Furie du damné

En ce début d’année, aucune mièvrerie ne me vient à l’esprit. Avec le temps passant, j’ai pu faire l’amer constat que les bons sentiments ne suffisent pas. Les bonnes paroles, les résolutions…

Il y a bien de nombreuses forces qui jouent avec et contre un Homme. En cela, avoir un vœu le plus cher, donner le maximum pour l’atteindre n’est pas suffisant. Il y a un espace entre l’énergie donnée par la personne et la réception de celle-ci.

Le plus grand traquenard est là. Que tout ce que vous donniez ne soit qu’un cri dans le désert ou pire que vous vous réjouissiez de vos actes avec des inconséquents. Combien se donnent l’apparence de grands écrivains, de grands artistes, d’être formidables, à surjouer devant une foule de crédules, bassinée à la culture de masse. Qui ne savent même imaginer ce qu’est l’impératif de la pensée, de la création, de ce qu’elle implique comme souffrances et pressions mentales, et ce journalièrement.

Puis lorsque la logique médiatique, marketisée, et plus profondément la logique vaniteuse est démasquée. Il ne reste rien de l’anima artistica. Ce n’était là que du divertissement. Comme la plupart des fruits de notre époque; vide de nutriments.

Beaucoup de grands artistes sont morts jeunes.

Ils avaient bien trop à dire pour ce monde-ci.

On préfère l’image du vrai au vrai, elle est bien plus confortable.

Le vrai artiste est avant tout un damné.

Sa propre damnation démultipliée par son environnement, de ce qu’il lui donne ou ne lui donne pas.

Un cri puissant dans le Néant.

18 commentaires sur “Furie du damné

    1. Cela représente les capacités d’analyse et de transmission d’un artiste. Ses connaissances des possibilités pour générer des émotions sans passer par la figuration. Aujourd’hui beaucoup font de l’abstrait car à première vue cela semble facile, ce qui est souvent une erreur.

      Rothko par exemple, a beaucoup fait de figuratif avant de devenir un très grand peintre abstrait. Il a vu en travaillant avec la matière les ressorts qu’ils pouvaient utiliser pour créer des émotions. Cela va même jusqu’à rendre une atmosphère tant certains tableaux peuvent changer l’ambiance d’un endroit par leur rayonnement, la puissance qu’il dégage.

      Les grands artistes sont de grands penseurs. Leur source, les idées.

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      1. L’âme du violon est le stradivarius. Celui qui a créé le stradivarius est un artisan. L’art est apparu avec la religion. Il ne s’agit plus de représenter l’âme des choses mais leur esprit. L’esprit est divin, ce qui n’est pas le cas de l’âme (c’est plus confus. L’âme peut être considérée comme divine, mais ce n’est pas une obligation, alors que l’esprit est réellement la parole divine). Disons que l’âme est le figuratif et que l’esprit est quelque chose qui pourrait modeler l’âme pour la rendre divine.

        Ce que je ne comprends pas est comment on peut avoir l’abstrait (disons l’esprit) sans le figuratif (l’âme)… Le stradivarius est un objet issu d’une culture. L’émotion, la beauté de l’instrument ou du son, est quelque chose de culturel. Ce n’est pas l’artiste qui peut créer l’émotion. OK, c’est plus ambigu que cela. Disons que l’émotion préexiste (par la culture, promue par ceux qui ont le pouvoir) et l’artiste crée une émotion qui la met en valeur… Toujours est-il que lorsque vous (tu ?) parlez d’émotion, c’est pour ne pas me répondre. L’émotion n’est pas un absolu et l’artiste n’est pas en dehors de sa culture.

