Hautes Solitudes

Des notes aux vibrations infinitésimales, aux mouvements circulaires,

ricochent dans mon atmosphère.

De délicieux Bruissements poussés par un tempo magnétique,

m’amènent dans un état hypnotique.

 

Oui, cette vie mérite d’être vécue,

dans les réalités intra-sismiques,

dans les hautes solitudes,

dans les vérités métaphysiques.

 

 

 

La nébuleuse du désespoir

Les oiseaux me parlaient,

j’étais nonchalamment accoudé à cette vieille table

buvant et lisant un texte de Julien Offray de La Mettrie nommé « L’homme machine ».

Les oiseaux me parlaient,

ils me soufflèrent ce que je savais déjà ;

la dernière étape.

Je me mis à pleurer, de longues poussées de larmes brûlèrent mon visage.

Me sentant responsable de la courbe mourante, je ne puis m’empêcher de dire.

« Mes amis, je suis comme vous, né à un moment, à un endroit. Je suis le fruit de la ligne du temps, de la biologie. Je vous ai aimé depuis le début, comme j’ai aimé le soleil et le vent sur mon être. Je vous ai aimé de tout mon cœur. Vos cages m’ont toujours parues insupportables. Pour cela, dès que j’ai pu, je vous ai offert graines dans de nombreuses mangeoires. Que vous vous sentiez au mieux chez vous, un éden vous étant dédié. Que puis-je y faire mes amis ? Moi aussi, je m’éteins ».

Un rouge gorge me fixa puis s’envola.

Mes larmes chantèrent aussi.

J’étais seul face à la dernière étape.

 

 

 

Vivre au moment de l’Anthropocène

Il est comme un rideau de fer, tombé sur moi, m’écrasant le thorax, m’arrachant les tripes, pressant mon diaphragme, me vidant du peu de foi que j’avais ; vivre au moment de l’Anthropocène.

N’est-il pas là la plus grande guerre mondiale jamais vue ? Non, pour les humains que nous sommes. Nous ne voyons pas de corps déchiquetés devant nos pieds, nous ne tenons pas d’armes automatiques à la main, nous ne nous trouvons pas devant des édifices détruits par les bombes, n’avons pas d’ennemis à tuer de sang froid. Notre adversaire, nos adversaires, ne sont pas clairement définis. Ils sont partout et nul part. Tout cela est bien plus monstrueux. Un presque invisible, un lointain monstrueux, réellement mondial ; l’abolition de la nature, du vivant, sur quasiment tout le territoire, et notre propre fin par extension.

Dans notre quotidien, difficile de le sentir, tant c’est insidieux. Pourtant, il est prouvé par la quasi totalité des scientifiques que nous y sommes, et en plein dedans ; une troisième guerre mondiale. Nous ressentons bien quelques effets mais la dégradation de notre environnement ayant une force d’inertie, de réactions en chaîne, nous ne voyons que le début d’un processus lancé par la révolution industrielle. La plus grande difficulté demeure là ; retrouver la capacité à penser sur le moyen-long terme comme le firent les bâtisseurs de Cathédrales, en finir avec le jetable, réparer, chérir ce que nous possédons, sortir du rôle de consommateur-consommant. Inapplicable à court terme.

Avons-nous espoir, gens du peuple, plutôt des classes du moyen, du bas, à ce que cette destinée horrible soit évitée ? Quelles sont nos armes face aux architectes du monde ? Abandonner sa voiture ? Se libérer de son prêt maison ? Vivre dans une yourte ? Sortir du rôle de consommateur-consommant, sans doutes. Que nous y soyons encouragés, poussés par les structures surtout. Nous sommes dans un train fou lancé à toute vitesse vers les abîmes. Et que ce n’est pas avec les conducteurs, les concepteurs de ce train que nous sortirons de ce modèle.

J’ai rêvé d’un Luther King, d’un Gandhi, d’une voix bouleversante, qui pourrait nous sauver de ce système, de l’Anthropocène.

Et tandis que je tiens cette mésange morte dans la main, je me demande ; n’est-il pas logique, et ce pour les autres espèces surtout, que l’on s’éteigne ?

 

« Nous avons été fidèles à nous-mêmes.

Petite Tragédie Humaine. »

Aventure

Au milieu de la nuit tombante,

mille vies en soi,

dansent,

loin du cimetière des désespérances.

 

Le spleen décomposé,

fracassé,

par la gaieté,

se tient à l’écart.

 

Laissant le chemin libre,

à la douceur.

Celle qui fit de l’enfance,

la plus Belle Aventure.

 

Un émerveillement plus grand,

que toutes les douleurs.

 

De l’annihilation du consommateur-consommant

Quelque part entre ce que le monde nous promeut, entre ce que l’on se promet, entre les prétentions « psychiques » et matérielles ; celles du vouloir avoir, de la possession, du labeur passé à l’obtention de choses diverses dont souvent l’on finit par se lasser (voire même dont nous nous lassons de nous lasser) et du vouloir être. Entre la mécanique fuitée du désir et la mécanique de l’avoir, il y a un champ, un champ ontologique de vouloir vivre, de création, de fixation d’un grand soi, d’un plus grand soi, de vision, d’une vie harmonieuse, d’une vie en paix avec elle-même et le monde qui l’entoure. Un écart entre ce que le système nous amène à être ; le consommateur-consommant et l’être pleinement créatif, en pleine possession de son être, allant vers ses potentialités, conscient de ses actes, de ses émotions, dépouillé des turpitudes amenées par l’extérieur, celui qui a le contrôle de son émotivité, qui n’est plus dupe face à lui-même, à ce que l’on a amené à être.

Il serait infantile de parler de liberté totale mais plutôt d’une sensation, d’un sentiment de liberté totale. Une liberté résignée. Venant d’un découpage, d’un tri, d’un auto-examen entre ce qu’il peut et ne peut pas, ce qu’il doit et ne doit pas. Une introspection face à soi et au système donné. Face à ses prétentions et ses propres possibilités. L’Homme du ressentiment nietzschéen vient de là ; de la frustration de n’être ce qu’il aurait voulu être et de n’avoir ce qu’il veut. Un monde qui n’est pas à son image. Un moi fuyant vers un néant destructeur.

Dans le système de la profusion et de l’immédiateté, il est possible de vivre heureux et serein, sans avidité face aux situations communes de la vie donnée par les structures, vie qui en occident est guidée par le consumérisme (J’achète donc je suis, je joui donc je suis) ; religion de l’Homme contemporain d’ici. Le confort tend à effacer le sens profond, ontologique, de la vie humaine. La dimension transcendantale de l’individu. L’amenant à devenir un être gris, béat, réactionnaire, plaintif. Il suffit de faire quelques tours dans les rues, dans les galeries marchandes pour le voir. La gaieté ne se lit ni dans les gestes, ni sur les visages. Il ne s’agit pas là de contenance mais plutôt d’une perte de la lueur sacrée, de la luminescence de gaieté et joie de vivre. L’inverse est plutôt visible ; posture grise, regard vide, blasé, uniformisation de l’attitude et des envies. Quelque chose de peu naturel. 

Alors oui, le prolongement du conformisme et du système marchand est visible, est palpable. Le tout tout-de-suite. D’aucuns verront dans mon message une forme réactionnaire. Je leur dirais que face aux flux du monde, il est d’importance que quelques personnes stoppent, prennent son pouls et respirent, qu’une action amène la réaction. Une vision des plus holistiques possibles. L’économie n’est pas le seul moteur de l’Humanité. 

Si le postmodernisme ; l’évacuation de la religion chrétienne/catholique de la sphère publique nous amène à un nihilisme profond, qu’aurions-nous gagné de grand en termes d’être ?

Nous allons tous vers la mort, et ne vaut-pas mieux y aller lentement ?

Dans le toujours plus vite de notre société, le temps laissé à rien nous dépossède de nous-même. Il nous prive de notre faculté à la contemplation et à l’oisiveté, qui amènent à la réappropriation de soi, de son rythme, à l’élan vers le cosmos, vers l’Ataraxie.

Le ressentiment de la plupart ne serait-il pas du non-être ? Un être manqué ? Le fameux sentiment de passer-à-coté-de-sa-vie affirmé par 50% de la population française ? Mais dans le fond quel est-il ? Est-ce là une vision trop haute de ce que l’on peut et veut faire ? Ou une forme de manque de courage, de convention prise en amont de sa vie ? Un désœuvrement face à son moi profond ?

Tout est lui, tout comme la connaissance, l’état mental d’un individu est aménagé tel une toile d’araignée ; connectiques, réseaux nerveux, fluides, synergie, de l’état de ses articulations, du fonctionnement de son estomac (les fameux neurones dans le ventre dictant l’humeur au cerveau), une agrégation d’éléments agissant sur le moi et la perception du monde. C’est en cela que nous pouvons voir l’importance du tout dans la vie. La vitalité d’une personne peut dépendre d’une seule pilule, du climat, d’un aménagement de chambre. Cela ne peine par l’Homme ayant le sentiment d’être sur la Voie. La seule, l’unique, car il ne peut en être autrement. La joie surgit d’un balayement d’une nostalgie d’un passé conceptualisé, et d’une acception du monde et du soi tels qu’ils sont. L’éviction des prétentions. L’Ataraxie se mérite. Être loin du consommateur-consommant à un prix ; celui du dépouillement de toutes ces chimères. L’Homme qui n’est plus seulement guidé par ses envies, envies qui sont parfois affirmés comme besoins. L’Homme qui n’est plus le pantin du système, d’un bonheur promis par le Marketing, par les choses hors de lui.

