Le livre du monde et de mon être

Cette belle expression ici apposée en titre est tirée du livre « Siddhârta » d’Herman Hesse.

Elle m’a frappée ; tout ce que j’ai fait depuis ma naissance peut se résumer à cela. Et c’est simplement la suite, les effets, ce que l’on appelle le sens utilitaire qui n’a pas répondu totalement à mon labeur, à mes attentes, qui m’ont déçues. Il fallait s’en détacher de ses attentes, et je le sais depuis longtemps.

Comme Nietzsche le disait si bien, il faut éviter de penser après un travail exténuant car à ce moment, quand la chape de plomb de la fatigue vous tombe dessus, on peut très vite penser très durement, très froidement, mortellement, tomber dans des affres sans fin de tristesse, quelque chose de physiologique se joue dans le corps, je pense. Ce que Cioran vécut en étant privés de sommeil. Mais le doute demeure, si j’étais dans une situation économique confortable, qui me permettrait de créer infiniment. Aurais-je toujours cette envie, cette furieuse envie, dévorante envie ? Je ferais sans doutes des choses plus douces, certainement. Soit.

Cette année fut très laborieuse. J’ai énormément travaillé, j’ai peint énormément, près de 80 toiles. J’ai aussi continué à écrire, envoyer mes manuscrits ça et là, sans succès. J’ai aussi très peu d’appui, donc je me trouve dans une extrême solitude, c’est-à-dire que je n’ai personne, pas de réseau, personne avec qui partagé réellement l’effervescence de la création, et cela joue sans doutes aussi. Soit.

Cela ne m’empêchera pas de continuer non plus. J’accepter d’être ce que j’ai toujours été ; un wagon fou dans des montagnes russes qui cliquotent de toutes parts.

Il ne suffit que d’un geste.

Que d’une rencontre.

Que d’une seconde,

pour que les ténèbres ou le sublime adviennent.

Mais il me souvient que cette vieille force, celle qui fait la vie décidera du moment, ne dépend pas entièrement de moi. Non. Autre chose. Il y a autre chose. Oui.

Souffle vital, ne me quitte pas.

Fais juste en sorte que je puisse encore brandir ta grandeur quelque temp encore.

Que fièrement au moment de ma mort, je puisse me dire le sourire aux lèvres.

« J’ai été autre chose qu’un surnuméraire ».

 

Décadent exemplaire

Les possibilités qu’offrent la vie moderne sont incommensurables. Outre la dévitalisation psychique, ce que la quête de sens amène par la consommation comme effet. J’ai et nous avons des possibilités d’élévation par la culture bien plus larges que jamais l’Humanité n’en eut, l’offre est conséquente et à une portée de clics. Là est la grande qualité de ce Temps, le confort matériel pris dans une logique constructive peut amener le sujet vers des grandeurs spirituelles. Pourtant, cette partie de la modernité est mise à mal et se trouve de côté par ce que les réseaux sociaux donnent à voir.

Que savons-nous réellement des personnes fonctionnant dans une autre dynamique de la réaction instantanée et continue ? Ils sont bien moins exposés car ils ne participent pas à la logique réactionnaire et puérile de ce Temps. L’argumentation et le travail de recherche comme fond dominent leurs manières. Ceci m’intéresse beaucoup. Je vois là dans de ce travail d’auto-éducation ce que le système ne peut nous montrer facilement. A l’image de la pensée, des savants, de la sagesse, l’humain se construisant avec noblesse et profondeur s’est toujours vu décalé par rapport à la masse. Ce qui n’est pas qu’une vue de l’esprit, il l’est réellement. Comment bien vivre dans ce magma belliqueux, dont le principal objectif est de gagner le débat et non pas de progresser en sa pensée ?

Je peux dire que ce genre de personnes fait partie, en ce sens, de la grande famille des décadents exemplaires. De ceux qui créent leur propres valeurs, celles qui fortifient l’âme et la vision, les rendant toujours visionnaires quant à eux-mêmes et leur environnement. Leur exposition est massivement impossible car leur pensée est trop complexe, alambiquée et nuancée que pour donner aux foules ce qu’elles veulent; de la polémique. Mais vous le savez comme moi, que ceci n’est pas une affaire de réseaux sociaux. Si l’on gratte un peu plus, on tombe presque systématiquement sur le même nœud gordien; nature humaine.

Ô décadent exemplaire, puisses-tu demeurer à juste mesure dans l’ère du Temps, suffisamment assez pour te rappeler que tu n’en fais pas partie.

Tu es finalement bien trop proche de ta Nature Humaine…

Non retour

Cela fait tellement de temps,

que l’on cherche la vérité,

en face d’un miroir.

Aspiré par les ondes, vers les points de fuite,

une entité pensive,

animée par le grand rien, se meut.

Elle cherche justificatifs à l’existant,

foi,

explications,

sans fin.

Et tandis que les hordes de miroirs se massent,

tout autour,

elle a déjà atteint le point de non retour.

 

 

Gaieté

Les cercles de l’enfer se meuvent,

dans un mouvement circulaire.

Et nous, qui nous sommes placés au-dessus de tout,

n’en sommes que les rouages.

Vous êtes-vous purgés de toutes vos peines ?

Non. Bien sûr que non.

Il y a celles venues et celles à venir,

encore.

 

Avez-vous accepté que toute la gaieté mise en avant n’est que paravent ?

un mauvais jeu d’acteur.

Peut-être, peut-être pas ?

Acteurs,

il ne s’agit pas là de jouer un rôle,

mais d’être le rôle.

D’effacer le rôle.

De n’être que gaieté.

 

Folie,

dans le purgatoire !

 

Vous n’êtes que vous-mêmes,

mortels !

Patûre de vent

Toutes ces méprises, ces mauvaises interprétations, ces jugements, ces insanités, toute cette fosse jetée sur nos têtes. Toute cette bassesse qui nous expulse hors de nous-mêmes dans des valses flétries par le désespoir ; sont le commun de notre petite race humaine.

Malignité de l’être.

J’avais pourtant rêvé, il y a fort longtemps d’un paradis pour les âmes, d’une bonne entente, de congruence humaine.

