Ecriture de soi

Ce que la vie décide de nous.

Les évènements externes.

Ecrire un roman,

J’ai tenté de le faire.

Mais pourquoi ?

 

Ma vie est un roman.

 

Mélodie spectrale

Je ferme les yeux.

La réalité me file entre les doigts.

J’ouvre les yeux.

 

On me dit que j’ai l’air bien.

Je vois des spectres.

Je tremble.

 

L’anxiété me mange, elle n’est jamais repue.

Elle me veut moi.

Quoi que je fasse, elle est là.

Elle me torture. M’électrise. Me tabasse.

 

Pourquoi ?

Je n’ai rien fait de mal.

Est-ce moi ?

Est-ce moi le spectre ?

 

Je tremble.

J’encaisse ses coups.

 

Je tiendrai debout,

acouphènes ou pas.

 

De la pure fonction de l’écriture

Je viens de terminer mon deuxième livre. Je suis moi-même étonné de m’être libéré de cette envie de publication. Je l’ai terminé. Point. Cela s’arrête là. S’il sort, tant mieux. Si pas, je ne crierais pas à l’injustice, ni ne courrais après des solutions alternatives. Non, je l’empilerais simplement sur l’autre dans ma bibliothèque, mes trésors cachés,  mes enfants, mes beaux et fiers enfants, mes petits secrets gardés face au monde qui ne me comprit pas.

Voilà dix ans que j’écris avec plus ou moins de régularité. De ce temps passé, il me semble qu’un dixième de ce que j’ai pu écrire ça et là a été mis dans mes deux livres. Je n’ai pas écrit pour être reconnu, pour le style ou que l’on me prête l’une ou l’autre qualité littéraire. J’ai écrit car un besoin, un impératif me força à le faire. Un peu comme-ci une force supérieure me le dicta, m’y obligea, alors que je suis totalement conscient que mes chances de publication dans une maison sérieuse sont très minces vu le style, les thèmes et la courte longueur de ceux-ci. Pour moi, l’impact est bien le plus important. L’effet d’un texte n’a pas de de corrélation avec sa taille. Une seule phrase peut éclipser un livre entier. Ecrire c’est autre chose que d’aligner et aligner pour densifier une pensée. Pour la rendre visiblement plus dense. Un procédé d’enfouissement. Mais soit. Cela ne concerne que moi, finalement.

Ce qui est étrange pour moi c’est que bien que j’ai envie de liquider cette part créative de moi-même, qui chaque jour me mange, me dévore, me tue et qui finalement est un fardeau très lourd à porter par rapport à la rétribution qu’elle m’apporte, je continue. Ce faisceau est impossible à briser. J’en conclus donc que je me suis vu remettre quelque chose qui me dépasse, qui pourrait peut-être servir à quelqu’un d’autre. Peut-être sous peu, peut-être dans très longtemps, peut-être jamais.

Tout cela est bien énigmatique.

Je continuerai à chanter dans le désert, si je le dois.

Dans cinq ans, dix ans, vingt ans,

peut-être serais-je toujours là.

Au milieu du blizzard.

Sans effroi.

Mes enfants me questionnant.

 

Petites considérations existentielles : un

Vingt-quatre mai, encore tombé malade et d’énormes difficultés à avancer dans le programme de Julia. Il y a cependant quelques point positifs – l’avancement dans énormément de choses. Mais la lecture de Cioran a remis les choses en perspective et plutôt négative, je peux dire qu’elle m’a fait énormément de mal. Pourtant ce fut hypnotique. Un tel niveau d’esthétisme de l’écriture et de pensée m’a déconcerté. Je ramène cela aux grand peintres et cette connaissance qui, seule, a monté une micro-ferme. Tout cela me remet face à face avec ma médiocrité, cela m’est insupportable. Moi qui ai recherché et recherche la transcendance depuis si longtemps, je fais à faire avec chimère sur chimère, des montagnes russes infinies.

