Les tripes et le style

Je suis exténué de devoir composer avec ce monde. Il me transperce. Je n’ai plus rien grand chose à y faire, ni même à dire. La peinture est tout ce qu’il me retient encore. Mais pour combien de temps ? Etant donné que je ne suis jamais aussi bon que je ne le voudrais, que je me dégoute de moi-même, du peu que j’ai écrit, de tout ce que j’ai fait, des relations humaines, de ce qu’elles impliquent. Je suis usé. Combien de temps vais-je encore tenir ? Cette douleur de vivre est souvent insupportable. Et je me bas. Pourquoi ? Si ce n’est pour l’espèce, ni même pour moi. Pourquoi. Cela doit être la peur d’en finir pour de bon, une bonne fois. Je suis fatigué du manque d’argent, de l’impossibilité de publier, de devoir me réinsérer dans une société qui ne me dit plus rien de bon. Que chaque jour, je ne puisse faire ce que j’aime le plus.

Je n’ai jamais eu assez de génie en moi que pour être grand.

Je n’aurais été que moyen. En tout. Moyen.

Vision de terreur.

Je fais partie des perdants.

Prolégomènes d’un nouveau mouvement de peinture

Admirateur des mouvements anciens de peintres révolutionnaires par leur vision et leur capacité à expérimenter, je suis un peu nostalgique de leur fin, je l’avoue. Je regrette même de n’avoir pu goûter à cette époque. Fauvistes, Expressionnistes, Impressionnistes, Nuagistes…sont éteints. Bien éteints. Malheureusement.

Du Cavalier bleu à Cobra, le temps à la peinture révolutionnaire est bien mort. Il me vint alors à l’idée de réanimer son esprit par ma pratique dans mon atelier, ce que je fis avec plus ou moins de succès. L’expérimentation et l’improvisation comme valeurs centrales.

Cette expérience me poussa à aller plus loin dans mon raisonnement. Voulant partager et étendre cette vision des pionniers, l’idée m’est venue de monter un groupe de jeunes peintres. De repartir à zéro en quelque sorte. Toujours avec cette mécanique centrale de bâtir une pratique artistique basée sur l’improvisation, la faculté de réflexion et d’expérimentation. Esthétique et poésie. Art brut et lyrisme.

Ce projet est ambitieux. Je pense qu’il aura la vertu de faire vivre un petit groupe dans une dynamique presque mystique. Et pourquoi pas, à amener un nouveau souffle à la peinture postmoderne dont l’horizon colle à l’ère du Temps, celle qui est globalement aussi tombée dans le jeu du marché. Taillée comme un produit pour être vendue comme tel. Chacun de son côté. A vendre sur Internet. Sans réel esprit. A quelques exceptions près bien sûr.

J’aimerais donc arriver à atteindre avec ce mouvement ce que Kandinsky appela « Du spirituel dans l’Art ». Un endroit où la peinture se fait. Se vit. Se tente. S’écrit. Un endroit où les gens pourraient venir quand ils le souhaitent. Avec des expositions périodiques hors des structures classiques; les Indépendants de la peinture. Gratter la toile comme Benrath, Hartung, Cy Twombly et Basquiat purent le faire. Surfer et danser comme Shigara et Pollock. En discuter tels André breton, Duchamp, Magritte et Piccabia. Aimer les formes et couleurs comme De Staël et Kupka. Y amener de l’angoisse à la Munch et Soutine. De la puissance, de l’élégance et de la légèreté à la Zao Wou-ki et Fabienne Verdier. Et tant encore.

J’ai commencé à écrire le Manifeste. Je dois encore arriver à trouver un endroit et des artistes avec une vision la plus libre possible; c’est-à-dire, par delà le beau et le laid.

Ce projet est peut-être celui de ma vie.

Je l’espère du moins.

Homme Postmoderne

Ce qui a marqué le début de la faillite à venir de notre Civilisation est : l’industrialisation de l’Animal.
Lorsque il est devenu un simple produit d’usine, c’est l’humanité qui fut définitivement liquidée au bénéfice du profit toujours plus étendu. Les camps de concentration jusque dans leurs assiettes.
A mastiquer détresse et tumeurs.
Homme Postmoderne.