De gens de bien sur toute la surface terrestre.

Ingénuité de l’enfance.

Encore une fois ce fut une chimère.

Faibles, forts, noyez toutes vos illusions, jusqu’au sentiment profond d’avoir l’illusion de n’en avoir plus aucune et vous verrez que tout n’est plus que vanité et pâture de vent.

Une vie emportée bientôt dans le plus lointain des lointains alors que le soleil lui demeura.

Que cette vie serait plus belle si tous avait été de bonne volonté.

Au fond rien ne changera jamais.

Il y avait, a, et aura toujours bons et mauvais.

surplombés par toutes nos infinies vanités.

Petites considérations existentielles : sept

J’ai peur que ce que j’écris soient mal compris. Pourtant cela me semble inévitable. Il n’est pas question là de qualité, certains sont bien meilleurs que moi en termes d’impact, de style, de précision. Il s’agit là de transmission de soi, d’une vision. D’occupation d’espace par l’écrit, de la transmission d’états et d’idées.

J’espère au moins donner matière à penser.

Pourquoi m’inquiète-je de cela ? Une sentiment d’illégitimité sans doutes, moi qui ne suis du milieu de l’écriture, de la pensée, qui suis dans un rôle d’exécutant du Capital. Fait pour servir et qui ne le veut plus tellement, voire plus du tout. Usé par la mécanique presque imposée par l’économie et le besoin d’argent pour vivre.

Je me dois d’être réaliste ; peu me lisent, ma production étant assez faible (je ne suis arrivé au bout d’une nouvelle, d’un texte), alors pourquoi s’inquiéter encore ?

Je pense à l’Ecclésiaste ici ; la vanité de ce que l’on fait parfois frappe, au point où l’on se demande l’utilité de ce que l’on fait. Et bien que dans le fond, nous le savons, nous savons bien que ce n’est qu’un sentiment, une fabrication mentale, encore une, nous tombons quand même dans le piège. « Rien de nouveau sous le soleil ».

Et puis qu’importe, relevons-nous, nous sommes faits pour certaines choses qui nous dépassent, de presciences, de tropisme, laissons-les à ce qu’elles sont, ne les réprimons pas, il est encore plus grande vanité que la plus grande des vanités que d’étouffer l’intuition ;

 

Ne t’inquiète plus,

tout va et ira bien.

Le passé n’existe pas.

Le plus grand t’est permis ;

Tu es de ceux faits

pour briller.

Fuite

La terre Voluptueuse terre,

me donnait les quelques images,

que j’avais grande envie et encore force de voir.

 

Derrière le champ économique,

je voyais autre chose.

Un autre destin de vie.

Un Monde hors Marketing. Un grand Monde.

 

Hors divertissement machinisé,

et sans fin.

Une sortie du perpétuel bal des nouveautés et critiques en tous genres.

 

Ô quel grand bien me procure cette fuite hors du monde.

Aux orées du moi.

Je sens être autre.

Je me vois entouré de grandes pensées et de grands penseurs.

 

Dans le temps long,

non interrompus par la publicité.

Il m’est permis d’apprécier l’Art.

De faire de ma Vie un début d’Art.

 

De prendre livres, pinceaux et plumes.

De prendre le temps de faire des choses banales.

Pain, poules, potager, Cosmos.

Loin de l’instantanéïsme, je trône.

 

Il me sent être comme le voyageur contemplant – ma Vie,

avec du goût et de riches nutriments.

Avec parfois,

quelques amertumes de ne m’être réveillé avant,

je l’avoue,

Mais je sais que le réveil d’aujourd’hui,

est moins beau que les réveils à venir.

 

Ô Providence soit clémente. Donne moi les clefs pour demeurer,

hors du monde, un peu plus.

Je ne veux plus être de ces petits homo economicus,

ce petit homme, à la tête coupée, courant derrière quelques deniers.

Spectral

J’ai en l’espace, amené les restes de la compréhension de mon être.

Je les ai moulu jusqu’aux bosons.

Montée vers le néant.

Le Cosmos.

Remontée vers l’essence.

Le Chaos.

Désintégration des systèmes, des concepts, de la pensée.

Un état de plénitude.

Ataraxie en et hors soi.

Loin de toutes les prétentions humaines, des ajournements.

La bonne Vie.

J’y suis. J’y demeure.

Les impératifs catégoriques se décalent.

Je suis spectral.

Un moi sans attente,

prenant le tout et le rien.

Un pressentiment.

Une prescience.

Hors du rôle.

Humain magistral.

Petites considérations existentielles : six

N’est-il pas évident qu’il faille un minimum de prétention pour écrire et surtout montrer ses textes ? Celui qui dit ne rien attendre ne ment-il pas ? En ce sens que ; peu importe la façon dont les choses sont faites, il y a bien un effet sur l’âme à la suite de l’action. Pourquoi aborde-je cette question ? Elle m’est venue après la lecture de l’incroyable ouvrage d’Eric Baret « La joie de ne rien être » qui m’a beaucoup touché par sa profondeur, son simplisme puissant.

Il est là une lumineuse évidence, nous faisons les choses pour les résultats ou les effets que l’action procurent, même si le résultat importe peu. Si l’action est le plus important, nous faisons les choses pour l’effet découlant de l’action, qui est l’action en elle-même.

De cette dynamique, je peux conclure que nous ne faisons jamais rien gratuitement, par pur don. Il y a là toujours une répartie venant à l’égo. Et même si nous faisons ce que nous ne voulons pas, cela nous coutera quelque chose. Cette approche rationaliste est occidentale. Si aujourd’hui, je supprime la prétention (je fais les choses pour les faire) et le calcul d’un probable résultat . Que j’approche les choses de façon détachée. Que reste-t-il ? La vie pour la vie ? L’action de vivre pour vivre ? Abrogation du psychisme ? Le pur instant présent ? Approche tantrique, plutôt orientale, guidée par ses modalités :

Laisser la mentalisation, le psychisme, les concepts de côté. Ne pas vouloir tout comprendre, tout expliquer, tout interpréter. Ne pas vouloir être autre chose que ce qu’on est. Vivre l’impermanence du Monde, du petit soi. Quitter son rôle. Vivre le Cosmos d’un ébahissement extatique. Balayer la prétention, le passé. Révéler l’espace poétique du tout. Si tout est concept ; vision, ressenti, passé, souvenirs, société…Il y a une grande force chez celui qui, le sachant, pourra retourner la mentalisation de ses concepts ; devenir maître de jujitsu. S’amuser en les annihilant un à un, les faire crouler sous leur propre poids.

