Damné

Je perds tout doucement la raison, ce que l’on appelle le sens du commun, de la vie pratique. S’il n’y avait pas ma compagne et ma fille, tout serait différent, je suis tiraillé entre mes responsabilités et mon impératif catégorique, la création, depuis tout ce temps, j’ai travaillé pour amasser un peu d’argent, pour que l’on puisse vivre. J’en suis psychiquement tombé malade. Cela a craqué. Et cela craque encore, et toujours plus. Je donne le meilleur de moi-même, mais pas entièrement où je devrais le donner ; je joue sur tous les tableaux, et je me détruis à vouloir garder l’équilibre pour la famille. Déjà tout jeune, je m’empêchais cela. Mon milieu ne permettait rien, et je n’ai su brisé mes chaines.

Sans doutes, me manque-t-il quelque chose de fondamental. Que cela soit dans mes écrits ou par mes peintures, rien ne vient réellement. De petites satisfactions mais globalement je reste où je suis, dans ce que les anglophones appellent « la rat race ». Je suis dans la course des rats ! Un rat. En bas de l’échelle. De la pyramide du monde. Je fais ce que je peux pour garder l’équilibre financier, donner un sentiment de sécurité à ma famille. Et cela me coute depuis 10 ans maintenant mon énergie créatrice. Je n’ai rien publié. Je ne trouve pas un professionnel qui s’intéresse à mon travail pictural. Je ne dédie pas ma vie à la création alors que c’est mon vœux le plus cher. J’espère encore arriver à quelque chose mais force est d’avouer que je vieillis irrémédiablement et que je ne peux produire autant que je le voudrais, ni vendre autant que je ne le voudrais. Vu que j’ai des obligations, et que j’ai choisi de les respecter. Il ne s’agit pourtant pas là de devenir riche mais simplement de pouvoir peindre et écrire sans cette guillotine, celle qui à chaque fois me tranche la tête, en la faisant rouler vers mes responsabilités. Me donner une impossibilité de me fondre entièrement de la création. De pouvoir y exceller, je sais que je le peux. J’ai déjà prouvé sur un court laps de temps que je le pouvais.

Qu’il est rude le tempérament d’artiste, et particulièrement celui qui n’a pas été assez égocentré que pour embrasser totalement cette voie, et ce, quoi qu’il en coûte. Monet tenta de se suicider deux fous, il finit par tuer sa femme d’épuisement, sa première. Il était prêt à cela. S’en est-il rendu compte ? Je ne le sais. Ce que je peux dire, c’est que je n’en suis pas capable. Peut-être est-ce pour cela que je resterais un écrivain médiocre, un peintre médiocre, bref, un homme médiocre. Je ne suis pas entièrement dédié à l’art. Un raté ! Même pas foutu de se foutre en l’air.

Tout cela pour de l’argent. Pour ne pas tomber dans plus de précarité encore.

Qu’elle est rude la vie de artiste des classes du bas.

J’avais sans donne trop de cœur et pas assez de tripes.

Ou alors simplement pas assez de chance.

J’espère qu’un jour, ils m’enfermeront, que tout cela ne soit qu’un mauvais rêve.

Et bien que le froid, les ténèbres m’enserrent plus chaque jour, j’ose encore y croire.

J’ose encore croire à cet évènement salvateur, à la providence, à cette sublime minute, cet instant qui de son envergure lumineuse me dira ; fils, toutes tes misères sont derrière, te voilà sorti de ta précarité, aujourd’hui tu peux enfin souffler.

Mais, je sais au fond que les âmes des damnés ne peuvent jamais se sauver.

Foutue philosophie.

Foutue peinture.

Foutue poésie.

Foutu moi.

J’aurais aimé être un vrai artiste.

J’aimerais mourir durant mon sommeil.

Dante

Je suis allé sur la tombe d’Alighieri. Il me dit. Rigoles-tu encore Atarax ? Vois-tu ton espèce ? Oui ? Non ? Regarde, toi aussi tu en fais partie. Les cercles sont là. Tu ne pourras rien y faire. Il t’a fait beau, grand et fort. Mais cela ne t’a pas empêché de tomber dans la plus profonde mélancolie. Jamais tu n’en sortiras. Sais-tu pourquoi ? Le Monde est en toi. Celui qui aurait dû encore plus !

Va, damné.

Exortum est in tenebris

Je me fonds dans les ténèbres.

Traînant le cadavre de Dieu.

Et le Diable me traque.

 

Je me fonds dans les ténèbres,

et ma foi morte se moque de moi.

 

Je me fonds dans les ténèbres,

et Dieu n’est pas à mes côtés.

 

Le Diable se fiche pas mal de moi.

Et Dieu m’en veut.

 

Morts, morts, morts.

Tous ils sont.

 

Apostat.

Apostat.

Apostat.

 

Nihilisme.

 

Seul. Seul. Seul.

 

Du début à la fin,

je danse gaiement face au désespoir.

Enfant

Vous qui entrez dans ce monde, abandonnez tout espoir.

Fuyez les vanités les plus insidieuses, les plus perverses.

Désertez votre race, votre être, votre pensée, votre condition, votre sexe.

L’enfant est parti.

Le vôtre. Il n’est plus qu’un lointain souvenir décharné.

L’insouciance gît sous terre.

Toutes les sophistications et les choses simples que vous vous donnez ne sont rien.

La puissance de l’intuition enfantine est éteinte.

Le réel médiatique est posé devant vous, il a la tête d’une murène.

Humains, vous pensez, mentalisez, pesez le pour ou le contre, rationalisez, anticipez, modelez l’avenir.

Les années choient sur votre dos, sur vos épaules. Vous vous courbez de réalité.

L’émerveillement et le mystique ont fui,

ils ont laissé place à l’économie.

Et faîtes ou dîtes ce que vous voudrez, c’est comme cela,

l’enfant n’est plus là.

Il est mort bien trop vite.

 

 

Gaieté

Les cercles de l’enfer se meuvent,

dans un mouvement circulaire.

Et nous, qui nous sommes placés au-dessus de tout,

n’en sommes que les rouages.

Vous êtes-vous purgés de toutes vos peines ?

Non. Bien sûr que non.

Il y a celles venues et celles à venir,

encore.

 

Avez-vous accepté que toute la gaieté mise en avant n’est que paravent ?

un mauvais jeu d’acteur.

Peut-être, peut-être pas ?

Acteurs,

il ne s’agit pas là de jouer un rôle,

mais d’être le rôle.

D’effacer le rôle.

De n’être que gaieté.

 

Folie,

dans le purgatoire !

 

Vous n’êtes que vous-mêmes,

mortels !

Furie in situ

On recherche le déchirement du ciel.

Les fracassants coups de tonnerre.

Le passé mort et enterré, revenant des eaux troubles.

L’impermanence de l’état de vie.

Un état de grâce.

Une sortie de soi à pleine vitesse.

La chimère des chimères,

sublime, immense.

Grandiose déraison.

Un impact tonitruant.

L’amour de la terre et des bêtes.

Un éblouissement de l’âme.

Les grandes contrées jamais foulées.

La luminescence tueuse d’abysses.

Dans la barque d’Alighieri,

à siffloter d’aisance.

Que devant nous, les cercles de l’enfer palissent.

Une mystique de vie,

à fleurir la tombe des Dieux.

Le cosmos pour seul allié.

Nous, les Exaltés.