Le bal des parasites : introduction.

Qu’est-ce que tu veux que je te dise, petit ? On a mis sur pied un tas de systèmes. Un tas. Le communisme, le fascisme, le capitalisme, le nazisme, le libéralisme, le maoïsme, la démocratie et d’autres trucs que j’ignore, tellement d’autres. Beaucoup se sont effondrés, ce sont des cycles, chaque chose a sa durée de vie. Rien de grave. C’est comme la vie, ça naît, ça meurt, on en verra d’autres. Mais tu sais quoi petit ? Les oppresseurs et les oppressés demeureront toujours. C’est dans l’ordre des choses. Tout n’est pas sur le même plan.

Tu ne dois pas t’en faire. La plus grande liberté est de connaitre le système et ses limites, de composer avec, mais comment veux-tu appréhender tout cela si tu n’as déjà pas appris à te connaître ? La plus grande liberté est de savoir que l’on n’est pas libre, les systèmes sont des conneries. Supprime ce qui t’embête dans ta vie, entretiens ce que tu affectionnes, progresse, transcende-toi. Trouve ton truc. Tu tomberas certainement dans certains pièges, tant que tu t’en sors, c’est rien.
Mais ne sois pas dupe. Le système aurait pu être un autre système. Et toi, tu peux être ton propre système dans le système, aux côtés d’autres système qui sont des gens, des animaux, des structures.
Surfe sur toute cette crasse. Défie la poussière. Tu vaux bien plus que ce que le système te propose.
Moi, j’ai merdé du début à la fin. Je n’ai pas su faire ce que je te dis. Je sais pas, sans doutes ai-je manqué de courage, de force ou de substance. Mais que veux-tu, de là où je viens on n’apprend rien de grand, on vit mécaniquement, selon des schémas bien établis “tu feras des études mon fils et tu trouveras un travail”. Et tu t’exécutes. Et dix ans, quinze ans après, tu te demandes quel est le sens de tout ça ? Tu regardes ton petit salaire d’employé, tu allumes ta télé, tu t’endors après ta journée de boulot, tu t’amollis, t’abêtis, tu as la frousse de tenter quelque chose de plus grand parce que le confort ordinaire t’a mordu, que la sécurité t’emprisonne, que tu as peur de perdre le peu qui ne t’appartient pas encore.
Je suis prisonnier du système. Et pire encore, de mon propre système. Je suis ce que l’on a voulu de moi, ce que l’on a fait de moi. Et je ne saurai jamais être autre chose, cela a trop duré, c’est gravé dans la roche, je ne peux me déprogrammer. Mais toi ? Tu as encore tout le temps pour faire ta propre programmation. Pour cela, tu aurais besoin d’appuis, de mentors, de gens qui sèment de la lumière en toi. Je serai là pour toi.
Il partit, laissant la lumière allumée.

Toi, poche de lumière.

Nous avons besoin de poches lumineuses, disponibles ça et là, à portée de main lorsque nous nous asphyxions. Je sais que tu me diras que rien ne changera, que l’ordre est ainsi fait, que les cartes sont distribuées, et tout un tas de choses, et puis, et puis, je sais, c’est vrai.

Mais tu serais bien sot de réfuter que rien n’est joué, que tout n’est pas calculable, que ce que l’on appelle le hasard peut surgir de son trou, qu’il peut bouleverser la donne. Alors même si tu n’y crois pas, tu sais intiment que le hasard n’a pas besoin que l’on croit en lui. Un peu comme toi, pourquoi voudrais-tu que l’on croie en toi. C’est un jeu. Et tu sais aussi que le hasard est rare. Que le hasard peut tout aussi bien être destructeur que constructeur. Tu sais aussi que tu es perdu, car le vrai est entrelacé, perforé, englobé d’autres vérités, parfois plus pures encore. Le faux n’est pas le faux, il peut lui aussi être vrai en fonction du moment, de ton état d’esprit, et des événements. Tu es perdu, car tu n’avais pas reçu une éducation dogmatique, faite de certitudes, tu étais vierge.

Toi qui penses que c’est ta plus grande malchance, tu t’es trompé, encore. Tu peux voir plus grand, encore, encore et encore. Et tu te tromperas, tu penseras même te tromper alors que tu ne te trompes pas, encore. C’est la complexité de la vie. Tu vis la complexité de la vie. Elle est en toi. Tu es la vie. Une apparente stabilité dans un chaos en ébullition, en toi.

Deviens une poche de lumière. Je t’en conjure. Deviens une poche de lumière. Nous aurons besoin de toi. Lorsque l’Humanité deviendra plus crade encore, nous tomberons sur toi. Cela nous ramènera à autre chose, quelque chose de grand. Nous ne te demanderons rien de plus que quelques paroles. Un peu d’éclairage. Tandis que nous serons en pleine perdition, nous ne te demanderons qu’un peu de lumière, qu’un peu de ta pensée le jour où nous ne serons statufiés.