Zemmour, Houellebecq, l’Occident et l’Avenir

Zemmour et Houellebecq représentent à merveille l’Occident d’aujourd’hui. Ils sont les symptômes de ses maux ; la transmutation du psychisme d’une grande partie du peuple et du Temps condensés dans deux personnages. Ceci : le Nihilisme, la perte de Vivacité, l’impossibilité de voir au-delà de soi, du marché, de la Nation, une vision pessimiste de l’Avenir.

Ils se basent sur des faits établis, sur ce que le monde moderne leur envoie. Et c’est en cela qu’ils sont de parfaits baromètres de notre Temps. L’inverse du pan de la gauche aux grands principes d’ouverture et de foi dans l’humain, ceux qui trouveront toujours des raisons, des excuses aux pires des salopards. Malgré les pistes brouillées, les valeurs portées sont quasiment identiques : Nihilisme, essoufflement.

C’est un esprit nouveau dont l’Occident a besoin. Entre Vitalisme et Naturalisme. Tant que le profit, le PIB, la consommation seront les valeurs suprêmes de notre Civilisation, rien de bon ne pourra plus advenir. L’épuisement psychique vient de là : destruction de l’Esprit et du Sacré (le sacré étant la Nature, socle de la Vie, celle que nous avons battue à mort. L’Esprit, notre faculté à penser de façon équilibrée. La raison n’a pas tout réglé. L’Anthropocène en est le fruit).

Sortir l’individu de l’horizon libéral-capitaliste par la nature, l’entraide, l’empathie par rapport aux autres et autres espèces. Réenrichir ce que l’humain porte de plus beau en lui. C’est un programme complet à mettre sur pied. L’Esprit au sens philosophique avec sa part de mystique. la Superbe. Le Sacré. Tout est là dans le Cosmos. En nous.

Quelle est le symbole de notre Temps ? Une pomme ? Gâtée ? La technologie ?

Quelqu’un me dit sur les réseaux sociaux que mon discours porte un germe totalitaire. Il ne sais certainement pas que l’injonction faite au bonheur, à la liberté, du libéralisme et du Capitalisme est elle plus totalitaire que ce que je porte : le Vitalisme et l’Esprit dans un monde de profit infini. Sa promesse. Jouissance sans effort.

Il ne comprend sans doutes pas non plus qu’une prise de position porte en soi un totalitarisme, prendre une décision, un chemin, faire une profession de foi en quelque chose, est en soi subjectif.

Exemple : le néolibéralisme qui veut que le marché ne soit pas régulé, ce qui est aussi un totalitarisme quand on voit les résultats, la pauvreté qui grandit. La « liberté » ne débouche pas toujours sur ce que l’on espère. Voyez la porosité entre le couple démocrature-démocratie.

Je ne décide de rien pour l’Humanité, j’expose ici, par impératif. Mais sachez que d’autres ont toujours décidé et décident toujours de ce qui est bon ou mauvais pour l’Homme, c’est ce qui fait la direction de la marche humaine…pour le meilleur et pour le pire.

Je dis aussi que des valeurs universalistes, universelles, la Nature et l’Esprit sont à cultiver. Culture. Permaculture. C’est de là que le meilleur peut advenir. Pas dans la marche au profit et au Progrès pour le Progrès. Les valeurs de Connaissance, de création, de respect de la Nature doivent atteindre les cimes les plus hautes de l’Être. Le devoir de notre race est celui-là et pas ailleurs. C’est là que nous pourrons contrer l’Anthropocène. Ramener la philosophie dans la Cité.

Henri Ford ne voulait pas de penseurs mais des travailleurs. En 2019, on veut des consommateurs. En ce qui me concerne, j’avance qu’il nous faut l’inverse. Et mieux : des penseurs pratiques, des créateurs, c’est-à-dire des gens capables d’aller vers l’autonomie alimentaire, de pensée, de créer de l’Art Total, d’être Art, dont les connaissances les amènent à une sagesse pratique enrichissant le Cosmos (la néguentropie). Un savoir pratique holistique. C’est à partir de là que l’amour de la Vie, du savoir naît ; l’amour de la connaissance. La Vie Artistique.

Ce qui débouche à une autre manière d’être et de posséder. J’en fais moins même l’expérience. Il faut une certaine radicalité avec soi pour changer profondément. C’est le prix à payer de l’individuation.

Chercher dans La Vita Artistica.

