Petites considérations existentielles : un

Vingt-quatre mai, encore tombé malade et d’énormes difficultés à avancer dans le programme de Julia. Il y a cependant quelques point positifs – l’avancement dans énormément de choses. Mais la lecture de Cioran a remis les choses en perspective et plutôt négative, je peux dire qu’elle m’a fait énormément de mal. Pourtant ce fut hypnotique. Un tel niveau d’esthétisme de l’écriture et de pensée m’a déconcerté. Je ramène cela aux grand peintres et cette connaissance qui, seule, a monté une micro-ferme. Tout cela me remet face à face avec ma médiocrité, cela m’est insupportable. Moi qui ai recherché et recherche la transcendance depuis si longtemps, je fais à faire avec chimère sur chimère, des montagnes russes infinies.

La question du pourquoi et du comment de mes agissements me malmène. Est-ce là une attitude fondamentalement humaine que de rechercher l’absolu ? Est-ce une grande incomplétude face à soi-même ? Une distance trop grand par rapport à la réalité du monde ? Est-ce dû à l’éducation, aux cicatrices d’enfance ? Je ne peux et ne sais le dire. Aucun concept ne s’ancre chez moi, je suis frivolité, c’est en lisant Cioran que je l’ai découvert. Mon esprit se départit de tout, il est programmé pour la fuite, pour aller vers l’absolu, alors qu’il sait intiment que c’est impossible, il continue son chemin. Ma pensée essentiellement organique joue contre moi, et jouant de la sorte, elle me grandit, dans la douleur, dans la fatigue, elle me ramène au réel d’un monde que je n’ai pas voulu. De l’intuitionnisme qui rejette l’intelligence, qui refuse de se concentrer sur les systèmes, qui n’adhère à rien. Qui flotte au-dessus des concepts. Peut-être que mon âme est torve, trop électrique que pour se poser sur la tranquillité.

Pourtant je ressens encore quelques exaltations à la découverte de nouvelles choses, je suis parfois léger. Il y a souvent dans cette attitude une non-pensée, un oubli de soi, un non-soi même, un abandon presque totale. La légèreté viendrait de là, le néant, le rien. L’auto-guidage dans un environnement bon, au moins en apparence. Peut-être est-ce là l’une des clefs. L’oubli de l’hostilité du monde contemporain, des ondes négatives écrasantes. Étouffé cette pensée qui me guide, qui est trop vivace pour moi, qui me maîtrise. Chaque instant mentalisé me pousse à l’irrationnel, est insaisissable, impossible à systématiser. J’apprends encore à transformer cette énergie mentale, au moins en énergie artistique, en oeuvre. Mais elle est un serpent, une anguille huileuse, démente, elle veut mais ne veut pas totalement. Que de travail ! Peut-être que mes conditions de vie non-voulue sont à la fois très bonne pour une mécanique prolifique de pensée et très mauvaise pour la recracher en quelque chose de viable, de créatif, de satisfaisant.

C’est en grande partie pour cela que j’en suis venu à lire quelques fameux philosophes, bien que j’y sois tombé par hasard et assez tardivement, je peux quand même dire que c’est grâce à eux que je suis sorti de l’ornière, que je suis sorti de moi. Il m’a été permis de voir que la pensée est naturelle chez un homme, qu’elle se dompte, qu’elle se dirige, de voir la possibilité d’autre chose. Quel grand bien cela m’a fait. Il n’empêche que je me situe toujours en pleine impermanence, en pleine urgence de vivre, je suis dans le feu de mon âme alors que la vie, ma situation, ma condition est inverse. D’une lenteur abêtissante. Le terrible fracas est là, la liberté mentale face à un éternel retour journalier d’une vie humaine à assumer, réductrice : factures, nourritures, travail et tout ce dont nous sommes vitalement obligés de faire, ce qui est en fait – maintenant que j’écris -fonctionner dans un système que je n’ai établi, que d’autres ont dessiné et décidé depuis des millénaires. La malaise doit se situer là. Tout cela est vertigineux.