Devenir l’Homme, la Femme, qui détient tout. Qui fait le serment du Moins Mais Mieux. Une attitude stoïcienne. Gaieté en lui-même. Comment cela se peut-il ?

Nous avons beaucoup à apprendre de nos pairs sur le sentiment d’une vie bonne, réussie ; c’est-à-dire l’évacuation des frustrations (en grosse partie créée par le système marchand). Il m’est idée qu’aujourd’hui les douleurs viennent en grande partie du psychisme et non pas par des douleurs corporelles dues à une vie austère. Le confort de vie ayant augmenté, la vie est bien moins pénible au niveau effort qu’avant. Pourtant, nous notons les divers burnout toujours en croissance et les douleurs qui y sont liées, douleurs de nature psychique qui se déversent sur le corps (mal de dos, alors que peu portent de lourdes charges).

Schopenhauer nous dit que le bonheur est aux mieux l’absence de douleur. Pour ma part, je crois aux douleurs fondatrices de l’être – celles qui amènent à un mini hapax existentiel, l’effort amène la souffrance qui amènent aussi aux belles et grandes conquêtes existentielles. Au dépassement. Ce qui est trop sous-estimé. Il y a bien plusieurs types de douleurs et plusieurs finalités à la douleur. 

Et si certains ont surreprésenté la grande santé dans leur philosophie, à cause essentiellement de leur piètre santé, ils n’ont eu là que bien raison de le faire !

Surjouons mais surtout, appliquons-nous à être en Grande Santé !

 

Connecter

Le champ s’ouvre à partir du moment où la volonté prend le dessus sur tout le reste. Les décisions prises ou la grande décision prise est faite d’un mélange de fébrilité, d’euphorie, de tension et de gaieté. Une imbrication de peur et d’envie mêlées. Ce qui est important de noter est ceci ; dépasser cela. L’inconnu est par essence fait de données impossible à prévoir, et ce, de façon absolue. Un professeur me disait « Votre rôle est de prévoir l’imprévisible », ce qui en soi est absurde mais nous invite pratiquement à penser plus loin que ce que nous pouvons penser ; à être alerte, dans la réactivité, à se tenir prêt à l’inimaginable. De de ce constat, il s’agit de dépasser le sentiment d’inconfort et de passer à l’action.

La pensée a elle aussi ses défauts. A tourner sur elle-même, elle perd sa dimension créatrice, se crispe à perdre sa vitalité. Si une idée demeure, le refoulement rendra le ressac plus fort. Ce qui montre son importance.

Si on ne servait que de sa raison, jamais on aurait fait de choses autres que primaires ; comme se connecter à soi-même.

Silence

Les mots, du bruit, nous arrachent du silence. La vérité ne veut rien dire. Sa parole est un cri puissant, un cri muet, un rien dire. Ne rien dire est la seule vérité qui vaille la peine d’être mise en avant. Les pensées, les opinions, les systèmes sont énergivores, parfois épuisants. Valent-ils la peine d’être engendrés ? Le résultat d’années de pensées sont-ils à la hauteur ?

Cioran disait qu’il passa sa vie à vérifier ce qu’il savait déjà à vingt ans, que ce fut un long et pénible travail de vérification. A l’inverse, d’autres amènent par l’auto-examen et l’introspection à un devenir soi nietzschéen ou simplement à un savoir jouir, un savoir souffrir, un savoir calmer le jeu ; mieux s’appréhender et donc se contrôler.

La vérité est-elle au bout ? Jamais. Désirs et souffrances suspendus, jouissances à son maximum, l’impermanence du tout est là gravée à jamais dans chaque être.  L’absolu est le silence ! Et chant d’oiseaux, bruissement d’arbres, spectacle de la nature. Plus de bruit est fait, moins le cosmos est en harmonie. L’Humain est fait pour le silence. Il est fait pour penser en silence. Se tenir éloigné de la civilisation. Le cœur de son monde, de son fondement est la forêt. Jamais pareil sentiment de quiétude n’émane de l’être une fois jeté dans la forêt ; Thoreau et Emerson ne l’ont que trop bien montré. Et puis tout le monde a fait l’expérience d’une énergie grande et nouvelle au contact de l’air forestier, de son paysage, de son atmosphère. On y a envoyé beaucoup d’hommes épuisés, et sans doutes y sont-ils encore envoyés aujourd’hui.

Le silence, la santé, un peu de travail, un potager, pas de panneaux publicitaires, quelques philosophes de grandes pensées, du temps, beaucoup de temps, de bons poumons, l’une ou l’autre activité créatrice.

Le silence enrobé du chant de la nature ; la plus grande musique du monde. La plus grande des forteresses est dans la forêt, loin de la fureur des civilisations.

A mi-hauteur, scrutant l’absurdité de la vie, allant et venant, maitres de notre destin. Affutant notre pensée, abreuvée par le silence.

Plus fort encore.

Nous devons tant au silence.

Enfer

L’occidental devint même dégoutté d’habiter l’Europe. Les affamés savent le prix de la vie, la souffrance qu’elle implique. Les conformistes aux pieds de la sacro-sainte consommation, les voulant être originaux, les marketisés, bien qu’ils s’en défendent, sont bel et bien dans la troupe.

Le nouveau Dieu est une Déesse; surconsommation.

Enfer aux consommateurs-consommant.

Aillez faim de poétique, d’art, de musique et de philosophie.

Aillez faim!

Enfer aux consommateurs-consommant.

La Frustration d’un monde de porcs et de truies

Dans le monde des porcs et des truies, l’amour de l’autre est mort.

Vous savez, cet amour fait de dévouement, de bienveillance, de compréhension et d’altruisme. Cet amour qui ne demande rien grand chose d’autre que de rendre le monde heureux et cela sans contrepartie, même si les difficultés sont nombreuses. Cet amour qui fait fi des classes sociales, des sexes, des appartenances, des différences. Le grand, le noble amour.

Celui-là n’est même jamais né dans le monde des porcs et des truies. Là, tout est calcul.

Qu’ils sont beaux ces gens hors de l’empathie, qui ne se sentent vivre que dans la confrontation, à vouloir faire du monde un monde soumis à leurs envies, à leurs besoins, à leur ego, à leurs pensées, à leurs pulsions, à leurs propres bassesses! Du tout pour moi, jusqu’à l’écrasement total de l’autre. Misérable.

Ceux-là qui croient gagner de leurs faux sourires, de leurs passions mutilantes et destructrices. Ceux-là qui salissent l’atmosphère d’un monde qui n’a jamais été facile à vivre et qui l’est plus encore par leur présence néfaste. Ceux-là qui n’embellissent rien et qui s’en gaussent. Qui ne pensent qu’à leurs intérêts encore et toujours. Qui viendront vous agresser sous le coups de leur libido, de leurs mauvaise éducation, où je ne sais quelle excuse encore. Oh oui, de plus, ils aiment à jouer les victimes.

Le sexe ne fait pas tout, certains sont nés pour être des porcs et d’autres des truies. La grande différence entre les deux est celle-ci; le porc est plus porc que la truie.

Et si il y a bien une chose que je sais, c’est celle-ci; à chaque moment, un homme, une femme, a le choix, la liberté, de faire le bien ou le mal, et ce, peu importe sa provenance.

Chacun fait le choix d’être un porc ou une truie, même s’il est né dans un environnement de porcs et de truies.

Non retour

Cela fait tellement de temps,

que l’on cherche la vérité,

en face d’un miroir.

Aspiré par les ondes, vers les points de fuite,

une entité pensive,

animée par le grand rien, se meut.

Elle cherche justificatifs à l’existant,

foi,

explications,

sans fin.

Et tandis que les hordes de miroirs se massent,

tout autour,

elle a déjà atteint le point de non retour.

 

 

Petites considérations existentielles : huit

Je suis à un âge dans lequel l’utilité des choses, des actions, n’est plus si importante. La notion d’utilité même m’a échappé ; un retour à l’enfance. Disons que les considérations matérielles, économiques, d’actualité sont d’une banalité écrasante, tellement que j’ai le sentiment qu’elles emportent bien des êtres sur leurs passages. Circulaires, elles les entourent jusqu’à les étouffer. A tel point où certains ne pensent plus, mais finissent plutôt par subir leur propre pensée. Il y a ici quelque chose d’insidieux dans la liberté de penser, atteint de pourriture, quelque chose de vicieux.

La grande autonomie du soi est-elle concevable à partir du moment où nous partons de nous-mêmes, dans un lieu donné, avec une éducation donnée, faites d’expériences vécues? La frontière se situe là ; le fait de dire « je pense librement, j’utilise ma liberté de penser ». Un biais. Une partie des « libres-penseurs » utilisent faits, thèses, et arguments pour défendre un point de vue. Ils n’ont jamais été autre chose qu’eux-mêmes.