 

Gilles Deleuze écrira dans Pourparlers :

« un artiste ne peut pas se contenter d’une vie épuisée, ni d’une vie personnelle. On n’écrit pas avec son moi, sa mémoire et ses maladies. Dans l’acte d’écrire, il y a la tentative de faire de la vie quelque chose de plus que personnel, de libérer la vie de ce qui l’emprisonne. […] Il y a un lien profond entre les signes, l’événement, la vie, le vitalisme. C’est la puissance de la vie non organique, celle qu’il peut y avoir dans une ligne de dessin, d’écriture ou de musique. Ce sont les organismes qui meurent, pas la vie. Il n’y a pas d’œuvre qui n’indique une issue à la vie, qui ne trace un chemin entre les pavés. Tout ce que j’ai écrit était vitaliste, du moins je l’espère… »

Dante

Je suis allé sur la tombe d’Alighieri. Il me dit. Rigoles-tu encore Atarax ? Vois-tu ton espèce ? Oui ? Non ? Regarde, toi aussi tu en fais partie. Les cercles sont là. Tu ne pourras rien y faire. Il t’a fait beau, grand et fort. Mais cela ne t’a pas empêché de tomber dans la plus profonde mélancolie. Jamais tu n’en sortiras. Sais-tu pourquoi ? Le Monde est en toi. Celui qui aurait dû encore plus !

Va, damné.

Le bal des parasites : introduction.

Qu’est-ce que tu veux que je te dise, petit ? On a mis sur pied un tas de systèmes. Un tas. Le communisme, le fascisme, le capitalisme, le nazisme, le libéralisme, le maoïsme, la démocratie et d’autres trucs que j’ignore, tellement d’autres. Beaucoup se sont effondrés, ce sont des cycles, chaque chose a sa durée de vie. Rien de grave. C’est comme la vie, ça naît, ça meurt, on en verra d’autres. Mais tu sais quoi petit ? Les oppresseurs et les oppressés demeureront toujours. C’est dans l’ordre des choses. Tout n’est pas sur le même plan.

Tu ne dois pas t’en faire. La plus grande liberté est de connaitre le système et ses limites, de composer avec, mais comment veux-tu appréhender tout cela si tu n’as déjà pas appris à te connaître ? La plus grande liberté est de savoir que l’on n’est pas libre, les systèmes sont des conneries. Supprime ce qui t’embête dans ta vie, entretiens ce que tu affectionnes, progresse, transcende-toi. Trouve ton truc. Tu tomberas certainement dans certains pièges, tant que tu t’en sors, c’est rien.
Mais ne sois pas dupe. Le système aurait pu être un autre système. Et toi, tu peux être ton propre système dans le système, aux côtés d’autres système qui sont des gens, des animaux, des structures.
Surfe sur toute cette crasse. Défie la poussière. Tu vaux bien plus que ce que le système te propose.
Moi, j’ai merdé du début à la fin. Je n’ai pas su faire ce que je te dis. Je sais pas, sans doutes ai-je manqué de courage, de force ou de substance. Mais que veux-tu, de là où je viens on n’apprend rien de grand, on vit mécaniquement, selon des schémas bien établis “tu feras des études mon fils et tu trouveras un travail”. Et tu t’exécutes. Et dix ans, quinze ans après, tu te demandes quel est le sens de tout ça ? Tu regardes ton petit salaire d’employé, tu allumes ta télé, tu t’endors après ta journée de boulot, tu t’amollis, t’abêtis, tu as la frousse de tenter quelque chose de plus grand parce que le confort ordinaire t’a mordu, que la sécurité t’emprisonne, que tu as peur de perdre le peu qui ne t’appartient pas encore.
Je suis prisonnier du système. Et pire encore, de mon propre système. Je suis ce que l’on a voulu de moi, ce que l’on a fait de moi. Et je ne saurai jamais être autre chose, cela a trop duré, c’est gravé dans la roche, je ne peux me déprogrammer. Mais toi ? Tu as encore tout le temps pour faire ta propre programmation. Pour cela, tu aurais besoin d’appuis, de mentors, de gens qui sèment de la lumière en toi. Je serai là pour toi.
Il partit, laissant la lumière allumée.

Dieu n’est pas mort, son cadavre bouge encore

Alors que les barrières étaient tombées, qu’il avait la libération en point de mire, il a échangé ses chaînes, contre d’autres, bien plus vaniteuses. Il est allé vers le rien, le néant.

Le céleste n’était plus, et une partie de lui-même non plus.