La question du pourquoi et du comment de mes agissements me malmène. Est-ce là une attitude fondamentalement humaine que de rechercher l’absolu ? Est-ce une grande incomplétude face à soi-même ? Une distance trop grand par rapport à la réalité du monde ? Est-ce dû à l’éducation, aux cicatrices d’enfance ? Je ne peux et ne sais le dire. Aucun concept ne s’ancre chez moi, je suis frivolité, c’est en lisant Cioran que je l’ai découvert. Mon esprit se départit de tout, il est programmé pour la fuite, pour aller vers l’absolu, alors qu’il sait intiment que c’est impossible, il continue son chemin. Ma pensée essentiellement organique joue contre moi, et jouant de la sorte, elle me grandit, dans la douleur, dans la fatigue, elle me ramène au réel d’un monde que je n’ai pas voulu. De l’intuitionnisme qui rejette l’intelligence, qui refuse de se concentrer sur les systèmes, qui n’adhère à rien. Qui flotte au-dessus des concepts. Peut-être que mon âme est torve, trop électrique que pour se poser sur la tranquillité.

Pourtant je ressens encore quelques exaltations à la découverte de nouvelles choses, je suis parfois léger. Il y a souvent dans cette attitude une non-pensée, un oubli de soi, un non-soi même, un abandon presque totale. La légèreté viendrait de là, le néant, le rien. L’auto-guidage dans un environnement bon, au moins en apparence. Peut-être est-ce là l’une des clefs. L’oubli de l’hostilité du monde contemporain, des ondes négatives écrasantes. Étouffé cette pensée qui me guide, qui est trop vivace pour moi, qui me maîtrise. Chaque instant mentalisé me pousse à l’irrationnel, est insaisissable, impossible à systématiser. J’apprends encore à transformer cette énergie mentale, au moins en énergie artistique, en oeuvre. Mais elle est un serpent, une anguille huileuse, démente, elle veut mais ne veut pas totalement. Que de travail ! Peut-être que mes conditions de vie non-voulue sont à la fois très bonne pour une mécanique prolifique de pensée et très mauvaise pour la recracher en quelque chose de viable, de créatif, de satisfaisant.

C’est en grande partie pour cela que j’en suis venu à lire quelques fameux philosophes, bien que j’y sois tombé par hasard et assez tardivement, je peux quand même dire que c’est grâce à eux que je suis sorti de l’ornière, que je suis sorti de moi. Il m’a été permis de voir que la pensée est naturelle chez un homme, qu’elle se dompte, qu’elle se dirige, de voir la possibilité d’autre chose. Quel grand bien cela m’a fait. Il n’empêche que je me situe toujours en pleine impermanence, en pleine urgence de vivre, je suis dans le feu de mon âme alors que la vie, ma situation, ma condition est inverse. D’une lenteur abêtissante. Le terrible fracas est là, la liberté mentale face à un éternel retour journalier d’une vie humaine à assumer, réductrice : factures, nourritures, travail et tout ce dont nous sommes vitalement obligés de faire, ce qui est en fait – maintenant que j’écris -fonctionner dans un système que je n’ai établi, que d’autres ont dessiné et décidé depuis des millénaires. La malaise doit se situer là. Tout cela est vertigineux.

Ces quelques philosophes fameux, ces stoïciens, ces hédonistes, ces épicuriens, ces ascètes, ces penseurs, une certaine pensée orientale, ne peuvent tout changer. Il y a dans mon être quelque chose d’inchangeable, d’intransperçable, un endroit où la tempête ne se laisse jamais vaincre par l’Ataraxie.

Est-ce là une question de grande sensibilité ?

Je le crois bien.

On ne se fait soi-même.

On compose avec ce que l’on nous a donné.

 

Poupée

Pourquoi philosopher ?

Alors que l’intelligence humaine n’arrivera à perforer,

ce que les plus grands des philosophes n’ont jamais réussi à perforer.

Pour se préparer à mourir ?

Pour vivre dans la clarté ?

Aucun système ne résiste au tragique du monde.

Pas même l’intuitionnisme.

Alors que reste-t-il ?

Le Nihilisme ?

Lui aussi finira par être aspiré de là ou il vient : le presque vide.

L’irrationnel ?

L’instinct ?

La foi ?

Programmation ?

Un pantin,

taillé pour la liberté.