Finalement, ils tentent de donner du poids à leur vision du monde, elle-même fruit d’autres visions du monde données par les média, et gens en chaîne (souvent sur les réseaux sociaux). Ils pensent pour eux. La fameuse liberté de penser des fiers ne les ramènent donc qu’au point de départ, et cet affichage qui frise souvent avec l’insolence et le manque de respect pour qui n’a pas la même vision que leur monde, en est une belle preuve. Se pâmer en se disant libre est à la fois immature et irraisonné. Certains vont même jusqu’à dire qu’ils se sont faits tous seuls…Ils sont nés d’une dame vierge ou sorti du cosmos, tétant les fruits des arbres de la forêt…

.Je ne vois là que confort et conformisme ; chaque point de vue est défendable selon l’articulation que l’on donnera à ses arguments et à la dialectique employée.  Puisque les joutes, pauvres joutes souvent, ne servent à rien d’autre qu’à vouloir persuader l’autre, qui lui aussi veut persuader l’autre et ce, sans fin, aucune. Schéma renouvelable à l’infini.

Pourquoi ne pas prendre alors un autre chemin ? Celui de la haute raison ? Nous n’avons pas tous tort, nous n’avons pas tous raison. Il n’y a là que des gens avec des pensées qui s’entendent ou ne s’entendent pas. Leur vision du monde est pourtant là, et existe.

Je parlais de biais plus haut ; il me semble important qu’un libre penseur doit avoir ces questions en tête, elles sont des plus importantes : « Et si je me trompais? Suis-je guidé par ma raison ou par mes émotions? Suis-je guidé par les deux? Par les médias ? Que défends-je? Qu’ai-je à prouver? ».

On n’est jamais autre chose que son propre concept ; tout ce qu’on nous a mis et s’est mis dans le crâne. Du partiel. Encore.

Penser contre soi-même ou ne pas penser.

Pour me fêter

Il te faut ne pas comprendre la vie,
elle deviendra une fête alors. 
Et laisse venir chaque jour,
comme un enfant, en marchant,
de chaque vent,
se fait offrir maintes fleurs. 

Les rassembler, les conserver
ne lui effleure pas l’esprit. 
Il les détache doucement des cheveux
dont elles étaient si volontiers prisonnières,
et tend les mains vers les chères jeunes années,
en en espérant de nouvelles. 

 

Raine Maria Rilke (1904)

Le dernier cimetière de notre jeunesse

Il y a dans chaque système,

oppresseurs et oppressés,

à différents niveaux.

Dans ton cas, c’était trop haut que pour être vivable.

Le moment est celui-ci,

je m’efface,

devant le maître on fait place ;

Les cris d’oiseaux de la machine qui s’assoupit
Le fer malade enfermé à double tour dans l’atelier
Les salaires planqués derrière les rideaux
Comme l’amour que les jeunes ouvriers enfouissent au plus profond de leurs cœurs
Pas le temps d’ouvrir la bouche, les sentiments sont pulvérisés.
Ils ont des estomacs cuirassés d’acier
Remplis d’acides épais, sulfurique ou nitrique
L’industrie s’empare de leurs larmes avant qu’elles ne coulent
Les heures défilent, les têtes se perdent dans le brouillard,
La production pèse sur leur âge, la souffrance fait des heures supplémentaires jour et nuit,
L’esprit encore vivant se cache
Les machines-outils arrachent la peau
Et pendant qu’on y est, un plaquage sur une couche d’alliage d’aluminium.
Certains supportent, la maladie emporte les autres
Je somnole au milieu d’eux, je monte la garde sur
Le dernier cimetière de notre jeunesse.
Xu Lizhi, poète et ouvrier chinois dans une des usines Foxconn fabriquant des téléphones portables, s’est suicidé en 2014. Il avait 24 ans…

 

 

Enfant

Vous qui entrez dans ce monde, abandonnez tout espoir.

Fuyez les vanités les plus insidieuses, les plus perverses.

Désertez votre race, votre être, votre pensée, votre condition, votre sexe.

L’enfant est parti.

Le vôtre. Il n’est plus qu’un lointain souvenir décharné.

L’insouciance gît sous terre.

Toutes les sophistications et les choses simples que vous vous donnez ne sont rien.

La puissance de l’intuition enfantine est éteinte.

Le réel médiatique est posé devant vous, il a la tête d’une murène.

Humains, vous pensez, mentalisez, pesez le pour ou le contre, rationalisez, anticipez, modelez l’avenir.

Les années choient sur votre dos, sur vos épaules. Vous vous courbez de réalité.

L’émerveillement et le mystique ont fui,

ils ont laissé place à l’économie.

Et faîtes ou dîtes ce que vous voudrez, c’est comme cela,

l’enfant n’est plus là.

Il est mort bien trop vite.

 

 

Gaieté

Les cercles de l’enfer se meuvent,

dans un mouvement circulaire.

Et nous, qui nous sommes placés au-dessus de tout,

n’en sommes que les rouages.

Vous êtes-vous purgés de toutes vos peines ?

Non. Bien sûr que non.

Il y a celles venues et celles à venir,

encore.

 

Avez-vous accepté que toute la gaieté mise en avant n’est que paravent ?

un mauvais jeu d’acteur.

Peut-être, peut-être pas ?

Acteurs,

il ne s’agit pas là de jouer un rôle,

mais d’être le rôle.

D’effacer le rôle.

De n’être que gaieté.

 

Folie,

dans le purgatoire !

 

Vous n’êtes que vous-mêmes,

mortels !

Paons

Il n’y a rien d’autre derrière le ciel que le néant.

Mettez toutes les croyances que vous voudrez.

Elles ne reposent que sur de la poussière,

le futur nous attend tous ; il n’est que poussière !

Alors, tandis que les plus nihilistes d’entre-nous se sont inventés des arrière-mondes, des religions, des Dieux pour mieux vivre les difficultés d’être en vie,

nous nous pâmons, nous, les plus croyants de tous les plus croyants,

nous, les dompteurs du Néant.

Et s’il faut souffrir, nous souffrirons avec le sourire.

Patûre de vent

Toutes ces méprises, ces mauvaises interprétations, ces jugements, ces insanités, toute cette fosse jetée sur nos têtes. Toute cette bassesse qui nous expulse hors de nous-mêmes dans des valses flétries par le désespoir ; sont le commun de notre petite race humaine.

Malignité de l’être.

J’avais pourtant rêvé, il y a fort longtemps d’un paradis pour les âmes, d’une bonne entente, de congruence humaine.

De gens de bien sur toute la surface terrestre.

Ingénuité de l’enfance.

Encore une fois ce fut une chimère.

Faibles, forts, noyez toutes vos illusions, jusqu’au sentiment profond d’avoir l’illusion de n’en avoir plus aucune et vous verrez que tout n’est plus que vanité et pâture de vent.

Une vie emportée bientôt dans le plus lointain des lointains alors que le soleil lui demeura.

Que cette vie serait plus belle si tous avait été de bonne volonté.

Au fond rien ne changera jamais.

Il y avait, a, et aura toujours bons et mauvais.

surplombés par toutes nos infinies vanités.

Petites considérations existentielles : sept

J’ai peur que ce que j’écris soient mal compris. Pourtant cela me semble inévitable. Il n’est pas question là de qualité, certains sont bien meilleurs que moi en termes d’impact, de style, de précision. Il s’agit là de transmission de soi, d’une vision. D’occupation d’espace par l’écrit, de la transmission d’états et d’idées.

J’espère au moins donner matière à penser.

Pourquoi m’inquiète-je de cela ? Une sentiment d’illégitimité sans doutes, moi qui ne suis du milieu de l’écriture, de la pensée, qui suis dans un rôle d’exécutant du Capital. Fait pour servir et qui ne le veut plus tellement, voire plus du tout. Usé par la mécanique presque imposée par l’économie et le besoin d’argent pour vivre.

Je me dois d’être réaliste ; peu me lisent, ma production étant assez faible (je ne suis arrivé au bout d’une nouvelle, d’un texte), alors pourquoi s’inquiéter encore ?

Je pense à l’Ecclésiaste ici ; la vanité de ce que l’on fait parfois frappe, au point où l’on se demande l’utilité de ce que l’on fait. Et bien que dans le fond, nous le savons, nous savons bien que ce n’est qu’un sentiment, une fabrication mentale, encore une, nous tombons quand même dans le piège. « Rien de nouveau sous le soleil ».

Et puis qu’importe, relevons-nous, nous sommes faits pour certaines choses qui nous dépassent, de presciences, de tropisme, laissons-les à ce qu’elles sont, ne les réprimons pas, il est encore plus grande vanité que la plus grande des vanités que d’étouffer l’intuition ;

 

Ne t’inquiète plus,

tout va et ira bien.

Le passé n’existe pas.

Le plus grand t’est permis ;

Tu es de ceux faits

pour briller.

Terreau

On ramasse les bris de rêves

par terre.

On les entasse dans des espaces

mortuaires.

 

Tels des jouets d’enfants usés, défigurés, oubliés

ils demeurent.

 

Ils se fondent, se soudent, brulent.

 

Jusqu’à Incubation.

 

Et si la Providence, la force de caractère,

affleurent .

 

Vient alors la Détonation.

 

Sonnant réveil de la fière, grande, et

Majestueuse volonté.

 

Grand devenir soi.

Fuite

La terre Voluptueuse terre,

me donnait les quelques images,

que j’avais grande envie et encore force de voir.

 

Derrière le champ économique,

je voyais autre chose.

Un autre destin de vie.

Un Monde hors Marketing. Un grand Monde.

 

Hors divertissement machinisé,

et sans fin.

Une sortie du perpétuel bal des nouveautés et critiques en tous genres.

 

Ô quel grand bien me procure cette fuite hors du monde.