L’émotion devant un coucher de soleil. Le silence comme plus grand bien. Les pistes à creuser pour l’homme contemporain occidental sont là, elles sont dans l’abandon de la prétention à être autre chose que ce qu’il est, de facto, le temps passant il le sera automatiquement. Passer à côté de sa vie est une fable. Qui accepte les choses ira par delà les choses. Avec la souplesse et l’élasticité émanant du détachement, il libéra les énergies pures pour un déploiement inattendu. Un plus grand Soi. Un apparentement à l’Ataraxie ; simplement être en paix avec soi-même.

Et la meilleure façon de l’être est de commencer à laisser toutes les prétentions de côté, en vivant sa corporalité, ne pas penser, vivre les cinq sens (sixième : intuition). Se sentir petit face au vaste monde, qui n’a cure de l’être et du faire, et de ce que l’on pourrait ou voudrait bien faire.

Le monde n’est-il pas intrinsèquement fait pour le silence ? Enlevez l’Homme, vous l’entendrez.

 

 

 

 

Désagrégation

Les quelques envies faites,

de néant, d’incomplétude,

dans les bras de la vie parfaite,

n’existent plus.

 

Tout prendre sans retenue.

Désagréger le psychisme,

jusqu’à même le superflu.

 

Un non-être accueillant l’expérience.

Son grand maitre le silence.

 

Se perdre sans cesse,

sur le chemin de la vie économique.

Alors que l’émerveillement et la gaieté,

sont les seules choses à cultiver.

 

Les désirs plus grands en non-désirs.

La vie plus grande en non esclave de soi.

 

Le Cosmos,

les démons

et l’éblouissement.

 

En paix.

En Toi.

Consommateur consommant

Même les plus géniaux de notre espèce ont fini par croupir sous terre. Ils nous enseignèrent diverses paroles dont le but ultime fut de nous amener à la paix et à l’harmonie. Jésus, Lao Tseu, Bouddha, Confucius, des milliers de philosophes, des milliers de penseurs, de sages. En faisant une petite rétrospective mentale, il est évident que les pensées amenant au bon furent foisonnantes (elles le sont toujours). Ont-elles eu l’impact qu’elles auraient mérité ? Il est à croire que si je devais faire un constat de la planète terre, de la santé mentale et physique de ses occupants ; je pourrai facilement dire que non. Être en bonne santé n’est simplement dire : manger à sa faim. L’obésité, le sédentarisme et la famine se trouvent éparpillés sur le globe. Mais encore : Le but de toute vie humaine n’est-il pas la réalisation de l’Homme ? Hors, qu’en est-il en 2017 ?

En Occident, les psychotropes, anxiolytiques et autres drogues légales et illégales sont à un niveau de ventes jamais atteint. Preuve en est que les avancées technologiques en tous genres ne nous libèrent pas de nos propres vanités, c’est parfois même l’inverse qui se produit : ô course au toujours plus. En Orient, plus difficile pour moi de le dire, mais  je vois des pays où le modèle occidental est apposé (Chine-Japon au moins), que c’est le même cours que chez nous qu’ils suivent. Aux Proche et Moyen Orient, déchirement sur déchirement. Nous n’y sommes pas du tout à peu près partout.

Certes, d’aucuns me diront qu’il n’y a pas de guerre mondiale et que nous sommes dans une période qui connait le moins de victimes de violence. Que la situation est stable.

Mais, je dirai mais. Dans un ton de grandiloquence inquiétée ; qu’il y a dans l’atmosphère un parfum de robotisation des âmes, âmes avalées par le grand médiatique. Il suffit d’aller dans les villes, dans les campagnes pour le voir. Tant de gens affichent une mine austère, patibulaire. Je me promène le soir et ne vois qu’écrans de télévision allumés sur écrans de télévision allumés. La gaieté est-elle morte sous le poids des catastrophes médiatisées et du confort du prêt-à-consommer ? Amis poètes, il me semble bien que oui. La masse est éteinte. Et de ma fenêtre, je sens le souffle lointain de l’Apocalypse. Il ne s’agit pas là du grand Apocalypse tueur de masse mais ici d’une peste videuse d’esprit, une maladie qui aspire des hommes leur substance à penser, à être, pour ne plus en faire qu’une masse consommatrice informe. Les petits esclaves du Grand Capital, Capital qui vient de façon naturelle et déconcertante jusque dans leur salon – dans leur intimité, vendre de la peur, et des bars chocolatées. De la dépossession du plus grand et bel instinct de l’Homme, l’instinct de création, la volonté d’être.

Il est évident pour moi que le système les anesthésie. Il m’est aussi évident qu’une fois ces instincts trop cadenassés par le système, il peut arriver chez le consommateur-consommant un grand sentiment de vide, de désespérance. Il y a là la culture de masse pour pallier à cela mais elle s’use aussi (tout finit par s’user). L’abêtissement a aussi ses limites. Être tellement encrassé par le prêt-à-penser que l’on finit par s’en rendre compte, frustration du vide.

L’enjeu du consommateur-consommant est ici ; déchirer le voile d’illusions quant aux images qu’on lui donne, quant à lui-même, sa vie, sa manière d’être et de penser. Éteindre sa télévision. La jeter. Lire le plus possibles de grandes littératures, de grands sages, de grands philosophes et de tous bords. Allez vers des êtres lumineux. Devenir acteur de sa propre son consommation en créant sa propre pensée (loin des opinions usées, dites et redites de notre époque), en cultivant sa propre nourriture, un consommateur créatif le plus possible, sur tous les fronts. Fuir la course au toujours plus, plus de confort, plus d’amis, plus d’argent.

La vie a elle aussi un goût, lui aussi a son prix, celui de l’effort sur soi, le don de soi, loin des calculs économiques.

