Nouvelle peinture européenne

L’énorme place faite aux peintres de légende me rendait de plus en plus circonspect. J’étais sorti de le lecture « En finir avec la peinture ». Et avec le temps, j’avais vu à quel point les américains sont loin de ces débats mortuaires. Les européens continuent à glorifier les génies d’antan et ne portent presque aucun intérêt à leurs contemporains (c’était déjà le cas en 1870 avec les impressionnistes, vous me direz) tandis que les américains continuent à vivre la peinture de leur époque, sans pour autant oublier les artistes anciens. Cela se voit très fortement sur les réseaux sociaux, il y a chez eux énormément de mouvements dans la peinture, dans la promotion de celle-ci, des institutions la défendant jusqu’aux artistes eux-mêmes, énormément de fraicheur vient de chez eux. La passation dans les années 1940-1950 s’est faite là, dans leur fraiche vision de la création. Les guerres ont peut-être tué notre faculté à voir libre et grand. A vivre l’Utopie d’autre chose.

Je dois bien l’admettre, les américains nous dominent, et pas simplement là, malheureusement. Culturellement, la peinture européenne post-moderne, contemporaine donc, est balayée par celle-ci. Son image et sa présence sont quasiment nulles. Entre les galleries, les salles de ventes, qui font leur beurre sur les artistes morts, et les musées qui sont dans la même dynamique. La bataille moderne est gagnée par les américains, et de loin. Dans les faits, il n’y a plus de bataille. Basquiat a donné le coup final.

Etant certain que notre peinture vivait encore, connaissant quelques artistes de qualité, j’ai donc décidé de promouvoir celle-ci. Pour commencer, je regroupe les artistes qui ont une vision propre, assez puissante, et une démarche picturale frappante pour les ramener sous la bannière de la « Nouvelle peinture européenne ». L’objectif est de mettre en avant les artistes vivants pour montrer que chez nous, la peinture se fait toujours et avec beaucoup de panache. Qu’elle est loin d’être morte. Que c’est plutôt, notre politique culturelle qui l’est. Et la vision globale de l’Europe sur elle-même.

Cette idée m’est venue à la suite d’une vente de l’un de me tableaux à Détroit mais aussi grâce à la pensée d’une dame qui me dit que j’étais bien trop entouré d’artistes morts. Après réflexion, je ne pus qu’acquiescer. J’ai donc décidé de changer de logiciel. Pour marquer cela, j’ai lancé la page Facebook, Instagram, et Twitter de la « New european paintings » et j’espère développer d’autres ressources à mon mouvement.

En avant, les vivants.

 

(Peinture de J. Atarax Montironi, la Nouvelle Religion, média mixte sur toile, 115cmx75cm, 2019)

Instagram: https://www.instagram.com/neweuropeanpaintings/

 

 

Le livre du monde et de mon être

Cette belle expression ici apposée en titre est tirée du livre « Siddhârta » d’Herman Hesse.

Elle m’a frappée ; tout ce que j’ai fait depuis ma naissance peut se résumer à cela. Et c’est simplement la suite, les effets, ce que l’on appelle le sens utilitaire qui n’a pas répondu totalement à mon labeur, à mes attentes, qui m’ont déçues. Il fallait s’en détacher de ses attentes, et je le sais depuis longtemps.

Comme Nietzsche le disait si bien, il faut éviter de penser après un travail exténuant car à ce moment, quand la chape de plomb de la fatigue vous tombe dessus, on peut très vite penser très durement, très froidement, mortellement, tomber dans des affres sans fin de tristesse, quelque chose de physiologique se joue dans le corps, je pense. Ce que Cioran vécut en étant privés de sommeil. Mais le doute demeure, si j’étais dans une situation économique confortable, qui me permettrait de créer infiniment. Aurais-je toujours cette envie, cette furieuse envie, dévorante envie ? Je ferais sans doutes des choses plus douces, certainement. Soit.

Cette année fut très laborieuse. J’ai énormément travaillé, j’ai peint énormément, près de 80 toiles. J’ai aussi continué à écrire, envoyer mes manuscrits ça et là, sans succès. J’ai aussi très peu d’appui, donc je me trouve dans une extrême solitude, c’est-à-dire que je n’ai personne, pas de réseau, personne avec qui partagé réellement l’effervescence de la création, et cela joue sans doutes aussi. Soit.

Cela ne m’empêchera pas de continuer non plus. J’accepter d’être ce que j’ai toujours été ; un wagon fou dans des montagnes russes qui cliquotent de toutes parts.