Ces quelques philosophes fameux, ces stoïciens, ces hédonistes, ces épicuriens, ces ascètes, ces penseurs, une certaine pensée orientale, ne peuvent tout changer. Il y a dans mon être quelque chose d’inchangeable, d’intransperçable, un endroit où la tempête ne se laisse jamais vaincre par l’Ataraxie.

Est-ce là une question de grande sensibilité ?

Je le crois bien.

On ne se fait soi-même.

On compose avec ce que l’on nous a donné.

 

Poupée

Pourquoi philosopher ?

Alors que l’intelligence humaine n’arrivera à perforer,

ce que les plus grands des philosophes n’ont jamais réussi à perforer.

Pour se préparer à mourir ?

Pour vivre dans la clarté ?

Aucun système ne résiste au tragique du monde.

Pas même l’intuitionnisme.

Alors que reste-t-il ?

Le Nihilisme ?

Lui aussi finira par être aspiré de là ou il vient : le presque vide.

L’irrationnel ?

L’instinct ?

La foi ?

Programmation ?

Un pantin,

taillé pour la liberté.

Le bal des parasites : introduction.

Qu’est-ce que tu veux que je te dise, petit ? On a mis sur pied un tas de systèmes. Un tas. Le communisme, le fascisme, le capitalisme, le nazisme, le libéralisme, le maoïsme, la démocratie et d’autres trucs que j’ignore, tellement d’autres. Beaucoup se sont effondrés, ce sont des cycles, chaque chose a sa durée de vie. Rien de grave. C’est comme la vie, ça naît, ça meurt, on en verra d’autres. Mais tu sais quoi petit ? Les oppresseurs et les oppressés demeureront toujours. C’est dans l’ordre des choses. Tout n’est pas sur le même plan.

Tu ne dois pas t’en faire. La plus grande liberté est de connaitre le système et ses limites, de composer avec, mais comment veux-tu appréhender tout cela si tu n’as déjà pas appris à te connaître ? La plus grande liberté est de savoir que l’on n’est pas libre, les systèmes sont des conneries. Supprime ce qui t’embête dans ta vie, entretiens ce que tu affectionnes, progresse, transcende-toi. Trouve ton truc. Tu tomberas certainement dans certains pièges, tant que tu t’en sors, c’est rien.
Mais ne sois pas dupe. Le système aurait pu être un autre système. Et toi, tu peux être ton propre système dans le système, aux côtés d’autres système qui sont des gens, des animaux, des structures.
Surfe sur toute cette crasse. Défie la poussière. Tu vaux bien plus que ce que le système te propose.
Moi, j’ai merdé du début à la fin. Je n’ai pas su faire ce que je te dis. Je sais pas, sans doutes ai-je manqué de courage, de force ou de substance. Mais que veux-tu, de là où je viens on n’apprend rien de grand, on vit mécaniquement, selon des schémas bien établis “tu feras des études mon fils et tu trouveras un travail”. Et tu t’exécutes. Et dix ans, quinze ans après, tu te demandes quel est le sens de tout ça ? Tu regardes ton petit salaire d’employé, tu allumes ta télé, tu t’endors après ta journée de boulot, tu t’amollis, t’abêtis, tu as la frousse de tenter quelque chose de plus grand parce que le confort ordinaire t’a mordu, que la sécurité t’emprisonne, que tu as peur de perdre le peu qui ne t’appartient pas encore.
Je suis prisonnier du système. Et pire encore, de mon propre système. Je suis ce que l’on a voulu de moi, ce que l’on a fait de moi. Et je ne saurai jamais être autre chose, cela a trop duré, c’est gravé dans la roche, je ne peux me déprogrammer. Mais toi ? Tu as encore tout le temps pour faire ta propre programmation. Pour cela, tu aurais besoin d’appuis, de mentors, de gens qui sèment de la lumière en toi. Je serai là pour toi.
Il partit, laissant la lumière allumée.