Aux orées du moi.

Je sens être autre.

Je me vois entouré de grandes pensées et de grands penseurs.

 

Dans le temps long,

non interrompus par la publicité.

Il m’est permis d’apprécier l’Art.

De faire de ma Vie un début d’Art.

 

De prendre livres, pinceaux et plumes.

De prendre le temps de faire des choses banales.

Pain, poules, potager, Cosmos.

Loin de l’instantanéïsme, je trône.

 

Il me sent être comme le voyageur contemplant – ma Vie,

avec du goût et de riches nutriments.

Avec parfois,

quelques amertumes de ne m’être réveillé avant,

je l’avoue,

Mais je sais que le réveil d’aujourd’hui,

est moins beau que les réveils à venir.

 

Ô Providence soit clémente. Donne moi les clefs pour demeurer,

hors du monde, un peu plus.

Je ne veux plus être de ces petits homo economicus,

ce petit homme, à la tête coupée, courant derrière quelques deniers.

Extrait

Il serait infantile de parler de liberté totale mais plutôt d’une sensation, d’un sentiment de liberté totale. Une liberté résignée. Venant d’un découpage, d’un tri, d’un auto-examen entre ce qu’il peut et ne peut pas, ce qu’il doit et ne doit pas. Une introspection face à soi et au système donné. Face à ses prétentions et ses propres possibilités. L’Homme du ressentiment nietzschéen vient de là ; de la frustration de n’être ce qu’il aurait voulu être et de n’avoir ce qu’il veut. Un monde qui n’est pas à son image. Un moi fuyant vers un néant destructeur.

Spectral

J’ai en l’espace, amené les restes de la compréhension de mon être.

Je les ai moulu jusqu’aux bosons.

Montée vers le néant.

Le Cosmos.

Remontée vers l’essence.

Le Chaos.

Désintégration des systèmes, des concepts, de la pensée.

Un état de plénitude.

Ataraxie en et hors soi.

Loin de toutes les prétentions humaines, des ajournements.

La bonne Vie.

J’y suis. J’y demeure.

Les impératifs catégoriques se décalent.

Je suis spectral.

Un moi sans attente,

prenant le tout et le rien.

Un pressentiment.

Une prescience.

Hors du rôle.

Humain magistral.

Petites considérations existentielles : six

N’est-il pas évident qu’il faille un minimum de prétention pour écrire et surtout montrer ses textes ? Celui qui dit ne rien attendre ne ment-il pas ? En ce sens que ; peu importe la façon dont les choses sont faites, il y a bien un effet sur l’âme à la suite de l’action. Pourquoi aborde-je cette question ? Elle m’est venue après la lecture de l’incroyable ouvrage d’Eric Baret « La joie de ne rien être » qui m’a beaucoup touché par sa profondeur, son simplisme puissant.

Il est là une lumineuse évidence, nous faisons les choses pour les résultats ou les effets que l’action procurent, même si le résultat importe peu. Si l’action est le plus important, nous faisons les choses pour l’effet découlant de l’action, qui est l’action en elle-même.

De cette dynamique, je peux conclure que nous ne faisons jamais rien gratuitement, par pur don. Il y a là toujours une répartie venant à l’égo. Et même si nous faisons ce que nous ne voulons pas, cela nous coutera quelque chose. Cette approche rationaliste est occidentale. Si aujourd’hui, je supprime la prétention (je fais les choses pour les faire) et le calcul d’un probable résultat . Que j’approche les choses de façon détachée. Que reste-t-il ? La vie pour la vie ? L’action de vivre pour vivre ? Abrogation du psychisme ? Le pur instant présent ? Approche tantrique, plutôt orientale, guidée par ses modalités :

Laisser la mentalisation, le psychisme, les concepts de côté. Ne pas vouloir tout comprendre, tout expliquer, tout interpréter. Ne pas vouloir être autre chose que ce qu’on est. Vivre l’impermanence du Monde, du petit soi. Quitter son rôle. Vivre le Cosmos d’un ébahissement extatique. Balayer la prétention, le passé. Révéler l’espace poétique du tout. Si tout est concept ; vision, ressenti, passé, souvenirs, société…Il y a une grande force chez celui qui, le sachant, pourra retourner la mentalisation de ses concepts ; devenir maître de jujitsu. S’amuser en les annihilant un à un, les faire crouler sous leur propre poids.

L’émotion devant un coucher de soleil. Le silence comme plus grand bien. Les pistes à creuser pour l’homme contemporain occidental sont là, elles sont dans l’abandon de la prétention à être autre chose que ce qu’il est, de facto, le temps passant il le sera automatiquement. Passer à côté de sa vie est une fable. Qui accepte les choses ira par delà les choses. Avec la souplesse et l’élasticité émanant du détachement, il libéra les énergies pures pour un déploiement inattendu. Un plus grand Soi. Un apparentement à l’Ataraxie ; simplement être en paix avec soi-même.

Et la meilleure façon de l’être est de commencer à laisser toutes les prétentions de côté, en vivant sa corporalité, ne pas penser, vivre les cinq sens (sixième : intuition). Se sentir petit face au vaste monde, qui n’a cure de l’être et du faire, et de ce que l’on pourrait ou voudrait bien faire.

Le monde n’est-il pas intrinsèquement fait pour le silence ? Enlevez l’Homme, vous l’entendrez.

 

 

 

 

Désagrégation

Les quelques envies faites,

de néant, d’incomplétude,

dans les bras de la vie parfaite,

n’existent plus.

 

Tout prendre sans retenue.

Désagréger le psychisme,

jusqu’à même le superflu.

 

Un non-être accueillant l’expérience.

Son grand maitre le silence.

 

Se perdre sans cesse,

sur le chemin de la vie économique.

Alors que l’émerveillement et la gaieté,

sont les seules choses à cultiver.

 

Les désirs plus grands en non-désirs.

La vie plus grande en non esclave de soi.

 

Le Cosmos,

les démons

et l’éblouissement.

 

En paix.

En Toi.

Petites considérations existentielles : cinq

Que les mots et les pensées disparaissent aux confins du néant. Qu’ils dansent, virtuoses, dans un annihilement sublime. Ils ne me manqueront pas.

J’ai pour ma part que bien trop vu la peine et les misères des Hommes. Elles sont sans cesse renouvelées, éternel recommencement des afflictions. Et il me semble que l’état de gaieté, de joie, de retour à l’état de la petite enfance, celui proche de l’Ataraxie se construit dans le silence, avec le silence, dans la contemplation – le non être. L’absorption du soi par le monde.

Le chemin de la réflexion, de la raison, a ses vertus, mais il y a là comme un forçage de l’esprit qui amène encore a plus d’efforts. Il y a là mouvement de pensée qui fait chauffer le cerveau. Et comme le savent les inactuels ; philosopher, penser, c’est être en mouvement. Vivre et penser une vérité qui est impossible à atteindre.

Mais il me semble encore que le plus grand état que l’on puisse s’offrir est celui-ci ; le pur état de tranquillité, lorsque l’âme rejoint l’essence du monde, qu’elle est rassasiée sans la moindre pensée, sans la moindre considération, un pur sentiment d’existence ayant balayé les concepts et le mental. Là pour moi, il arrive un stade où la non-pensée dépasse la pensée car on arrive au même point par la tranquillité et liquidité plate, tandis que l’autre vient par force et vigueur avec comme mécanique le toujours plus sans jamais de fin véritable ; une toupie tournant.

La fin de la non pensée est l’état du moment, sans but. Rien. Pur sensation d’être là, au monde, le monde en soi. ; une toupie ayant tourné.

Vivre la poésie du monde.

 

« Utiliser la pensée pour comprendre la réalité n’est qu’une illusion ; si on se préoccupe de la victoire ou de la défaite, tout est perdu. » Tesshū

 

 

Consommateur consommant

Même les plus géniaux de notre espèce ont fini par croupir sous terre. Ils nous enseignèrent diverses paroles dont le but ultime fut de nous amener à la paix et à l’harmonie. Jésus, Lao Tseu, Bouddha, Confucius, des milliers de philosophes, des milliers de penseurs, de sages. En faisant une petite rétrospective mentale, il est évident que les pensées amenant au bon furent foisonnantes (elles le sont toujours). Ont-elles eu l’impact qu’elles auraient mérité ? Il est à croire que si je devais faire un constat de la planète terre, de la santé mentale et physique de ses occupants ; je pourrai facilement dire que non. Être en bonne santé n’est simplement dire : manger à sa faim. L’obésité, le sédentarisme et la famine se trouvent éparpillés sur le globe. Mais encore : Le but de toute vie humaine n’est-il pas la réalisation de l’Homme ? Hors, qu’en est-il en 2017 ?

En Occident, les psychotropes, anxiolytiques et autres drogues légales et illégales sont à un niveau de ventes jamais atteint. Preuve en est que les avancées technologiques en tous genres ne nous libèrent pas de nos propres vanités, c’est parfois même l’inverse qui se produit : ô course au toujours plus. En Orient, plus difficile pour moi de le dire, mais  je vois des pays où le modèle occidental est apposé (Chine-Japon au moins), que c’est le même cours que chez nous qu’ils suivent. Aux Proche et Moyen Orient, déchirement sur déchirement. Nous n’y sommes pas du tout à peu près partout.

Certes, d’aucuns me diront qu’il n’y a pas de guerre mondiale et que nous sommes dans une période qui connait le moins de victimes de violence. Que la situation est stable.