Il ne suffit que d’un geste.

Que d’une rencontre.

Que d’une seconde,

pour que les ténèbres ou le sublime adviennent.

Mais il me souvient que cette vieille force, celle qui fait la vie décidera du moment, ne dépend pas entièrement de moi. Non. Autre chose. Il y a autre chose. Oui.

Souffle vital, ne me quitte pas.

Fais juste en sorte que je puisse encore brandir ta grandeur quelque temp encore.

Que fièrement au moment de ma mort, je puisse me dire le sourire aux lèvres.

« J’ai été autre chose qu’un surnuméraire ».

 

Enfer et Paradis

Ce bris, cette fêlure, celle qui emporta loin l’enfant de ses belles contrées, qui révoqua à tout jamais ce qu’il peut attendre de beau de la vie. Mélancolie installée avec l’impossibilité de la légèreté. Tout devient grave. Tout est une bataille. Le lustre et la splendeur des objets, de soi, du monde, disparus. Enfoui dans le passé déjà.

Mais qu’en est-il de celui qui jamais ne connu le paradis de l’enfance, de son lieu, de sa famille, de lui-même ?

Il se bat toujours pour atteindre ce Paradis que jamais il ne connut, il a encore au moins la chimère de l’absolu. Là est la force de celui qui jamais ne vécu une enfance apaisée, douce, belle, aimante. Celui que l’anxiété et la laideur des adultes vint broyer dès le plus jeune âge. Ce curieux mélange qui, je le pense, doit exister chez certains, donne une force impétueuse. Mais elle est souvent contrebalancée par la mélancolie d’avoir connu l’enfer, de ne pas avoir été aimé.  Ce qui le tétanise aussi.

L’un pleure ce qu’il a perdu, l’autre ce que jamais il ne connut. Mais leur différence se situe, sur la possibilité. Chez l’un, impossibilité, ange déchu. Chez l’autre, possibilité, absolution.

L’un ne voudra effacer ce qu’il a connu, ce grand Paradis, ce qui l’empêchera d’en construire un nouveau, d’aller vers l’apaisement. L’autre voudra l’effacer, et s’il y arrive, tout lui sera permis.

La route est la même, seul le chemin diffère.

Désintégration solaire

Le soleil noir transperce mon être.

Il m’englue. M’étouffe. Electrifie mes nerfs.

L’azur, mes origines, l’azur, ils m’ont enlevé l’azur.

Usure et fulgurances,

tellement futiles aux yeux du monde.

Ce combat est désespéré.

Baroud d’honneur à chaque souffle.

A quoi bon ?

Et puis le calme, la sérénité, les grandes batailles, les lendemains d’héroïques victoires,

ne viennent jamais.

Tant d’efforts.

Tant de douleurs.

De dépassement pour si peu.

A quoi bon ?

J’ai fait ce que j’avais à faire; le maximum.

Je traine ma carcasse fatiguée sur les brillants pavés de l’automne.

Je frémis. Je titube. Les oiseaux aussi.

Je frémis. Je titube. L’horreur ne me lâche pas.

Je frémis. Je débloque, et l’époque me lynche.

Cette existence, cette charpente n’amène rien de bon.

Je suis ce spectre d’un autre temps.

Inadapté. Inactuel.

En peinture, en poésie, en écriture, en être, en vision.

Rien. Rien. Rien de concret.

La misère arrive tout doucement,

je peux la voir, la sentir, et personne ne m’aidera, je le sais.

Mon moi est d’ailleurs.

Damnation.

Je ne renonce à rien. Je prends tout.

Belge grisaille,

soleil mort,

humidité.

Broyant mes os.

Il m’ont éjecté de leur Monde.

Artiste raté.

Loin des cimes du désespoir

Une ancienne partie de toi.

Les effets des structures balayés.

Devenir nécessite courage et abnégation. Traquer les chimères, faire son autocritique, son auto-analyse, s’autoéduquer.

En partant de soi, en regardant les splendeurs; mordre la cendrée plusieurs fois. 

La plupart s’épargne eux-mêmes pour mieux broyer les autres.

Tandis que toi, en te broyant, tu obtins la quintessence de ce que jamais ils ne pourront avoir; la simple et totale splendeur d’exister.

Sur les cimes les plus célestes.

Loin des désillusionnés, des moralistes, des accusateurs, des prisonniers du Temps.

Ils redoutent de devenir ce qu’ils sont déjà; poussière de poussière.