Et un jour, les efforts n’en seront plus, ils ne seront plus là que de simples habitudes et parfois même ils seront repos du corps et de l’esprit. Un vrai refuge fasse à la fureur du Monde.

Supra

Les phares éteints.

La pleine puissance,

aspire à revenir.

 

Elle a en tête,

les temps anciens,

trempés de foi.

 

Volonté de dépassement.

Recherche de transcendance.

Eblouissement du ciel par les cieux,

côtoyant,

fatigue et désespérance,

lovés au pied de la porte,

du postmodernisme.

 

Le combat de l’interminable raison s’avéra tronqué.

 

Opinions lancées,

sans véritable fond,

sans fin.

 

Débats sur débats.

 

La grande libération.

n’amena pas l’évidence,

du divin soi.

 

Un supra soi ;

 

Être autre chose,

qu’un produit griffé,

de marques marketisées.

 

Bouffie de consommation,

notre grande Humanité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Petites considérations existentielles : quatre

Un transfuge irrévocable s’est fait dans mon être. Je suis passé à un stade où seules la quiétude, la connaissance et la création comptent. Honnis de la cité dès mon plus jeune âge, incompris de ma classe sociale, j’ai découvert il y a peu quel taoïste je suis dans le fond. J’ai toujours fui les gens, la société, tout ce qui est conçu non pas pour grandir mais rapetisser. Futilités ambiantes. Ne jamais se contenter de l’évidence.

Il a fallu nombre d’années pour arriver à ce déchirement presque total. Je porte encore de nombreux stigmates de mon ancien moi occidentalisé. C’est journalier même. Un travail abrutissant, à la botte du grand capital, dans un lieu créé par le très grand capital. Au milieu de la Culture de masse, j’évolue. Je suis dans le rôle d’un Epictète moderne qui se crée liberté dans un monde superficiel, avec le spirituel et le poétique du quotidien comme guides.

Je ne suis ennuyé que le monde soit de la sorte, les choses sont comme elles sont et d’après l’Histoire nous voyons qu’il est long et souvent très pénible de changer une société vers plus d’Humanité. Le cadre est ce qu’il est, il peut toujours balancer d’un côté comme de l’autre. Le monde tel qu’il est, avec ses effets pervers, ses contre-effets, son imprévisibilité. Le mal permettant de créer du bien par contrecoups, et inversement. C’est ici que je veux en venir ; les biais d’Humanité, le caractère profondément imparfait et volatile de l’Être humain. Du spectre très bon à très mauvais. Impermanent. J’avoue souvent être déboussolé par cette nature ; le pire des systèmes peut produire quelques très bonnes âmes et le meilleur (le moins pire) les pire des âmes. N’y a-t’il pas là un champ d’exploration à lancer ? Il fut un temps, j’aurais bien tenter de le faire, aujourd’hui plus du tout. Il en va ainsi d’énormément de sujets, pourquoi ? Parce que jamais rien ne tient sur la longueur. Et que ces efforts de pensées dans la configuration dans laquelle je me trouve ne me permette pas de trouver réponses satisfaisantes. Il me semble là que jamais la vérité n’éclate. Il y a suppositions, exemples utilisés, contre-exemples en barrière pour prouver que tout et rien sont prouvables. Conceptions encore. Le mur. Nœuds gordiens. Oui et non. Je vois où ma liberté de penser commence et ou elle s’arrête.

Bien que je sache que les politiques politiciens ont tout intérêt à ce que nous ne prenons part aux débats, aux décisions quant à la cité, il est évident pour moi que je n’existe pas. De la petite classe à la classe moyenne, je me situe, et c’est en cela que j’ai cité Epictète plus haut. Je suis descendant de petites mains. De ceux qui ne savent charmer ou mentir pour arriver à leurs fins. Descendant d’agriculteur, de servante, de mineur, de batelier, de la méditerranée. Qui même en droit, pour ne faire de vague, ne les défendront pas. Et sans désespoir, j’avance aujourd’hui vers l’Ataraxie, un effacement de la pensée occidentale contemporaine ; qui est essentiellement aujourd’hui pugilat, pensée de consommateur-consommant, d’individu roi avant la collectivité. J’ai peut-être été trop idéaliste à la base et pas assez combatif sans doutes. La bêtise est illimitée, épuisante, et à l’écart, ne me sentant légitime je fais le jeu de l’ambiant. Taoïsme. Petite communauté. Loin de la fureur du monde. Je crois qu’il est là la meilleure façon pour moi de me sentir un peu vivant, au minimum un peu vivant.

Au fond n’ai-je pas été taillé pour amener des sous, faire du PIB ? Un petit outil. M’a-t-on ne serait-ce qu’une fois exposer ce qu’est la bonne vie, la belle vie, la pensée, la critique, la parole libre, l’Altruisme, l’Humanisme ? Entre les écrans de télévision, n’ai-je pas grandi par procuration, dans la peur d’un monde dont nous ne comprenons pas grand chose ? Exposé à une furie perpétuelle de guerre et de catastrophes, de prêt-à-penser, de sexisme, de publicités de junkfood pendant les évènements sportifs(cohérence…), se faire hanounaniser presque partout.

Jamais nous ne sommes mis face à un grand projet humaniste où nous pourrions prendre place avec fierté, ne serait-ce qu’avec l’esprit. Dans un discours positif et libertaire, rassembleur. A l’échelle d’une Nation, ce n’est même pas envisageable. Sommes-nous tellement différents pour que jamais cela ne puisse arriver ? Sourire dans la rue, être précautionneux, poli, est devenu utopique pour grand nombre. Nous voyons ici à quel point notre société est en souffrance. L’individu roi est à l’image de la société, de la compétitivité ; du petit moi avant les autres, l’empathie enfouie au loin, du toujours plus, du toujours plus vite.