Mais, je dirai mais. Dans un ton de grandiloquence inquiétée ; qu’il y a dans l’atmosphère un parfum de robotisation des âmes, âmes avalées par le grand médiatique. Il suffit d’aller dans les villes, dans les campagnes pour le voir. Tant de gens affichent une mine austère, patibulaire. Je me promène le soir et ne vois qu’écrans de télévision allumés sur écrans de télévision allumés. La gaieté est-elle morte sous le poids des catastrophes médiatisées et du confort du prêt-à-consommer ? Amis poètes, il me semble bien que oui. La masse est éteinte. Et de ma fenêtre, je sens le souffle lointain de l’Apocalypse. Il ne s’agit pas là du grand Apocalypse tueur de masse mais ici d’une peste videuse d’esprit, une maladie qui aspire des hommes leur substance à penser, à être, pour ne plus en faire qu’une masse consommatrice informe. Les petits esclaves du Grand Capital, Capital qui vient de façon naturelle et déconcertante jusque dans leur salon – dans leur intimité, vendre de la peur, et des bars chocolatées. De la dépossession du plus grand et bel instinct de l’Homme, l’instinct de création, la volonté d’être.

Il est évident pour moi que le système les anesthésie. Il m’est aussi évident qu’une fois ces instincts trop cadenassés par le système, il peut arriver chez le consommateur-consommant un grand sentiment de vide, de désespérance. Il y a là la culture de masse pour pallier à cela mais elle s’use aussi (tout finit par s’user). L’abêtissement a aussi ses limites. Être tellement encrassé par le prêt-à-penser que l’on finit par s’en rendre compte, frustration du vide.

L’enjeu du consommateur-consommant est ici ; déchirer le voile d’illusions quant aux images qu’on lui donne, quant à lui-même, sa vie, sa manière d’être et de penser. Éteindre sa télévision. La jeter. Lire le plus possibles de grandes littératures, de grands sages, de grands philosophes et de tous bords. Allez vers des êtres lumineux. Devenir acteur de sa propre son consommation en créant sa propre pensée (loin des opinions usées, dites et redites de notre époque), en cultivant sa propre nourriture, un consommateur créatif le plus possible, sur tous les fronts. Fuir la course au toujours plus, plus de confort, plus d’amis, plus d’argent.

La vie a elle aussi un goût, lui aussi a son prix, celui de l’effort sur soi, le don de soi, loin des calculs économiques.

Et un jour, les efforts n’en seront plus, ils ne seront plus là que de simples habitudes et parfois même ils seront repos du corps et de l’esprit. Un vrai refuge fasse à la fureur du Monde.

Supra

Les phares éteints.

La pleine puissance,

aspire à revenir.

 

Elle a en tête,

les temps anciens,

trempés de foi.

 

Volonté de dépassement.

Recherche de transcendance.

Eblouissement du ciel par les cieux,

côtoyant,

fatigue et désespérance,

lovés au pied de la porte,

du postmodernisme.

 

Le combat de l’interminable raison s’avéra tronqué.

 

Opinions lancées,

sans véritable fond,

sans fin.

 

Débats sur débats.

 

La grande libération.

n’amena pas l’évidence,

du divin soi.

 

Un supra soi ;

 

Être autre chose,

qu’un produit griffé,

de marques marketisées.

 

Bouffie de consommation,

notre grande Humanité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Petites considérations existentielles : quatre

Un transfuge irrévocable s’est fait dans mon être. Je suis passé à un stade où seules la quiétude, la connaissance et la création comptent. Honnis de la cité dès mon plus jeune âge, incompris de ma classe sociale, j’ai découvert il y a peu quel taoïste je suis dans le fond. J’ai toujours fui les gens, la société, tout ce qui est conçu non pas pour grandir mais rapetisser. Futilités ambiantes. Ne jamais se contenter de l’évidence.

Il a fallu nombre d’années pour arriver à ce déchirement presque total. Je porte encore de nombreux stigmates de mon ancien moi occidentalisé. C’est journalier même. Un travail abrutissant, à la botte du grand capital, dans un lieu créé par le très grand capital. Au milieu de la Culture de masse, j’évolue. Je suis dans le rôle d’un Epictète moderne qui se crée liberté dans un monde superficiel, avec le spirituel et le poétique du quotidien comme guides.

Je ne suis ennuyé que le monde soit de la sorte, les choses sont comme elles sont et d’après l’Histoire nous voyons qu’il est long et souvent très pénible de changer une société vers plus d’Humanité. Le cadre est ce qu’il est, il peut toujours balancer d’un côté comme de l’autre. Le monde tel qu’il est, avec ses effets pervers, ses contre-effets, son imprévisibilité. Le mal permettant de créer du bien par contrecoups, et inversement. C’est ici que je veux en venir ; les biais d’Humanité, le caractère profondément imparfait et volatile de l’Être humain. Du spectre très bon à très mauvais. Impermanent. J’avoue souvent être déboussolé par cette nature ; le pire des systèmes peut produire quelques très bonnes âmes et le meilleur (le moins pire) les pire des âmes. N’y a-t’il pas là un champ d’exploration à lancer ? Il fut un temps, j’aurais bien tenter de le faire, aujourd’hui plus du tout. Il en va ainsi d’énormément de sujets, pourquoi ? Parce que jamais rien ne tient sur la longueur. Et que ces efforts de pensées dans la configuration dans laquelle je me trouve ne me permette pas de trouver réponses satisfaisantes. Il me semble là que jamais la vérité n’éclate. Il y a suppositions, exemples utilisés, contre-exemples en barrière pour prouver que tout et rien sont prouvables. Conceptions encore. Le mur. Nœuds gordiens. Oui et non. Je vois où ma liberté de penser commence et ou elle s’arrête.

Bien que je sache que les politiques politiciens ont tout intérêt à ce que nous ne prenons part aux débats, aux décisions quant à la cité, il est évident pour moi que je n’existe pas. De la petite classe à la classe moyenne, je me situe, et c’est en cela que j’ai cité Epictète plus haut. Je suis descendant de petites mains. De ceux qui ne savent charmer ou mentir pour arriver à leurs fins. Descendant d’agriculteur, de servante, de mineur, de batelier, de la méditerranée. Qui même en droit, pour ne faire de vague, ne les défendront pas. Et sans désespoir, j’avance aujourd’hui vers l’Ataraxie, un effacement de la pensée occidentale contemporaine ; qui est essentiellement aujourd’hui pugilat, pensée de consommateur-consommant, d’individu roi avant la collectivité. J’ai peut-être été trop idéaliste à la base et pas assez combatif sans doutes. La bêtise est illimitée, épuisante, et à l’écart, ne me sentant légitime je fais le jeu de l’ambiant. Taoïsme. Petite communauté. Loin de la fureur du monde. Je crois qu’il est là la meilleure façon pour moi de me sentir un peu vivant, au minimum un peu vivant.

Au fond n’ai-je pas été taillé pour amener des sous, faire du PIB ? Un petit outil. M’a-t-on ne serait-ce qu’une fois exposer ce qu’est la bonne vie, la belle vie, la pensée, la critique, la parole libre, l’Altruisme, l’Humanisme ? Entre les écrans de télévision, n’ai-je pas grandi par procuration, dans la peur d’un monde dont nous ne comprenons pas grand chose ? Exposé à une furie perpétuelle de guerre et de catastrophes, de prêt-à-penser, de sexisme, de publicités de junkfood pendant les évènements sportifs(cohérence…), se faire hanounaniser presque partout.

Jamais nous ne sommes mis face à un grand projet humaniste où nous pourrions prendre place avec fierté, ne serait-ce qu’avec l’esprit. Dans un discours positif et libertaire, rassembleur. A l’échelle d’une Nation, ce n’est même pas envisageable. Sommes-nous tellement différents pour que jamais cela ne puisse arriver ? Sourire dans la rue, être précautionneux, poli, est devenu utopique pour grand nombre. Nous voyons ici à quel point notre société est en souffrance. L’individu roi est à l’image de la société, de la compétitivité ; du petit moi avant les autres, l’empathie enfouie au loin, du toujours plus, du toujours plus vite.

Est-ce si difficile de donner ne serait-ce que le d’un monde plus gai. Cela coute-t-il tellement cher individuellement et collectivement de donner un sentiment de gaieté quotidien, sans tomber dans l’abrutissement de masse ? Il y a à repenser la notion de spirituel chez nous ; savoir être. Souvent, je pense à Schopenhauer, à Lao Tseu et à tant d’autres et je me dis ; qu’est-ce qui cloche chez nous ?  Dans le fond qu’est-ce qui cloche ? Il s’avère que c’est assez simple ; nous aimons que trop les chimères, nous avons peur du réel, nous ne savons gérer nos émotions, nous sommes effrayés par l’inconnu, l’autre, nous fonctionnons par préjugés, par visions faussée du monde – essentiellement médiatique (nombre d’Américains pensaient que la guerre était en guerre civile lors des émeutes de banlieues il y a quelques années). Ce qui nous amène presque tous à avoir une attitude austère envers le monde. Cette attitude qui elle aussi nourrit l’austérité du monde. Spirale infernale. Elle est certainement cassable. Il y a énormément de pistes à envisager, il y a congrégations d’actions politiques à faire sur plusieurs étages de la société. Travailler sur le sentiment d’appartenance à une grande Humanité est plus que faisable. Découvrir les âmes, les rendre plus belles est aussi un travail. C’est un travail de système et individuel. Mais restons prudents :

« Il n’y a que trois ressorts fondamentaux des actions humaines, et tous les motifs possibles n’ont de prise que sur ces trois ressorts. C’est d’abord a) l’égoïsme, qui veut son propre bien (il est sans bornes) ; b) la méchanceté, qui veut le mal d’autrui (elle va jusqu’à l’extrême cruauté) ; c) la pitié, qui veut le bien d’autrui (elle va jusqu’à la générosité, la grandeur d’âme). Toute action humaine doit être ramenée à l’un de ces trois mobiles, ou même à deux à la fois ». Schopenhauer

Darwin et Kropotkine ont parlé de l’entraide, basé sur un certain égoïsme communautaire. Elément qui peut enrayer la fameuse loi du plus fort – l’Union fait la Force. Il m’est intuition que l’aboutissement de l’Homme se trouvera dans l’entraide totale. La fin de son évolution se situe là, dépassement des petites communautés sans pour autant les oublier :

L’entraide intégrale !