        Tout cela fait partie du divin, c’est un héritage de notre culture religieuse. Aussi, cela conduit à des paradoxes (issus de la confusion entre le divin et l’humain). Lorsqu’il n’y a pas de paradoxe, c’est parce que le divin a pris le dessus. La science élimine certains paradoxes (Achille et la Tortue par exemple) en faisant la promotion du divin… La poésie est, je crois, l’art du paradoxe, ce qui nous montre l’esprit des choses. Le support est figuratif. C’est à mon sens, la seule façon de montrer le divin. Guernica de Picasso a un support figuratif (l’âme) et cela cherche à montrer l’esprit. Je ne vois pas le paradoxe (je ne comprends pas Picasso). Dali montre l’âme mais fait ressortir des paradoxes. Kandinsky montre quelque chose que j’ai plus de mal à définir, une sorte de recherche de l’esprit… en fait, il y a un paradoxe, mais je ne sais pas trop lequel, l’homme qui se confronte à l’esprit ?

        Je suis hermétique à l’art abstrait, j’aimerai comprendre. Et j’ai résolu tous les paradoxes, je me demande ce que pourrait être l’art sans le paradoxe, par là-même sans l’esprit (et la religion). Et si je pose la question, c’est parce que la réponse m’intéresse. L’art sert à montrer quelque chose qui ne se voit pas, comme l’esprit divin qui peut se montrer sous forme de paradoxes. Qu’est-ce que l’art abstrait veut me faire voir? L’émotion ne peut exister sans support (figuratif), dans l’absolu… quoiqu’il y a une part d’inné dans l’émotion, ce que cherchait Kandinsky. L’art abstrait montre quoi? Ce qui peut conduire: à qui s’adresse l’art abstrait?

        Si vous ne voulez rien montrer, si vous cherchez seulement à représenter ce qui vous procure des émotions à vous, indépendamment du monde dans lequel vous vivez, je crains que vous ne vous adressiez qu’à des artistes. Mais, c’est peut-être ainsi que fonctionnent les artistes. Le résultat est donc hasardeux et vous être effectivement damnés à être oubliés ou reconnus après votre mort. Est-ce qu’un artiste ne s’intéresse jamais aux autres (non-artistes)?

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      2. L’art est une conception avant tout. C’est-à-dire que sans l’humain, rien n’existe car sa vision part de lui. C’est aussi simple que cela. Je ne fais pas d’abstrait enfin très peu. La grande force de l’abstrait, c’est l’abandon, justement le fait de ne pouvoir s’accrocher à rien à la première vision. Il s’adresse à personne et tout le monde, c’est comme le monde, la philosophie, qui voudra bien le voir, le verra.

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      3. L’émotion est l’essence primaire de notre cerveau, en ce sens la culture n’a pas autant de pouvoir sur celle-ci. Disons qu’il n’y a rien à voir avec l’abstrait. Mais plutôt à ressentir. Puis même les plus grands artistes, poètes ne savent pas totalement ce qu’ils veulent montrer. C’est ce qui fait la différence entre un artiste et un artisan : l’affect, le process, le contrôle. L’un sait où il va, l’autre plus ou moins. Un bel exemple avec de Vinci, chez qui on peut voir des compositions différentes sous ses toiles terminées.

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      4. Bien-sûr que l’émotion est issue de la culture… Nos ancêtres n’avaient pas peur des bactéries :-).

        Je regarderai la vidéo un peu plus tard.

        Merci.

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      5. Il est possible que l’art abstrait soit né d’un besoin, au sein d’un monde de plus en plus abstrait (au sens de « davantage façonné par la main de l’homme »), de revenir à une gamme d’émotions plus immédiates, plus « intuitives ». Car paradoxalement, si l’image produite par le peintre est plus abstraite, l’émotion qui s’en dégage est plus brute. Ou du moins est-ce ainsi que j’éprouve l’art abstrait. C’est peut-être le plus grand malentendu autour de cette forme d’art que de penser qu’il correspond en un « plaisir de l’esprit ».

        À l’opposé, les œuvres figuratives attachent déjà aux émotions qu’elles suscitent une panoplie de composantes morales. Cela n’est pas mauvais en soi et il est bon de découvrir les grandes œuvres du passé, les grands chef-d’œuvres de la Renaissance, parce que cela nous lie en quelque sorte avec la tradition des hommes, mais dieu que l’aventure d’une promenade dans l’art abstrait fait du bien !