Est-ce si difficile de donner ne serait-ce que le d’un monde plus gai. Cela coute-t-il tellement cher individuellement et collectivement de donner un sentiment de gaieté quotidien, sans tomber dans l’abrutissement de masse ? Il y a à repenser la notion de spirituel chez nous ; savoir être. Souvent, je pense à Schopenhauer, à Lao Tseu et à tant d’autres et je me dis ; qu’est-ce qui cloche chez nous ?  Dans le fond qu’est-ce qui cloche ? Il s’avère que c’est assez simple ; nous aimons que trop les chimères, nous avons peur du réel, nous ne savons gérer nos émotions, nous sommes effrayés par l’inconnu, l’autre, nous fonctionnons par préjugés, par visions faussée du monde – essentiellement médiatique (nombre d’Américains pensaient que la guerre était en guerre civile lors des émeutes de banlieues il y a quelques années). Ce qui nous amène presque tous à avoir une attitude austère envers le monde. Cette attitude qui elle aussi nourrit l’austérité du monde. Spirale infernale. Elle est certainement cassable. Il y a énormément de pistes à envisager, il y a congrégations d’actions politiques à faire sur plusieurs étages de la société. Travailler sur le sentiment d’appartenance à une grande Humanité est plus que faisable. Découvrir les âmes, les rendre plus belles est aussi un travail. C’est un travail de système et individuel. Mais restons prudents :

« Il n’y a que trois ressorts fondamentaux des actions humaines, et tous les motifs possibles n’ont de prise que sur ces trois ressorts. C’est d’abord a) l’égoïsme, qui veut son propre bien (il est sans bornes) ; b) la méchanceté, qui veut le mal d’autrui (elle va jusqu’à l’extrême cruauté) ; c) la pitié, qui veut le bien d’autrui (elle va jusqu’à la générosité, la grandeur d’âme). Toute action humaine doit être ramenée à l’un de ces trois mobiles, ou même à deux à la fois ». Schopenhauer

Darwin et Kropotkine ont parlé de l’entraide, basé sur un certain égoïsme communautaire. Elément qui peut enrayer la fameuse loi du plus fort – l’Union fait la Force. Il m’est intuition que l’aboutissement de l’Homme se trouvera dans l’entraide totale. La fin de son évolution se situe là, dépassement des petites communautés sans pour autant les oublier :

L’entraide intégrale !

« L’homme doit s’élever au-dessus de la vie, il doit comprendre que les incidents et les événements, les joies et les douleurs n’atteignent pas son moi meilleur et intérieur, que le tout n’est qu’un jeu ». Schopenhauer

 

 

 

 

 

 

Impulsion

Une fois la mort advenue,

il est bien trop tard pour se rendre compte,

que tout a été rendu.

 

Alors,

n’est-il pas,

à chaque instant,

important,

de savourer le prêt de la vie reçue ?

 

Il est dit chez Montaigne que « philosopher c’est apprendre à mourir ».

Cette finitude de l’être pour qui la sait et en note l’importance,

peut donner toute sa pleine puissance à la vie humaine.

 

Sans toutefois donner la carte pour apprendre à vivre.

Une impulsion.

 

Qui respire vit,

qui vit est en vie ;

mais comment ?

 

Au fond, chacun le sait.

 

Seuls les plus courageux fixent la vérité sur eux-mêmes en face.

Et en tirent quelques grandes leçons de vie,

ou de mort.

 

Petite machinerie de la joie

La grise vision chaotique,

du journalier médiatique

entache la lumière enfantine.

Poussés à penser cathodique,

les ondes bêta jaillissent.

 

Dans un grand bal d’opinions,

les psittacidés sévissent.

Le but est d’avoir raison,

sans avoir grande raison.

 

Du fond et de la réflexion,

ils ne s’enquièrent.

Emporter la mise,

mettre l’autre par terre.

 

Ô ami, sais-tu à quel point nous sommes loin de cette valse,

elle ne nous est que grotesque et futile.

 

Hors-du-temps,

nous faisons partie du champ de l’universel, du subtil.

 

Forteresse.

Immense forteresse.

D’aspiration mystique.

 

Notre religion ;

l’extase d’un moment banal,

capturé par photo mentale,

et poétisé.

 

Assemblage d’Elixirs mentaux,

faits d’émerveillement,

de non-jugements,

de slaloms hors-concepts.

 

Intrépides,

face au grand vide.

 

Stoïcien, épicurien,

notre destin.

 

Loin des média

se trouve

notre petite Machinerie de la joie.

 

 

 

 

 

 

Droiture

L’enfant pointe l’index vers le ciel.

L’oiseau tel une torpille,

fond vers l’infini.

Ubuesque et grandiose,

notre regard noir et perçant.

 

Cette vie nous a été donnée,

malgré nous.

Une époque. Un corps. Un théâtre. Un cadre.

Du non-choix.

Un catapultage.

 

Mais ensemble, nous pouvons vivre comme des titans.

Se créer liberté.

Se déjouer de la décadence.

Se bâtir fierté

S’ériger dignité.

 

Devenir Dieux, nous demi-Dieux.

Rétablir la vitalité du Monde, nous vitalistes.

 

Finir légers et gais,

à suivre cet oiseau.

A nous fondre dans notre propre ciel.

 

Hors-du-temps.

A contrevent.

 

Nous, les inactuels.

 

 

Petites considérations existentielles : trois

Il y a un destin pour lequel nous sommes appelés, une programmation difficilement descriptible par le fond – nous faisant tendre vers ce que nous sommes et devenons. Une force sous-jacente. Une balance entre la volonté d’être et tout ce qui la bloque.

Un ami me fit remarquer lors de l’une de nos interminables discussions qu’il est fort occidental comme attitude de gratter, de rechercher les causes, de déconstruire, de localiser. Que cette démarche est scientifique. Que nous l’utilisons bien trop et que nous pouvons simplement en apprécier les effets, ce avec l’aide de quelques presciences. Nous désincarcérer de cette fameuse démarche du raisonneur-raisonnant nourri d’imprécisions constantes et de « peut-être » tantôt froids, tantôt désabusés, tantôt libérateurs.

Ses affirmations me poussèrent à me demander à cet instant si j’étais sur la bonne voie, moi qui ai un projet de livre attaché à la philosophie, qui utilise très souvent la déconstruction, la démarche raisonnante. Laquelle me demande plus d’efforts que l’extase tantrique, cette démarche que je tends à pratiquer de plus en plus ; la poésie de l’instant, la sortie du soi par l’intermédiaire de la visée et vision méditative. Une philosophie poétique de l’atmosphère. Une inspiration physique et mentale du Monde. Cela peut aller d’éléments les plus communs aux plus exceptionnels. Une captation poussant au non-être, déclenchant le ressenti poétique puissant, hors-du-temps.