Il aurait pu transformer ce vide de pensées, de sens, en le contre-balançant avec un travail de réflexion sur le monde, en plaçant la culture au centre. Il avait tous les outils technologiques en mains pour cela. Il ne l’a pas fait. Il a préféré s’abêtir dans l’instantané, il a préféré utiliser le peu de temps dont il disposait à ingurgiter des informations abrutissantes jetées en masse ça et là dans le tourbillon médiatique. Dans le fond, ce ne serait pas vraiment grave, s’il appréciait sa vie, chose dont il n’est pas sûr.

Paradoxalement, il est son propre Dieu, et ne crée rien, il conspue, pleure sur son propre sort, alors que les voies lui sont ouvertes. Sans doutes, est-il devenu paresseux. On pourrait ne pas lui en vouloir d’ailleurs, très longtemps on lui a dicté ce qu’il devait faire, penser, et à cette époque il n’était sûr d’être heureux non plus.

Le divertissement est chose facile, c’est bien pour cela qu’il existe, pour alléger l’existence, pour reposer l’esprit se dit-il.

Mais, qu’il prenne garde, le repos du guerrier est une chose, le repos du paresseux en est une autre. Tandis qu’il s’affale dans son confort, que sa pensée devient de plus en plus molle, qu’elle perd en consistance, d’autres saisiront l’occasion pour lui dire avec véhémence et certitude que face au néant, eux ont la solution. Qu’il devrait leur laisser le plein commandement de la société, et que tout ira beaucoup mieux.

Si cette direction est prise, il ne pleura pas sa chance gâchée mais plutôt la situation dantesque. Il pleura pendant que les derniers bastions de son Humanité se retrouveront écrasés par des êtres pires que lui encore.

La liberté de penser est étouffée par la bassesse lyrique (défaut du langage amenant à un défaut de pensée) d’une grosse partie du peuple, et cela le restera tant que les pré-surhommes (l’homme en quête d’Humanité) resteront de gré ou de force dans l’ombre.

Grandeur

De l’espoir anéanti naît la sublime grandeur – Alors que la victimisation, la quête de bonheur, du bien-être sont plus que jamais à la mode, que la tension travail vie privée pousse au burnout. Certains s’envolent loin. Ils créent leur propre ciel, sont leurs propres étoiles. Ils illuminent nos noires contrées. Par delà l’occidental biberonné au matérialisme et harcelé par les publicités de toutes parts, ils se trouvent. Après avoir dépassé Dieu, ils ont dépassé le nihilisme, le trou béant que celui-ci avait laissé. Ils sont assez forts pour croire en la vie et voir le sacré là où le consommateur ne voit rien d’autre que bêtise juvénile. Ils sont au-dessus de l’abattement général, au-dessus de ceux qui ne trouvent que le négatif (ils le cherchent avant tout, par peur de faire face à eux-mêmes). Ils savent que le confort les abêtiraient et que l’effort léger, que la gaieté amènera ce que l’espoir détruit. Ils vont vers le meilleur, ils n’attendent pas le meilleur.

Ils ne sont attentistes. Ils n’attendent rien des autres, du système. Ils se battent, le cœur empli d’envie, de passion, avec la soif de ne vaincre autre chose qu’eux-mêmes. Dans un monde qui laisse peu de place à la lenteur, à ce que les utilitaristes et certains capitalistes appellent “l’inutilité”, eux gagnent sur tous les terrains, les terrains de la sagesse, de l’amitié, de l’amour, de la poésie, de la nature, du noble. Ils sont Femmes et Hommes complexes, complets. Ils sont le contre-poids face à ce désœuvrement, cette vision totalement dédiée à l’économie et au futur noir, des Femmes et des Hommes d’aspirations nouvelles. Ils n’espèrent pas, ils prennent leur avenir en main, en affrontant de grandes questions existentielles.

Avec vigueur et courage ils créent leur modèle de vie en s’écartant du modèle promis ou plutôt subrepticement imposé. Ils ont compris que ce n’était pas tenable, que vivre comme un consommateur revient à abandonner une partie de leur humanité, celle de l’Homme libre. Oh non, ils n’ont pas besoin d’espoir. Ils sont l’Espoir. Et j’invite toute personne désireuse de vivre grand à tendre vers cet espèce d’Hommes modernes. La peur ne vous guidera pas ! Amis. Emplissez-vous de confiance et dites à voix haute : la vie est grande, elle est partout, elle est en moi !