« L’homme doit s’élever au-dessus de la vie, il doit comprendre que les incidents et les événements, les joies et les douleurs n’atteignent pas son moi meilleur et intérieur, que le tout n’est qu’un jeu ». Schopenhauer

 

 

 

 

 

 

Impulsion

Une fois la mort advenue,

il est bien trop tard pour se rendre compte,

que tout a été rendu.

 

Alors,

n’est-il pas,

à chaque instant,

important,

de savourer le prêt de la vie reçue ?

 

Il est dit chez Montaigne que « philosopher c’est apprendre à mourir ».

Cette finitude de l’être pour qui la sait et en note l’importance,

peut donner toute sa pleine puissance à la vie humaine.

 

Sans toutefois donner la carte pour apprendre à vivre.

Une impulsion.

 

Qui respire vit,

qui vit est en vie ;

mais comment ?

 

Au fond, chacun le sait.

 

Seuls les plus courageux fixent la vérité sur eux-mêmes en face.

Et en tirent quelques grandes leçons de vie,

ou de mort.

 

Petite machinerie de la joie

La grise vision chaotique,

du journalier médiatique

entache la lumière enfantine.

Poussés à penser cathodique,

les ondes bêta jaillissent.

 

Dans un grand bal d’opinions,

les psittacidés sévissent.

Le but est d’avoir raison,

sans avoir grande raison.

 

Du fond et de la réflexion,

ils ne s’enquièrent.

Emporter la mise,

mettre l’autre par terre.

 

Ô ami, sais-tu à quel point nous sommes loin de cette valse,

elle ne nous est que grotesque et futile.

 

Hors-du-temps,

nous faisons partie du champ de l’universel, du subtil.

 

Forteresse.

Immense forteresse.

D’aspiration mystique.

 

Notre religion ;

l’extase d’un moment banal,

capturé par photo mentale,

et poétisé.

 

Assemblage d’Elixirs mentaux,

faits d’émerveillement,

de non-jugements,

de slaloms hors-concepts.

 

Intrépides,

face au grand vide.

 

Stoïcien, épicurien,

notre destin.

 

Loin des média

se trouve

notre petite Machinerie de la joie.

 

 

 

 

 

 

Droiture

L’enfant pointe l’index vers le ciel.

L’oiseau tel une torpille,

fond vers l’infini.

Ubuesque et grandiose,

notre regard noir et perçant.

 

Cette vie nous a été donnée,

malgré nous.

Une époque. Un corps. Un théâtre. Un cadre.

Du non-choix.

Un catapultage.

 

Mais ensemble, nous pouvons vivre comme des titans.

Se créer liberté.

Se déjouer de la décadence.

Se bâtir fierté

S’ériger dignité.

 

Devenir Dieux, nous demi-Dieux.

Rétablir la vitalité du Monde, nous vitalistes.

 

Finir légers et gais,

à suivre cet oiseau.

A nous fondre dans notre propre ciel.

 

Hors-du-temps.

A contrevent.

 

Nous, les inactuels.

 

 

Petites considérations existentielles : trois

Il y a un destin pour lequel nous sommes appelés, une programmation difficilement descriptible par le fond – nous faisant tendre vers ce que nous sommes et devenons. Une force sous-jacente. Une balance entre la volonté d’être et tout ce qui la bloque.

Un ami me fit remarquer lors de l’une de nos interminables discussions qu’il est fort occidental comme attitude de gratter, de rechercher les causes, de déconstruire, de localiser. Que cette démarche est scientifique. Que nous l’utilisons bien trop et que nous pouvons simplement en apprécier les effets, ce avec l’aide de quelques presciences. Nous désincarcérer de cette fameuse démarche du raisonneur-raisonnant nourri d’imprécisions constantes et de « peut-être » tantôt froids, tantôt désabusés, tantôt libérateurs.

Ses affirmations me poussèrent à me demander à cet instant si j’étais sur la bonne voie, moi qui ai un projet de livre attaché à la philosophie, qui utilise très souvent la déconstruction, la démarche raisonnante. Laquelle me demande plus d’efforts que l’extase tantrique, cette démarche que je tends à pratiquer de plus en plus ; la poésie de l’instant, la sortie du soi par l’intermédiaire de la visée et vision méditative. Une philosophie poétique de l’atmosphère. Une inspiration physique et mentale du Monde. Cela peut aller d’éléments les plus communs aux plus exceptionnels. Une captation poussant au non-être, déclenchant le ressenti poétique puissant, hors-du-temps.

Fusion avec le cosmos.

Un autre jour, lors d’une dégustation de bières fameusement bonnes. Tandis que la a fin de la dégustation venait – nous étions à la dernière bière –  je me retrouvai à parler avec grand plaisir de permaculture, de potager, de résistance par les actes face à une société de dangereuse abondance, avec un jeune homme de ma tranche d’âge. Plein de vie et d’entrain, nous échangions nos expériences potagères, de la vie liée à celle-ci, de notre production de légumes (très faible cette année). Je lui dis que s’il eut fallu compter dessus, je serai déjà mort depuis longtemps. Le tenancier de l’échoppe intervint d’une tranchante remarque de vérité : « Si tu devais en vivre, tu en vivrais ». Il me rappelait que, bien que j’avais l’énergie, je n’avais pas encore la connaissance nécessaire, la main grande amie de la terre, une bonne connaissance du cosmos que pour arriver à un résultat proche de l’autosuffisance. Chose dure.

Tout s’apprend. De l’extase à la phénoménologie. Il faut là quelques bons maîtres, et envie aiguisée. Ou au moins l’un des deux.

Après cette phrase du tenancier, nous commençâmes à discuter littérature (ce que je connais très peu) mais il se passa là grande chose. Mon comparse d’un soir était fan de Bukowski, Toole, Steinbeck, lui connaissait très bien la beat generation (moi d’essence) et ce constat m’interpella. Moi aussi j’ai adoré ces auteurs, ils m’ont beaucoup touché et m’ont donné l’image d’un autre monde possible, essentiellement interne. Moi aussi j’ai idée du maraichage comme métier un jour, comme lui. Lui et moi adoptons le même style de vie, avons les mêmes envies, il venait aussi d’avoir une petite fille, aimait des auteurs non-académiques. Un parfum de libertarisme flottait. Etait-ce dû à notre jeunesse ? A un tendance de l’époque ? Peut-être, sommes-nous simplement taillé dans le même bois. Je lui posais alors une fameuse question : « as-tu déjà souhaité écrire ? ». Au vu de ses yeux étincelants à l’entente de la littérature, je ne pus m’empêcher de la poser. Puis le courant passait extrêmement bien. Il me répondit que oui mais qu’il n’avait pas le temps. Là je devinais grâce à mon expérience et à son attitude, à un regard désœuvré, que cette réponse n’était pas totalement vraie, qu’un sentiment d’illégitimité était imprimé en lui. Je lui rétorquai qu’on en rediscuterait un jour (il se faisait tard), qu’il y avait là quelques pistes libératrices à creuser s’il voulait au fond de lui être créateur-créatif.

Cette discussion me rappela à quel point la dimension d’extase, de plaisir, d’effervescence de l’esprit me fut donnée lors de la lecture d’excellents écrivains. Mais aussi la tétanie venant, la naissance de l’envie de faire comme eux, avec en contre-point ce fameux sentiment de petitesse face à pareil grandeur.

La tétanie ! Le blocage.

Se sentir mauvais dès les premières phrases écrites. Cruels sentiments. Mais le propos n’est pas là ; par ces écrivains je relie ici l’attitude extatique de quotidien cité au-dessus. Se fondre dans les espaces de l’esprit par le monde, et ce avec la plus grande délectation. Ils nous y invitent, nous y poussent, nous y jettent. Contrebalance face à la rigueur de la philosophie parfois si énergivore, qui dans mon cas, me fait passer à côté du duveteux de la pensée. La raison et l’analyse raidissent mon corps et mon âme, la démarche me rend raide. Alors que la métaphysique, la poésie, me pousse à l’envolée légère, vers la souplesse. Il y là quelque chose à développer ; la souplesse d’âme !

Poético-philosophie du quotidien.

Nous finissions la discussion et fruit d’un heureux hasard, le tenancier m’apprit que la dernière bière, celle que nous buvions alors que nous discutions, était américaine. Le jeune homme et sa femme venait de tirer sa révérence. Je me mis à rire du hasard de la vie.

