Considérations d’un peintre vitaliste

J’ai longtemps cherché de mon enfance à ma vie d’adulte ce qui donnait le sentiment d’une vie pleine et vécue. Tel un orphelin, je sentais un profond manque, j’ai longtemps tourné autour de cette raison de vivre. Un questionnement permanent. Sans fin. Mon milieu ne me permit pas de faire cette rencontre, de comprendre, je dus donc chercher par moi-même. Je suis passé par toutes les étapes mentales possibles. De la perdition à l’épiphanie jusqu’à la révélation journalière. Totale. Celle que je vis en ce moment.

Je naquis à 33 ans. J’avais énormément posé d’énergie pour arriver à cette naissance. De nombreuses recherches psychiques avaient été faites, j’avais déjà écrit assez bien, m’étais intéressé à de nombreuses formes d’art mais un jour, quelque chose en moi changea radicalement, quand je compris que l’aboutissement de ces recherches fut la création ; je devais créer. J’étais né pour créer. Penser. Créer. 

C’est en allant au Louvre que le doute ne fut plus permis. Je deviendrai peintre. J’avais déjà subi quelques chocs esthétiques et philosophiques en amont. De Bacon, Soutine à Benrath. De l’exposition combinée Basquiat-Schiele. Des lettres de Van Gogh à son frère Théo, de la philosophie de Nietzsche, de la littérature à la bande-dessinée etc. J’avais pour la première fois de ma vie l’impression de faire partie d’une confrérie. J’avais trouvé ; j’étais un créatif, un décadent exemplaire dans le sens où je compris que mes valeurs les plus hautes n’étaient pas celles de la société dans sa généralité. J’avais toujours été comme un étranger. 

Aussi, je peins pendant une année complète presque tous les jours, du mieux que je pus, dans une démarche assez féroce, totalement relachée. Très brute. J’avais acquis avec mes recherches et mon passé dans la Cutlure, une patte très personnelle. Un style néoexpressionniste est né. A ma grande surprise, beaucoup d’artistes me félicitèrent via les réseaux sociaux. J’eus un peu de succès et on me disait de continuer. J’en rencontrais “en vrai” aussi dans quelques expositions. Cette année-là, je peins une centaine de tableaux et ai réussi à vendre une petite dizaine de toiles à travers le monde. J’en fus très heureux et cela me confortait dans mon choix. 

L’année suivante en 2020, ma démarche fut plus contrôlée, je travaillais aussi bien dans l’abstraction que dans la peinture brute, celle-ci fut plus dépouillée et malgré tout plus sophistiquée. Je faisais énormément de portraits dits hallucinés. Pourtant, mon objectif initial était de faire une peinture dans l’esprit de Rotkho et de Benrath. Selon mon état d’esprit du moment, j’y arrivais. J’avais réussi à créer une très belle couverture pour plusieurs livres, et quelques toiles dans cette dynamique d’Ataraxie, ce que je recherchais initialement dans ma peinture. 

Aujourd’hui, je peux dire que je suis dans une démarche Vitaliste. Je travaille par la peinture au jaillissement, à la transmission d’états émotionnels, de la force vitale. Cette démarche est très spontanée, les toiles et les images sont pensées, et incubées en amont, par ce que je lis, je vois et je pense. Devant la toile, je ne sais ce que je vais faire. Je peux rester quelques heures dans une impasse pour y sortir d’un coup d’éclat. La toile changeant radicalement. J’aime beaucoup cette notion de risque et d’incertitude, d’accidents. A l’image de ma vie, c’est un combat avec obligation de victoire. 

Là est le Vitalisme, sublimer sa condition, son quotidien, par la création. Un plus grand soi. Toujours.

Petites considérations d’un peintre Vitaliste : un

Je reste ébahi par le résultat que donne le laisser aller presque total à la pratique. Comme Breton l’avait tenté avec les surréalistes, la peinture automatique, l’écriture automatique. Il s’agit de faire ressortir des siècles d’humanité dans l’acte, ne plus vouloir le contrôle, chercher l’accident, sortir de la rationalité. L’oubli de soi sans doutes. Sans garantie de résultat. Mais à l’image du Cosmos, l’intelligence innée se met en route, les lignes de codage gravées dans l’individu lui permette d’aller toujours plus loin en lui. Quelle chance est-ce que de pouvoir s’étonner soi-même.

Finalement, ce n’est pas son histoire que le Vitaliste peint ou écrit, c’est celle de l’Humanité.

Une histoire de fantasmes et de mystique.

Un besoin d’irrationalité.

C’est bien des entreprises les plus folles que naissent les plus grandes découvertes.

Une fois cela posé, il y a la cap à garder.