Le livre du monde et de mon être

Cette belle expression ici apposée en titre est tirée du livre « Siddhârta » d’Herman Hesse.

Elle m’a frappée ; tout ce que j’ai fait depuis ma naissance peut se résumer à cela. Et c’est simplement la suite, les effets, ce que l’on appelle le sens utilitaire qui n’a pas répondu totalement à mon labeur, à mes attentes, qui m’ont déçues. Il fallait s’en détacher de ses attentes, et je le sais depuis longtemps.

Comme Nietzsche le disait si bien, il faut éviter de penser après un travail exténuant car à ce moment, quand la chape de plomb de la fatigue vous tombe dessus, on peut très vite penser très durement, très froidement, mortellement, tomber dans des affres sans fin de tristesse, quelque chose de physiologique se joue dans le corps, je pense. Ce que Cioran vécut en étant privés de sommeil. Mais le doute demeure, si j’étais dans une situation économique confortable, qui me permettrait de créer infiniment. Aurais-je toujours cette envie, cette furieuse envie, dévorante envie ? Je ferais sans doutes des choses plus douces, certainement. Soit.

Cette année fut très laborieuse. J’ai énormément travaillé, j’ai peint énormément, près de 80 toiles. J’ai aussi continué à écrire, envoyer mes manuscrits ça et là, sans succès. J’ai aussi très peu d’appui, donc je me trouve dans une extrême solitude, c’est-à-dire que je n’ai personne, pas de réseau, personne avec qui partagé réellement l’effervescence de la création, et cela joue sans doutes aussi. Soit.

Cela ne m’empêchera pas de continuer non plus. J’accepter d’être ce que j’ai toujours été ; un wagon fou dans des montagnes russes qui cliquotent de toutes parts.

Il ne suffit que d’un geste.

Que d’une rencontre.

Que d’une seconde,

pour que les ténèbres ou le sublime adviennent.

Mais il me souvient que cette vieille force, celle qui fait la vie décidera du moment, ne dépend pas entièrement de moi. Non. Autre chose. Il y a autre chose. Oui.

Souffle vital, ne me quitte pas.

Fais juste en sorte que je puisse encore brandir ta grandeur quelque temp encore.

Que fièrement au moment de ma mort, je puisse me dire le sourire aux lèvres.

« J’ai été autre chose qu’un surnuméraire ».

 

Enfer et Paradis

Ce bris, cette fêlure, celle qui emporta loin l’enfant de ses belles contrées, qui révoqua à tout jamais ce qu’il peut attendre de beau de la vie. Mélancolie installée avec l’impossibilité de la légèreté. Tout devient grave. Tout est une bataille. Le lustre et la splendeur des objets, de soi, du monde, disparus. Enfoui dans le passé déjà.

Mais qu’en est-il de celui qui jamais ne connu le paradis de l’enfance, de son lieu, de sa famille, de lui-même ?

Il se bat toujours pour atteindre ce Paradis que jamais il ne connut, il a encore au moins la chimère de l’absolu. Là est la force de celui qui jamais ne vécu une enfance apaisée, douce, belle, aimante. Celui que l’anxiété et la laideur des adultes vint broyer dès le plus jeune âge. Ce curieux mélange qui, je le pense, doit exister chez certains, donne une force impétueuse. Mais elle est souvent contrebalancée par la mélancolie d’avoir connu l’enfer, de ne pas avoir été aimé.  Ce qui le tétanise aussi.

L’un pleure ce qu’il a perdu, l’autre ce que jamais il ne connut. Mais leur différence se situe, sur la possibilité. Chez l’un, impossibilité, ange déchu. Chez l’autre, possibilité, absolution.

L’un ne voudra effacer ce qu’il a connu, ce grand Paradis, ce qui l’empêchera d’en construire un nouveau, d’aller vers l’apaisement. L’autre voudra l’effacer, et s’il y arrive, tout lui sera permis.

La route est la même, seul le chemin diffère.

Loin des cimes du désespoir

Une ancienne partie de toi.

Les effets des structures balayés.

Devenir nécessite courage et abnégation. Traquer les chimères, faire son autocritique, son auto-analyse, s’autoéduquer.

En partant de soi, en regardant les splendeurs; mordre la cendrée plusieurs fois. 

La plupart s’épargne eux-mêmes pour mieux broyer les autres.

Tandis que toi, en te broyant, tu obtins la quintessence de ce que jamais ils ne pourront avoir; la simple et totale splendeur d’exister.

Sur les cimes les plus célestes.

Loin des désillusionnés, des moralistes, des accusateurs, des prisonniers du Temps.

Ils redoutent de devenir ce qu’ils sont déjà; poussière de poussière. 

Silence

Les mots, du bruit, nous arrachent du silence. La vérité ne veut rien dire. Sa parole est un cri puissant, un cri muet, un rien dire. Ne rien dire est la seule vérité qui vaille la peine d’être mise en avant. Les pensées, les opinions, les systèmes sont énergivores, parfois épuisants. Valent-ils la peine d’être engendrés ? Le résultat d’années de pensées sont-ils à la hauteur ?

Cioran disait qu’il passa sa vie à vérifier ce qu’il savait déjà à vingt ans, que ce fut un long et pénible travail de vérification. A l’inverse, d’autres amènent par l’auto-examen et l’introspection à un devenir soi nietzschéen ou simplement à un savoir jouir, un savoir souffrir, un savoir calmer le jeu ; mieux s’appréhender et donc se contrôler.

La vérité est-elle au bout ? Jamais. Désirs et souffrances suspendus, jouissances à son maximum, l’impermanence du tout est là gravée à jamais dans chaque être.  L’absolu est le silence ! Et chant d’oiseaux, bruissement d’arbres, spectacle de la nature. Plus de bruit est fait, moins le cosmos est en harmonie. L’Humain est fait pour le silence. Il est fait pour penser en silence. Se tenir éloigné de la civilisation. Le cœur de son monde, de son fondement est la forêt. Jamais pareil sentiment de quiétude n’émane de l’être une fois jeté dans la forêt ; Thoreau et Emerson ne l’ont que trop bien montré. Et puis tout le monde a fait l’expérience d’une énergie grande et nouvelle au contact de l’air forestier, de son paysage, de son atmosphère. On y a envoyé beaucoup d’hommes épuisés, et sans doutes y sont-ils encore envoyés aujourd’hui.

Le silence, la santé, un peu de travail, un potager, pas de panneaux publicitaires, quelques philosophes de grandes pensées, du temps, beaucoup de temps, de bons poumons, l’une ou l’autre activité créatrice.

Le silence enrobé du chant de la nature ; la plus grande musique du monde. La plus grande des forteresses est dans la forêt, loin de la fureur des civilisations.

A mi-hauteur, scrutant l’absurdité de la vie, allant et venant, maitres de notre destin. Affutant notre pensée, abreuvée par le silence.

Plus fort encore.

Nous devons tant au silence.