 

« Un être libre, c’est rare, mais tu le repères tout de suite, d’abord parce que tu te sens bien, très bien quand tu es avec lui. » Charles Bukowski

 

 

 

 

Remodelage

Pleinement se sentir en vie – comme le dit Nietzsche, il s’agit devenir soi-même ou comme Plotin ; se modeler soi-même. Se déconstruire soi-même, déconstruire le monde, démonter jusqu’à la chose la plus naturelle, la plus évidente. Jusqu’à se rendre compte que comme Socrate « tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien ». Emprunter la voie de la modestie devant le grand monde. Arriver aux largeurs des structures, les toucher, sentir les limites de son système, les dépasser ! Par petites touches, sans grande attente immédiate. La sagesse, l’Ataraxie s’atteint sur une certaine longueur.  En pensant non pour soi-même mais contre, se mettre dans des situations inédites.  Se remodeler ! Car avant de nous prendre totalement en charge, les parents le firent.

La Voie de l’Être

La Voie de l’Être – qu’elle est-elle ? Un abyme pour qui n’a, dès son plus jeune âge, reçu quelques grands conseils de sagesse, et surtout su les saisir. La courbe de l’être sera ici plus difficile à redresser. Et encore plus pour qui veut devenir droit et non redressé comme Aurèle le dit. Cependant, cette voie de l’Être prise par les désœuvrés sera ô combien explosive de gaieté ; un spectre de suavité extraordinaire arrivera par petites touches. Une très grande délivrance. L’emprunter revient à penser contre soi-même. Un effort démesuré dans une société contemporaine prônant un certain confort, et une fausse originalité (unique comme tout le monde).

Pas de feuille de routes, c’est un champ de bataille qui est promis. Il ne faut rien ou au moins s’armer d’un marteau pour avancer. Encaisser les coups, fuir la populace, se cloisonner, considérer l’ennemi comme essentiellement médiatique (publicités, émissions débilitantes), chérir l’extase, se fondre en soi. Exploser sa télé ! Regarder le ciel, bouche ouverte, béatement. Inspirer. Expirer. Du souffle. Du calme. Quelques grands philosophes et quelques breuvages magnifiant le quotidien. Se recentrer. Il y a là quelques clefs très intéressantes à mettre à son trousseau.

Pour les autres, c’est pareil. L’impermanence est leur meilleure alliée. Boussole de la sagesse qui vient.

Éternelle gaieté de l’enfance

Par cet enfant Céleste, il me souvient que jamais, même aux prises de douleurs, je ne dois perdre ma capacité de gaieté et d’émerveillement face à la vie, au monde. Je sais que le chemin est ardu, que la plus grande charge mentale vient de la douleur physique, celle qui évacue le sujet du monde ataraxique en le tordant vers un monde infernal, celle qui empêche la capacité d’apprécier le pur instant présent, à exercer l’extase spontané, à se fondre dans le cosmos. Je sais qu’il est extrêmement compliqué de faire avec, surtout lorsque le mal est vif. Et même ; la plus petite douleur, une mauvaise phase de digestion, une ampoule aux pied, grippent la mécanique du moi léger, nous poussent hors de l’état de complétude.

Pourtant, je jure que le maximum est et sera fait de ma part.

Que ma vie, et ma pensée seront de véritables tableaux de gaieté.

Un déroutant impressionnisme d’irréalité.

Que dans les plus beaux moments, tapis dans l’ombre, ces instants de désolation me suivront de prêt pour me rappeler que non, un état de sérénité physique n’est pas commun, n’est pas chose normale, chose logique, chose due.

Qu’il est merveille.

Pure merveille de l’instant.

Que mon esprit se délecte de cet état, qu’il communie en symbiose avec le grand tout.

Là est le plus grand combat : souffrir avec le sourire – jusqu’à ne plus souffrir.

Côtoyer l’impossible.

Petites considérations existentielles : deux

Réveillé et levé à sept heures, un dimanche matin. La petite ne connait pas encore le travail.

Comme Sénèque le dit dans l’un de ses merveilleux textes ; être libre n’est-il pas de disposer de son temps comme bon nous semble ? N’est-ce pas là l’une des dimensions les plus importantes, si ce n’est la plus importante d’une vie : disposer de son temps. Vivre à son rythme. Travailler – car oui, il le faut bien pour le commun des mortels – à son rythme. Que l’on soit riche, pauvre, ou entre les deux états, la plus grande satisfaction ne vient-elle pas d’avoir fait ce que l’on voulait intiment et totalement faire ? Je le crois. Je crois que les âmes les plus vives , les plus riches, les plus complètes, se trouvent dans cette mécanique. La souveraineté du soi. Quel homme, quelle femme n’en rêve pas ? Le vouloir libérateur/oppresseur. Le déploiement du soi.

Certains choisissent la résignation. Une attitude de soumission face à la vie telle qu’elle est. Ce détachement, cette acceptation du sort telle qu’il est dessiné, amène au renoncement partiel ou total face au vouloir oppresseur/libérateur ancré dans chaque être. Ce qui est une libération, une autre liberté, partielle ou totale. Chacun fait face à sa volonté de puissance comme il le peut et le veut. Aller vers la complétude d’une manière ou d’une autre est purement humain. Dans tous les cas, qui veut vivre incomplètement ? Il y aura bien toujours besoin de combler quelque chose, ne serait-ce que les besoins vitaux. Nature humaine. Nature tout court : chaque espace de terre nue finit par être recouvert par des orties, des liserons,  des pissenlits… ou si vous êtes là, vous pouvez y planter de la délicieuse menthe anglaise.

Mais, finalement, ne sommes-nous pas dépassés par ce nous sommes, par ce qui nous entourent, par les matériaux avec lesquels nous sommes faits, par la circulation de nos fluides, par notre deuxième cerveau ? Les presque Dieux, ne se font et se font eux-mêmes. Ils se perpétuent sur des plans connus et inconnus, sur des croyances, des tropismes. La philosophie que d’aucuns mettent sur pieds ne nous dépasse-t-elle pas ? Cet homme, cette femme a été faite pour penser. Et loin. Les plus libres savent qu’ils ne le sont pas.

Au fond, les structuralistes ont raison sur ce point. Les déterminismes nous fondent, nous forgent, nous guident, nous écrasent, parfois ils créent l’inverse de leurs effets habituels. Ce qui remet en cause le déterminisme même, mais ne l’évacue pas de la réalité.

Les structures existent, elles sont là. Les connaitre et s’en échapper pourrait être la plus suprême des victoires. Frapper, tabasser, pilonner, fracasser autant que possible ces structures. En sortir ; une programmation pour en sortir, aussi, ils diront. Nature humaine, sans doutes, je dirai.

Alors, oui, en effet, avec cette vision, difficile d’aller contre les déterminismes et les pré-déterminismes : l’homme serait programmé pour vivre et être sur plusieurs plans, pour tout et ne rien être – du plus savant ou plus crétin, du néandertalien au transhumain, du fataliste à l’optimiste, et ce dans n’importe quel des milieux.

Pourtant, il me semble que l’attitude, que les postures qu’un individu prend et forge, se forge face à son sort dépende de lui en grande partie. Plusieurs personnes dans la même situation, au même moment, dans la même vie, se comporteraient-ils, auraient-ils la même trajectoire de vie ? La même vision ? Oui et non, tout dépendra du potentiel, de comment l’âme, l’appareil sentimental a été construit et ce, dès la naissance. Une histoire de sensibilité face au monde. Les enfants de monstres ne deviennent pas tous des monstres.

Sans cesse, en la pensée complexe, celle qui chez nous, a définitivement étouffé la pensée binaire, nous ne pourrons tirer un constat, une conclusion. L’être humain est prisme recevant lumière d’autres primes, eux-mêmes relié à d’autres prismes.

Interconnexion illimitée.

Divisant les couleurs en une multitude infinie.

Avec encore un grand nombre de couleurs à inventer.

Sérendipité !

Royauté

Les déterministes disent que tout est pré-déterminé, que les battants sont nés pour se battre, les oppressés nés pour se soumettre. Une bataille entre vainqueurs et vaincus.

Il est vrai que l’on a jamais vu un ouvrier président ou roi.

Les rôles sont multiples, changeants, impermanents.

Guerrier(e), choisis et prends tes armes.

Être son propre roi est l’enjeu.

Le temps comme allié ou adversaire.

 

 

Bref condensé d’un monde

Les âmes authentiques. Les vertueuses, ne se posent en maîtresses du monde. Et c’est en cela que nous perdons notre bel avenir.

Chaque système engendre des monstres. Le nôtre agonise et les mutilateurs en profitent.

Les esclaves comme observateurs regardent la fin venant.

Petits spectateurs du désastre d’un monde à l’agonie.

Pantins tenus par des pantins d’autres pantins.

Furie in situ

On recherche le déchirement du ciel.

Les fracassants coups de tonnerre.

Le passé mort et enterré, revenant des eaux troubles.

L’impermanence de l’état de vie.

Un état de grâce.

Une sortie de soi à pleine vitesse.

La chimère des chimères,

sublime, immense.

Grandiose déraison.

Un impact tonitruant.

L’amour de la terre et des bêtes.

Un éblouissement de l’âme.

Les grandes contrées jamais foulées.

La luminescence tueuse d’abysses.