Fusion avec le cosmos.

Un autre jour, lors d’une dégustation de bières fameusement bonnes. Tandis que la a fin de la dégustation venait – nous étions à la dernière bière –  je me retrouvai à parler avec grand plaisir de permaculture, de potager, de résistance par les actes face à une société de dangereuse abondance, avec un jeune homme de ma tranche d’âge. Plein de vie et d’entrain, nous échangions nos expériences potagères, de la vie liée à celle-ci, de notre production de légumes (très faible cette année). Je lui dis que s’il eut fallu compter dessus, je serai déjà mort depuis longtemps. Le tenancier de l’échoppe intervint d’une tranchante remarque de vérité : « Si tu devais en vivre, tu en vivrais ». Il me rappelait que, bien que j’avais l’énergie, je n’avais pas encore la connaissance nécessaire, la main grande amie de la terre, une bonne connaissance du cosmos que pour arriver à un résultat proche de l’autosuffisance. Chose dure.

Tout s’apprend. De l’extase à la phénoménologie. Il faut là quelques bons maîtres, et envie aiguisée. Ou au moins l’un des deux.

Après cette phrase du tenancier, nous commençâmes à discuter littérature (ce que je connais très peu) mais il se passa là grande chose. Mon comparse d’un soir était fan de Bukowski, Toole, Steinbeck, lui connaissait très bien la beat generation (moi d’essence) et ce constat m’interpella. Moi aussi j’ai adoré ces auteurs, ils m’ont beaucoup touché et m’ont donné l’image d’un autre monde possible, essentiellement interne. Moi aussi j’ai idée du maraichage comme métier un jour, comme lui. Lui et moi adoptons le même style de vie, avons les mêmes envies, il venait aussi d’avoir une petite fille, aimait des auteurs non-académiques. Un parfum de libertarisme flottait. Etait-ce dû à notre jeunesse ? A un tendance de l’époque ? Peut-être, sommes-nous simplement taillé dans le même bois. Je lui posais alors une fameuse question : « as-tu déjà souhaité écrire ? ». Au vu de ses yeux étincelants à l’entente de la littérature, je ne pus m’empêcher de la poser. Puis le courant passait extrêmement bien. Il me répondit que oui mais qu’il n’avait pas le temps. Là je devinais grâce à mon expérience et à son attitude, à un regard désœuvré, que cette réponse n’était pas totalement vraie, qu’un sentiment d’illégitimité était imprimé en lui. Je lui rétorquai qu’on en rediscuterait un jour (il se faisait tard), qu’il y avait là quelques pistes libératrices à creuser s’il voulait au fond de lui être créateur-créatif.

Cette discussion me rappela à quel point la dimension d’extase, de plaisir, d’effervescence de l’esprit me fut donnée lors de la lecture d’excellents écrivains. Mais aussi la tétanie venant, la naissance de l’envie de faire comme eux, avec en contre-point ce fameux sentiment de petitesse face à pareil grandeur.

La tétanie ! Le blocage.

Se sentir mauvais dès les premières phrases écrites. Cruels sentiments. Mais le propos n’est pas là ; par ces écrivains je relie ici l’attitude extatique de quotidien cité au-dessus. Se fondre dans les espaces de l’esprit par le monde, et ce avec la plus grande délectation. Ils nous y invitent, nous y poussent, nous y jettent. Contrebalance face à la rigueur de la philosophie parfois si énergivore, qui dans mon cas, me fait passer à côté du duveteux de la pensée. La raison et l’analyse raidissent mon corps et mon âme, la démarche me rend raide. Alors que la métaphysique, la poésie, me pousse à l’envolée légère, vers la souplesse. Il y là quelque chose à développer ; la souplesse d’âme !

Poético-philosophie du quotidien.

Nous finissions la discussion et fruit d’un heureux hasard, le tenancier m’apprit que la dernière bière, celle que nous buvions alors que nous discutions, était américaine. Le jeune homme et sa femme venait de tirer sa révérence. Je me mis à rire du hasard de la vie.

 

« Un être libre, c’est rare, mais tu le repères tout de suite, d’abord parce que tu te sens bien, très bien quand tu es avec lui. » Charles Bukowski

 

 

 

 

La Voie de l’Être

La Voie de l’Être – qu’elle est-elle ? Un abyme pour qui n’a, dès son plus jeune âge, reçu quelques grands conseils de sagesse, et surtout su les saisir. La courbe de l’être sera ici plus difficile à redresser. Et encore plus pour qui veut devenir droit et non redressé comme Aurèle le dit. Cependant, cette voie de l’Être prise par les désœuvrés sera ô combien explosive de gaieté ; un spectre de suavité extraordinaire arrivera par petites touches. Une très grande délivrance. L’emprunter revient à penser contre soi-même. Un effort démesuré dans une société contemporaine prônant un certain confort, et une fausse originalité (unique comme tout le monde).

Pas de feuille de routes, c’est un champ de bataille qui est promis. Il ne faut rien ou au moins s’armer d’un marteau pour avancer. Encaisser les coups, fuir la populace, se cloisonner, considérer l’ennemi comme essentiellement médiatique (publicités, émissions débilitantes), chérir l’extase, se fondre en soi. Exploser sa télé ! Regarder le ciel, bouche ouverte, béatement. Inspirer. Expirer. Du souffle. Du calme. Quelques grands philosophes et quelques breuvages magnifiant le quotidien. Se recentrer. Il y a là quelques clefs très intéressantes à mettre à son trousseau.

Pour les autres, c’est pareil. L’impermanence est leur meilleure alliée. Boussole de la sagesse qui vient.

Furie in situ

On recherche le déchirement du ciel.

Les fracassants coups de tonnerre.

Le passé mort et enterré, revenant des eaux troubles.

L’impermanence de l’état de vie.

Un état de grâce.

Une sortie de soi à pleine vitesse.