        Il y a dans le plaisir de l’art abstrait quelque chose qui se rapproche du plaisir que l’on éprouve en regardant des dessins d’enfant. La déformation du monde sous les yeux de l’enfant est jouissive parce qu’elle nous ramène à quelque chose d’immédiat. Encore faut-il que l’enfant se soit abandonné à dessiner ce qui lui chantait plutôt que de faire ce que tous les adultes l’incitent probablement à faire, soit de reproduire avec le plus d’exactitude possible ce qui l’entoure. Mais reste que pour moi, il y a toujours quelque chose d’enfantin dans l’art abstrait – un plaisir simple, immoral, ludique, souvent naïf, et aussi, les déblatérations conceptuelles entourant ces sortes d’œuvres m’ennuient au plus haut point.

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      6. Je suis sur votre longueur d’ondes et il m’est aussi venu une pensée en lisant votre réponse ; c’est l’énergie primaire, primale, qui la plupart du temps est lâchée dans l’art abstrait. Un espace barbare que la société permet d’exister. Quelque chose qui y ressemble fortement dans tous les cas.

        En ce qui concerne les analyses, les discours, je les trouve très intéressants quand ce sont les artistes qui en parlent, cela permet de voir les connections psychiques entre l’oeuvre et le peintre. De voir la traduction de son être et du monde par et dans son oeuvre. De voir si impératif il y a et comment.

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      7. J’aime bien votre idée d’ « espace barbare » ! C’est vrai qu’il y a souvent un côté barbare à l’art abstrait et votre idée permet de l’assumer en l’exprimant adéquatement !

        Pour ce qui est des discours sur l’art abstrait, j’ai clairement exagéré. Ce qui est détestable, c’est sans doute les discours qui tentent de justifier rationnellement les œuvres abstraites comme si elles relevaient d’un plaisir de l’esprit et que leur essence s’atteignait au moyen de quelques pirouettes conceptuelles. Ou quand l’art abstrait ne devient plus qu’un prétexte pour palabrer.

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      8. Il fait vivre (et vice-versa) tout une structure littéraire, muséale, galeries…qui souhaitent le propager le plus possible. Je crois que ca vient de là. Pour toucher le grand public, il y a une certaine dose à mettre dans chaque chose.

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      9. Pour ce qui me concerne, l’art abstrait me laisse de marbre. Cela me préoccupe, pas parce que cela m’intéresse, mais parce qu’il en résulte que je ne comprends pas ce qu’est l’art.

        Le vrai artiste est avant tout un damné.

        Praxitèle était un homme libre, vous êtes, comme beaucoup d’entre nous, un esclave au service du pouvoir. Tout d’abord est-ce que Praxitèle était selon vous un artiste ou un artisan comme son père? Ensuite, était-il damné? Ce ne serait pas parce qu’il serait un esclave tentant de se libérer de ses chaînes pour faire ce qu’il veut faire, de l’art, ce que lui refuse ceux qui ont le pouvoir, mais alors pourquoi l’aurait-il été?

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  1. Repartons à zéro, une re-naissance. Oublions le passé et repartons d’un bon pied et d’ un oeil nouveau sur toute chose.
    Une bonne année 2020 à vous, pour laquelle je vous envoie plein d’ondes positives et d’espoir.
    Amicalement 😉

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  2. Je suis hermétique à l’art abstrait. Ce qui m’ennuie n’est pas tellement que cela puisse m’intéresser, mais plutôt que cela m’empêche de comprendre ce qu’est l’art.

    « Le vrai artiste est avant tout un damné. »

    Praxitèle était un homme libre, vous êtes un esclave. Cela signifie que personne ne l’empêchait d’être un artiste. Mais la première question que je me pose est de savoir si c’était un artiste ou un artisan, comme son père? La seconde étant est-ce qu’il était damné, puisque personne ne l’empêchait de faire ce qu’il faisait. Êtes vous damné parce que vous vous battez pour être artiste dans un monde de brute (de fric) ou pour être artiste tout court?

    Dans le second cas, je ne suis pas artiste, je suis moi aussi damné, je sais pourquoi et je m’en fou. Donc, je ne vois pas le problème d’être damné.

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