Dans la barque d’Alighieri,

à siffloter d’aisance.

Que devant nous, les cercles de l’enfer palissent.

Une mystique de vie,

à fleurir la tombe des Dieux.

Le cosmos pour seul allié.

Nous, les Exaltés.

Petites considérations existentielles : un

Vingt-quatre mai, encore tombé malade et d’énormes difficultés à avancer dans le programme de Julia. Il y a cependant quelques point positifs – l’avancement dans énormément de choses. Mais la lecture de Cioran a remis les choses en perspective et plutôt négative, je peux dire qu’elle m’a fait énormément de mal. Pourtant ce fut hypnotique. Un tel niveau d’esthétisme de l’écriture et de pensée m’a déconcerté. Je ramène cela aux grand peintres et cette connaissance qui, seule, a monté une micro-ferme. Tout cela me remet face à face avec ma médiocrité, cela m’est insupportable. Moi qui ai recherché et recherche la transcendance depuis si longtemps, je fais à faire avec chimère sur chimère, des montagnes russes infinies.

La question du pourquoi et du comment de mes agissements me malmène. Est-ce là une attitude fondamentalement humaine que de rechercher l’absolu ? Est-ce une grande incomplétude face à soi-même ? Une distance trop grand par rapport à la réalité du monde ? Est-ce dû à l’éducation, aux cicatrices d’enfance ? Je ne peux et ne sais le dire. Aucun concept ne s’ancre chez moi, je suis frivolité, c’est en lisant Cioran que je l’ai découvert. Mon esprit se départit de tout, il est programmé pour la fuite, pour aller vers l’absolu, alors qu’il sait intiment que c’est impossible, il continue son chemin. Ma pensée essentiellement organique joue contre moi, et jouant de la sorte, elle me grandit, dans la douleur, dans la fatigue, elle me ramène au réel d’un monde que je n’ai pas voulu. De l’intuitionnisme qui rejette l’intelligence, qui refuse de se concentrer sur les systèmes, qui n’adhère à rien. Qui flotte au-dessus des concepts. Peut-être que mon âme est torve, trop électrique que pour se poser sur la tranquillité.

Pourtant je ressens encore quelques exaltations à la découverte de nouvelles choses, je suis parfois léger. Il y a souvent dans cette attitude une non-pensée, un oubli de soi, un non-soi même, un abandon presque totale. La légèreté viendrait de là, le néant, le rien. L’auto-guidage dans un environnement bon, au moins en apparence. Peut-être est-ce là l’une des clefs. L’oubli de l’hostilité du monde contemporain, des ondes négatives écrasantes. Étouffé cette pensée qui me guide, qui est trop vivace pour moi, qui me maîtrise. Chaque instant mentalisé me pousse à l’irrationnel, est insaisissable, impossible à systématiser. J’apprends encore à transformer cette énergie mentale, au moins en énergie artistique, en oeuvre. Mais elle est un serpent, une anguille huileuse, démente, elle veut mais ne veut pas totalement. Que de travail ! Peut-être que mes conditions de vie non-voulue sont à la fois très bonne pour une mécanique prolifique de pensée et très mauvaise pour la recracher en quelque chose de viable, de créatif, de satisfaisant.

C’est en grande partie pour cela que j’en suis venu à lire quelques fameux philosophes, bien que j’y sois tombé par hasard et assez tardivement, je peux quand même dire que c’est grâce à eux que je suis sorti de l’ornière, que je suis sorti de moi. Il m’a été permis de voir que la pensée est naturelle chez un homme, qu’elle se dompte, qu’elle se dirige, de voir la possibilité d’autre chose. Quel grand bien cela m’a fait. Il n’empêche que je me situe toujours en pleine impermanence, en pleine urgence de vivre, je suis dans le feu de mon âme alors que la vie, ma situation, ma condition est inverse. D’une lenteur abêtissante. Le terrible fracas est là, la liberté mentale face à un éternel retour journalier d’une vie humaine à assumer, réductrice : factures, nourritures, travail et tout ce dont nous sommes vitalement obligés de faire, ce qui est en fait – maintenant que j’écris -fonctionner dans un système que je n’ai établi, que d’autres ont dessiné et décidé depuis des millénaires. La malaise doit se situer là. Tout cela est vertigineux.

Ces quelques philosophes fameux, ces stoïciens, ces hédonistes, ces épicuriens, ces ascètes, ces penseurs, une certaine pensée orientale, ne peuvent tout changer. Il y a dans mon être quelque chose d’inchangeable, d’intransperçable, un endroit où la tempête ne se laisse jamais vaincre par l’Ataraxie.

Est-ce là une question de grande sensibilité ?

Je le crois bien.

On ne se fait soi-même.

On compose avec ce que l’on nous a donné.

 

Aṣṭāṅgamārga ou le noble chemin octuple

Chez les Bouddhistes, la voie qui mène à la cessation de la souffrance ainsi qu’à la délivrance totale se nomme « noble chemin octuple ». Elle est composée comme ceci :

1° La parole juste

2° L’action juste

3° Moyens d’existence justes

4° Effort juste

5° Concentration juste

6° Etablissement de l’être dans l’éveil

7° Vision juste

8° Pensée juste

Qui peut prétendre être juste ?

Même les tyrans disent faire ce qui est juste pour le « bien » de leur peuple.

Alors qui est juste ?

Les quelques menteurs qui utilisent posture sur posture,

tellement usées qu’ils ont la certitude d’être les plus justes de tous les justes.

Le juste est un concept.

Un sentiment.

Une illusion.

Le pire des pires peut prétendre être le plus juste des justes.

Il peut même être plus serein que le bienveillant qui voulait faire plus mais ne le put.

Tout se mentaliste.

Surtout les mensonges.

On parlera de degrés de vision inhérent à chaque individu.

Anthropocène

Si vous pensez en logique d’espèce, tout se tient. L’Homme fait ce qu’il fait pour asseoir sa domination sur le monde. Il le fait en se répandant le plus largement possible sur le globe. Guidé par son instinct, il procrée, se multiple. Le but est de contrôler l’étendue. Les différences étant cause de frictions, de difficultés de gestion, il préférera une société uniformisée, automatisée, mollement confortable.

Détruire ce qu’il y a à détruire, pour construire après. Son égocentrisme, ce que l’on appelle anthropocentrisme le contraint paradoxalement à s’éradiquer lui-même d’une façon voulue et non voulue. Voulue, par les différentes guerres menées entre les nations, peuplades, esprit de conquête, esprit de haine… Non voulue, par résultat de sa propre évolution, pollution, destruction de son environnement.

Ce qui est en jeu ici, c’est l’anthropocène, et bientôt on pourra voir si l’homme a été programmé plutôt pour la vie ou plutôt pour la mort.

Ce qui est réellement en jeu aujourd’hui, c’est la raison face à l’économie du toujours plus.

C’est l’acuité et le discernement de l’espèce humaine face à sa propre survie, face à ses propres vanités marketisées.

L’enjeu : aller au-delà de sa nature destructrice ou y rester.

Poupée

Pourquoi philosopher ?

Alors que l’intelligence humaine n’arrivera à perforer,

ce que les plus grands des philosophes n’ont jamais réussi à perforer.

Pour se préparer à mourir ?

Pour vivre dans la clarté ?

Aucun système ne résiste au tragique du monde.

Pas même l’intuitionnisme.

Alors que reste-t-il ?

Le Nihilisme ?

Lui aussi finira par être aspiré de là ou il vient : le presque vide.

L’irrationnel ?

L’instinct ?

La foi ?

Programmation ?

Un pantin,

taillé pour la liberté.

Marteau

– Ce pauvre garçon n’a rien grande chose. Pourtant, il donne l’impression d’être le plus riche des hommes.

– Voyez donc, cela saute aux yeux. Il ne possède rien. Il n’est donc attaché à rien. Sa liberté est là. Il est lui-même. Voguant vers rien d’autre que le rien.

– Mais alors, allons vivre dans un cabanon !

– Cela n’est si simple. Être dans un état de gaieté permanent, se contenter de peu, demande sérieux et rigueur dans la légèreté d’âme. C’est un sport de combat. Il faut avoir énormément philosopher, et au marteau, pour être comme tel.

– Le but d’un philosophe n’est-il pas de nous faire grandir et non pas de nous faire sentir si petits !?

– Il n’y a aucun but à rien sauf dans ce nouveau sport venu d’Angleterre, je crois qu’ils le nomment Soccer si je ne m’abuse. Mais bref, allons chercher un marteau, il se peut qu’un miracle advienne.

– Saletés de philosophes !

Mécanique

Il y a l’opium du peuple.

Il y a la philosophie.

Il y a les dogmes, les arrières-mondes.

Il y a la déconstruction, les abstractions.

 

La vérité est multiple.

Prismatique.

Chacun est produit de concepts,

eux-mêmes produits de concepts.

Liberté ?

Il est bon et mauvais d’avoir de grandes ambitions.

Les choses sont à expérimenter.

 

Chacun est sur sa Voie.

Ontologique.

 

Être

La promenade au milieu de l’être,

n’en fut pas une.

Tant de fois, elle fut misère,

que tu en gardes encore amertume.

Et du cap maintenu.

Malgré les rafales de vent, des maelström.

Tu n’as rompu.

Aujourd’hui, la délivrance t’embrasse.

Tu te dis que cela en valait la peine,

que même l’amertume n’est éternelle.