est plus la bague unique de Minos qui passe de roi en roi, mais des produits manufacturés que d’autres pourraient avoir et que d’autres pourront avoir.

    Pour le montrer, je dois partir des langues primitives :-).

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  6. C’est là un projet extrêmement ambitieux. Pour la vie humaine, oui les thèmes ont toujours été les mêmes, ils se sont sophistiqués avec l’amélioration du confort de la race humaine. Elle peut aujourd’hui toujours plus utiliser son énergie à autres choses qu’aux besoins vitaux.

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    1. Oui et non. C’est ambitieux dans le sens où je ne vais pas réécrire l’histoire humaine à moi tout seul, pas dans le sens où tout se déduit de quelque chose de très simple : le monde a été créé par l’homme, pas par Dieu ou un Big Bang ou un premier moteur (Aristote). C’est un peu embêtant pour l’orgueil humain, car cela signifie que l’homme ne sait rien… qui plus est, il restera l’animal le plus bête de l’univers, tant qu’il cherchera à faire croire aux autres qu’il sait quelque chose… Si nous ne savons rien, ce n’est pas si important de nuire… Il me fallait une croyance, juste pour montrer que j’ai raison. Ma croyance est que c’est dommage de se nuire à soi-même. Mon problème est que la bêtise humaine ne me fait pas rire, sinon je serais mort de rire et cela me suffirait.

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