Dieu n’est pas mort, son cadavre bouge encore

Alors que les barrières étaient tombées, qu’il avait la libération en point de mire, il a échangé ses chaînes, contre d’autres, bien plus vaniteuses. Il est allé vers le rien, le néant.

Le céleste n’était plus, et une partie de lui-même non plus.

Il aurait pu transformer ce vide de pensées, de sens, en le contre-balançant avec un travail de réflexion sur le monde, en plaçant la culture au centre. Il avait tous les outils technologiques en mains pour cela. Il ne l’a pas fait. Il a préféré s’abêtir dans l’instantané, il a préféré utiliser le peu de temps dont il disposait à ingurgiter des informations abrutissantes jetées en masse ça et là dans le tourbillon médiatique. Dans le fond, ce ne serait pas vraiment grave, s’il appréciait sa vie, chose dont il n’est pas sûr.

Paradoxalement, il est son propre Dieu, et ne crée rien, il conspue, pleure sur son propre sort, alors que les voies lui sont ouvertes. Sans doutes, est-il devenu paresseux. On pourrait ne pas lui en vouloir d’ailleurs, très longtemps on lui a dicté ce qu’il devait faire, penser, et à cette époque il n’était sûr d’être heureux non plus.

Le divertissement est chose facile, c’est bien pour cela qu’il existe, pour alléger l’existence, pour reposer l’esprit se dit-il.

Mais, qu’il prenne garde, le repos du guerrier est une chose, le repos du paresseux en est une autre. Tandis qu’il s’affale dans son confort, que sa pensée devient de plus en plus molle, qu’elle perd en consistance, d’autres saisiront l’occasion pour lui dire avec véhémence et certitude que face au néant, eux ont la solution. Qu’il devrait leur laisser le plein commandement de la société, et que tout ira beaucoup mieux.

Si cette direction est prise, il ne pleura pas sa chance gâchée mais plutôt la situation dantesque. Il pleura pendant que les derniers bastions de son Humanité se retrouveront écrasés par des êtres pires que lui encore.

La liberté de penser est étouffée par la bassesse lyrique (défaut du langage amenant à un défaut de pensée) d’une grosse partie du peuple, et cela le restera tant que les pré-surhommes (l’homme en quête d’Humanité) resteront de gré ou de force dans l’ombre.

Grandeur

De l’espoir anéanti naît la sublime grandeur – Alors que la victimisation, la quête de bonheur, du bien-être sont plus que jamais à la mode, que la tension travail vie privée pousse au burnout. Certains s’envolent loin. Ils créent leur propre ciel, sont leurs propres étoiles. Ils illuminent nos noires contrées. Par delà l’occidental biberonné au matérialisme et harcelé par les publicités de toutes parts, ils se trouvent. Après avoir dépassé Dieu, ils ont dépassé le nihilisme, le trou béant que celui-ci avait laissé. Ils sont assez forts pour croire en la vie et voir le sacré là où le consommateur ne voit rien d’autre que bêtise juvénile. Ils sont au-dessus de l’abattement général, au-dessus de ceux qui ne trouvent que le négatif (ils le cherchent avant tout, par peur de faire face à eux-mêmes). Ils savent que le confort les abêtiraient et que l’effort léger, que la gaieté amènera ce que l’espoir détruit. Ils vont vers le meilleur, ils n’attendent pas le meilleur.

Ils ne sont attentistes. Ils n’attendent rien des autres, du système. Ils se battent, le cœur empli d’envie, de passion, avec la soif de ne vaincre autre chose qu’eux-mêmes. Dans un monde qui laisse peu de place à la lenteur, à ce que les utilitaristes et certains capitalistes appellent “l’inutilité”, eux gagnent sur tous les terrains, les terrains de la sagesse, de l’amitié, de l’amour, de la poésie, de la nature, du noble. Ils sont Femmes et Hommes complexes, complets. Ils sont le contre-poids face à ce désœuvrement, cette vision totalement dédiée à l’économie et au futur noir, des Femmes et des Hommes d’aspirations nouvelles. Ils n’espèrent pas, ils prennent leur avenir en main, en affrontant de grandes questions existentielles.

Avec vigueur et courage ils créent leur modèle de vie en s’écartant du modèle promis ou plutôt subrepticement imposé. Ils ont compris que ce n’était pas tenable, que vivre comme un consommateur revient à abandonner une partie de leur humanité, celle de l’Homme libre. Oh non, ils n’ont pas besoin d’espoir. Ils sont l’Espoir. Et j’invite toute personne désireuse de vivre grand à tendre vers cet espèce d’Hommes modernes. La peur ne vous guidera pas ! Amis. Emplissez-vous de confiance et dites à voix haute : la vie est grande, elle est partout, elle est en moi !

De la masculinité : être un homme

Être un homme, c’est être tout et rien. Comme l’utilité de la philosophie : tout et rien. Je ne pourrai donc dire ce que c’est d’être un homme. Mais je crois pouvoir dire qu’il s’agit d’une chose qui dépasse la masculinité, la virilité et les valeurs dites de force, de courage, de couilles et de ce que chaque personne pourrait en dire.