La chimère des chimères,

sublime, immense.

Grandiose déraison.

Un impact tonitruant.

L’amour de la terre et des bêtes.

Un éblouissement de l’âme.

Les grandes contrées jamais foulées.

La luminescence tueuse d’abysses.

Dans la barque d’Alighieri,

à siffloter d’aisance.

Que devant nous, les cercles de l’enfer palissent.

Une mystique de vie,

à fleurir la tombe des Dieux.

Le cosmos pour seul allié.

Nous, les Exaltés.

Petites considérations existentielles : un

Vingt-quatre mai, encore tombé malade et d’énormes difficultés à avancer dans le programme de Julia. Il y a cependant quelques point positifs – l’avancement dans énormément de choses. Mais la lecture de Cioran a remis les choses en perspective et plutôt négative, je peux dire qu’elle m’a fait énormément de mal. Pourtant ce fut hypnotique. Un tel niveau d’esthétisme de l’écriture et de pensée m’a déconcerté. Je ramène cela aux grand peintres et cette connaissance qui, seule, a monté une micro-ferme. Tout cela me remet face à face avec ma médiocrité, cela m’est insupportable. Moi qui ai recherché et recherche la transcendance depuis si longtemps, je fais à faire avec chimère sur chimère, des montagnes russes infinies.

La question du pourquoi et du comment de mes agissements me malmène. Est-ce là une attitude fondamentalement humaine que de rechercher l’absolu ? Est-ce une grande incomplétude face à soi-même ? Une distance trop grand par rapport à la réalité du monde ? Est-ce dû à l’éducation, aux cicatrices d’enfance ? Je ne peux et ne sais le dire. Aucun concept ne s’ancre chez moi, je suis frivolité, c’est en lisant Cioran que je l’ai découvert. Mon esprit se départit de tout, il est programmé pour la fuite, pour aller vers l’absolu, alors qu’il sait intiment que c’est impossible, il continue son chemin. Ma pensée essentiellement organique joue contre moi, et jouant de la sorte, elle me grandit, dans la douleur, dans la fatigue, elle me ramène au réel d’un monde que je n’ai pas voulu. De l’intuitionnisme qui rejette l’intelligence, qui refuse de se concentrer sur les systèmes, qui n’adhère à rien. Qui flotte au-dessus des concepts. Peut-être que mon âme est torve, trop électrique que pour se poser sur la tranquillité.

Pourtant je ressens encore quelques exaltations à la découverte de nouvelles choses, je suis parfois léger. Il y a souvent dans cette attitude une non-pensée, un oubli de soi, un non-soi même, un abandon presque totale. La légèreté viendrait de là, le néant, le rien. L’auto-guidage dans un environnement bon, au moins en apparence. Peut-être est-ce là l’une des clefs. L’oubli de l’hostilité du monde contemporain, des ondes négatives écrasantes. Étouffé cette pensée qui me guide, qui est trop vivace pour moi, qui me maîtrise. Chaque instant mentalisé me pousse à l’irrationnel, est insaisissable, impossible à systématiser. J’apprends encore à transformer cette énergie mentale, au moins en énergie artistique, en oeuvre. Mais elle est un serpent, une anguille huileuse, démente, elle veut mais ne veut pas totalement. Que de travail ! Peut-être que mes conditions de vie non-voulue sont à la fois très bonne pour une mécanique prolifique de pensée et très mauvaise pour la recracher en quelque chose de viable, de créatif, de satisfaisant.

C’est en grande partie pour cela que j’en suis venu à lire quelques fameux philosophes, bien que j’y sois tombé par hasard et assez tardivement, je peux quand même dire que c’est grâce à eux que je suis sorti de l’ornière, que je suis sorti de moi. Il m’a été permis de voir que la pensée est naturelle chez un homme, qu’elle se dompte, qu’elle se dirige, de voir la possibilité d’autre chose. Quel grand bien cela m’a fait. Il n’empêche que je me situe toujours en pleine impermanence, en pleine urgence de vivre, je suis dans le feu de mon âme alors que la vie, ma situation, ma condition est inverse. D’une lenteur abêtissante. Le terrible fracas est là, la liberté mentale face à un éternel retour journalier d’une vie humaine à assumer, réductrice : factures, nourritures, travail et tout ce dont nous sommes vitalement obligés de faire, ce qui est en fait – maintenant que j’écris -fonctionner dans un système que je n’ai établi, que d’autres ont dessiné et décidé depuis des millénaires. La malaise doit se situer là. Tout cela est vertigineux.

Ces quelques philosophes fameux, ces stoïciens, ces hédonistes, ces épicuriens, ces ascètes, ces penseurs, une certaine pensée orientale, ne peuvent tout changer. Il y a dans mon être quelque chose d’inchangeable, d’intransperçable, un endroit où la tempête ne se laisse jamais vaincre par l’Ataraxie.

Est-ce là une question de grande sensibilité ?

Je le crois bien.

On ne se fait soi-même.

On compose avec ce que l’on nous a donné.

 

Anthropocène

Si vous pensez en logique d’espèce, tout se tient. L’Homme fait ce qu’il fait pour asseoir sa domination sur le monde. Il le fait en se répandant le plus largement possible sur le globe. Guidé par son instinct, il procrée, se multiple. Le but est de contrôler l’étendue. Les différences étant cause de frictions, de difficultés de gestion, il préférera une société uniformisée, automatisée, mollement confortable.

Détruire ce qu’il y a à détruire, pour construire après. Son égocentrisme, ce que l’on appelle anthropocentrisme le contraint paradoxalement à s’éradiquer lui-même d’une façon voulue et non voulue. Voulue, par les différentes guerres menées entre les nations, peuplades, esprit de conquête, esprit de haine… Non voulue, par résultat de sa propre évolution, pollution, destruction de son environnement.

Ce qui est en jeu ici, c’est l’anthropocène, et bientôt on pourra voir si l’homme a été programmé plutôt pour la vie ou plutôt pour la mort.

Ce qui est réellement en jeu aujourd’hui, c’est la raison face à l’économie du toujours plus.

C’est l’acuité et le discernement de l’espèce humaine face à sa propre survie, face à ses propres vanités marketisées.