Être un homme est un concept. Il y a dans cette expression, les perceptions de ce que doit ou devrait être un homme, les valeurs de construction sociale, les perceptions de la masculinité, un tas d’autres choses que l’on pourrait mettre sur papier encore, encore, et encore. Bref un concept. Mais pas que.

La masculinité, tout comme la féminité, l’enfance, la vieillesse ne se réduisent pas à une charte de qualificatifs. La richesse de la vie, le fait de ne jamais pouvoir aller au bout du bout de l’absolu du monde, de ne pouvoir être partout en tout temps, rend le concept obsolète sur papier. Cependant l’homme existe bel et bien. Il est donc en réalité plus qu’un concept aussi complexe soit-il. On est ici comme souvent au-delà du champs des idées

Je ne peux écarter le fait que les hommes et les femmes sont différents au point de vue de la physiologie, des hormones, et encore une fois, de choses qui dépassent mon entendement.

Il y a pourtant des choses à clarifier : beaucoup trop d’hommes pensent que la sensibilité est affaire de femmes, la douceur, les sentiments, la préciosité…Souvent ils gardent cela enfuit en eux, ce qui les amène à des attitudes destructrices, à des frustrations, à une mésentente avec eux-mêmes. En produisant ce genre d’attitude, ils alimentent le concept, la construction sociale. Allant parfois jusqu’à étouffer cette merveilleuse qualité humaine qu’est l’empathie. Du mutilant pour tout le monde.

De ma petite expérience, je pense avoir vu que le spectre des émotions, des sentiments, des pensées est le même pour les deux sexes. Les sensibilités diffèrent d’un individu à un autre, ce qui est naturel mais le sexe est une partie jouant sur l’être, il n’est pas tout. Et là, je ne rentrerai pas dans une phénoménologie pour de multiples raisons. La plus grande étant ce que j’ai évoqué ci-dessus : aller au fond est impossible et la plus simple des manières est la meilleure – se concentrer sur l’attitude.

Et comme la vie, le monde sont complexes, que les choses sont imbriquées, que la plus constructive des visions est transversale, je crois qu’il est bon de retenir ceci :

Être un Homme, c’est s’améliorer et faire son auto-examen chaque jour, c’est être bienveillant, respectueux, communicatif, à l’écoute, aimant, ne pas être insistant, respecter le choix des autres. C’est comprendre qu’être bon avec le monde, avec les autres, c’est avant tout être bon avec soi. C’est éviter la haine, convier la fraternité à la table de sa vie. C’est avoir du courage d’assumer ce que l’on est et ce que l’on veut être, ce à chaque moment de sa vie. C’est embrasser la complexité du monde. Penser jute. Agir juste. Parler juste. C’est ne plus utiliser l’insulte « fils de pute » : attaquer la mère d’une personne par la parole est d’une bassesse qui n’est digne de personne. C’est lever les yeux au ciel en se disant que la vie est belle. C’est être guidé par l’amour de la vie, des autres, aller vers le grandissement de soi. Avec la rigueur, la fermeté et l’oisiveté comme grandes amies. C’est ne plus penser en terme simpliste, dans un tube, c’est penser en prisme. C’est rassembler. C’est être critique, c’est tenter, ne pas juger, ne pas tomber dans la haine, c’est raisonner, caresser la poésie et le cosmos. C’est n’avoir d’autre devoir que d’être bon avec les autres et avec soi. C’est s’aimer d’un amour juste, furtif, qui n’écrase pas.

Il y en a tant.

Peut-être que c’est simplement s’inventer soi-même. Déjouer le mutilant. Aller vers l’émancipation. Le devenir soi. Cette attitude asexuée qui célèbre la vie, qui pousse à dire que : oui finalement, nous sommes des gens biens, des gens bons, des gens justes.

Mais qu’est-ce que le juste ?

Ce qu’une femme et un homme peuvent faire avec amour, passion et désintéressement, s’ils le veulent.

Incandescence

Cette possibilité.
Cette infime possibilité,
qui flotte, à nous narguer.
Nous la prendrons comme devoir d’Humanité.

Ce spectre omniprésent qu’est la folie humaine.
Qui n’a que trop frappé, et ne frappe que trop encore.
Ne saura tuer le petit enfin qui rêve encore.

Au fond de ses yeux, son monde majestueux vit.
Il s’étend, là où le mal ne pourra jamais s’étreindre.

Là où même les aigles ne volent pas.

Pas de gagnant. Pas de perdant.

Il n’y a pas de gagnant, pas de perdant. Il y a un individu face à lui-même, au destin, à son environnement, aux structures, et lui seul peut choisir de changer, de se battre, de persévérer, de subir. La volonté naît de quelque chose. De l’attitude, de la non-résignation. Une attitude face à l’âpreté. Se faire compagnon de l’impossible abandon. Certains sont plus doués que d’autres mais attention au boulet de canon, à la force d’inertie. Du temps pour décoller, du temps pour atterrir, pour ne jamais atterrir.