L’enjeu : aller au-delà de sa nature destructrice ou y rester.

Mécanique

Il y a l’opium du peuple.

Il y a la philosophie.

Il y a les dogmes, les arrières-mondes.

Il y a la déconstruction, les abstractions.

 

La vérité est multiple.

Prismatique.

Chacun est produit de concepts,

eux-mêmes produits de concepts.

Liberté ?

Il est bon et mauvais d’avoir de grandes ambitions.

Les choses sont à expérimenter.

 

Chacun est sur sa Voie.

Ontologique.

 

Être

La promenade au milieu de l’être,

n’en fut pas une.

Tant de fois, elle fut misère,

que tu en gardes encore amertume.

Et du cap maintenu.

Malgré les rafales de vent, des maelström.

Tu n’as rompu.

Aujourd’hui, la délivrance t’embrasse.

Tu te dis que cela en valait la peine,

que même l’amertume n’est éternelle.

Le bal des parasites : introduction.

Qu’est-ce que tu veux que je te dise, petit ? On a mis sur pied un tas de systèmes. Un tas. Le communisme, le fascisme, le capitalisme, le nazisme, le libéralisme, le maoïsme, la démocratie et d’autres trucs que j’ignore, tellement d’autres. Beaucoup se sont effondrés, ce sont des cycles, chaque chose a sa durée de vie. Rien de grave. C’est comme la vie, ça naît, ça meurt, on en verra d’autres. Mais tu sais quoi petit ? Les oppresseurs et les oppressés demeureront toujours. C’est dans l’ordre des choses. Tout n’est pas sur le même plan.

Tu ne dois pas t’en faire. La plus grande liberté est de connaitre le système et ses limites, de composer avec, mais comment veux-tu appréhender tout cela si tu n’as déjà pas appris à te connaître ? La plus grande liberté est de savoir que l’on n’est pas libre, les systèmes sont des conneries. Supprime ce qui t’embête dans ta vie, entretiens ce que tu affectionnes, progresse, transcende-toi. Trouve ton truc. Tu tomberas certainement dans certains pièges, tant que tu t’en sors, c’est rien.
Mais ne sois pas dupe. Le système aurait pu être un autre système. Et toi, tu peux être ton propre système dans le système, aux côtés d’autres système qui sont des gens, des animaux, des structures.
Surfe sur toute cette crasse. Défie la poussière. Tu vaux bien plus que ce que le système te propose.
Moi, j’ai merdé du début à la fin. Je n’ai pas su faire ce que je te dis. Je sais pas, sans doutes ai-je manqué de courage, de force ou de substance. Mais que veux-tu, de là où je viens on n’apprend rien de grand, on vit mécaniquement, selon des schémas bien établis “tu feras des études mon fils et tu trouveras un travail”. Et tu t’exécutes. Et dix ans, quinze ans après, tu te demandes quel est le sens de tout ça ? Tu regardes ton petit salaire d’employé, tu allumes ta télé, tu t’endors après ta journée de boulot, tu t’amollis, t’abêtis, tu as la frousse de tenter quelque chose de plus grand parce que le confort ordinaire t’a mordu, que la sécurité t’emprisonne, que tu as peur de perdre le peu qui ne t’appartient pas encore.
Je suis prisonnier du système. Et pire encore, de mon propre système. Je suis ce que l’on a voulu de moi, ce que l’on a fait de moi. Et je ne saurai jamais être autre chose, cela a trop duré, c’est gravé dans la roche, je ne peux me déprogrammer. Mais toi ? Tu as encore tout le temps pour faire ta propre programmation. Pour cela, tu aurais besoin d’appuis, de mentors, de gens qui sèment de la lumière en toi. Je serai là pour toi.
Il partit, laissant la lumière allumée.

Grandeur

De l’espoir anéanti naît la sublime grandeur – Alors que la victimisation, la quête de bonheur, du bien-être sont plus que jamais à la mode, que la tension travail vie privée pousse au burnout. Certains s’envolent loin. Ils créent leur propre ciel, sont leurs propres étoiles. Ils illuminent nos noires contrées. Par delà l’occidental biberonné au matérialisme et harcelé par les publicités de toutes parts, ils se trouvent. Après avoir dépassé Dieu, ils ont dépassé le nihilisme, le trou béant que celui-ci avait laissé. Ils sont assez forts pour croire en la vie et voir le sacré là où le consommateur ne voit rien d’autre que bêtise juvénile. Ils sont au-dessus de l’abattement général, au-dessus de ceux qui ne trouvent que le négatif (ils le cherchent avant tout, par peur de faire face à eux-mêmes). Ils savent que le confort les abêtiraient et que l’effort léger, que la gaieté amènera ce que l’espoir détruit. Ils vont vers le meilleur, ils n’attendent pas le meilleur.

Ils ne sont attentistes. Ils n’attendent rien des autres, du système. Ils se battent, le cœur empli d’envie, de passion, avec la soif de ne vaincre autre chose qu’eux-mêmes. Dans un monde qui laisse peu de place à la lenteur, à ce que les utilitaristes et certains capitalistes appellent “l’inutilité”, eux gagnent sur tous les terrains, les terrains de la sagesse, de l’amitié, de l’amour, de la poésie, de la nature, du noble. Ils sont Femmes et Hommes complexes, complets. Ils sont le contre-poids face à ce désœuvrement, cette vision totalement dédiée à l’économie et au futur noir, des Femmes et des Hommes d’aspirations nouvelles. Ils n’espèrent pas, ils prennent leur avenir en main, en affrontant de grandes questions existentielles.

Avec vigueur et courage ils créent leur modèle de vie en s’écartant du modèle promis ou plutôt subrepticement imposé. Ils ont compris que ce n’était pas tenable, que vivre comme un consommateur revient à abandonner une partie de leur humanité, celle de l’Homme libre. Oh non, ils n’ont pas besoin d’espoir. Ils sont l’Espoir. Et j’invite toute personne désireuse de vivre grand à tendre vers cet espèce d’Hommes modernes. La peur ne vous guidera pas ! Amis. Emplissez-vous de confiance et dites à voix haute : la vie est grande, elle est partout, elle est en moi !