Petites considérations existentielles : cinq

Que les mots et les pensées disparaissent aux confins du néant. Qu’ils dansent, virtuoses, dans un annihilement sublime. Ils ne me manqueront pas.

J’ai pour ma part que bien trop vu la peine et les misères des Hommes. Elles sont sans cesse renouvelées, éternel recommencement des afflictions. Et il me semble que l’état de gaieté, de joie, de retour à l’état de la petite enfance, celui proche de l’Ataraxie se construit dans le silence, avec le silence, dans la contemplation – le non être. L’absorption du soi par le monde.

Le chemin de la réflexion, de la raison, a ses vertus, mais il y a là comme un forçage de l’esprit qui amène encore a plus d’efforts. Il y a là mouvement de pensée qui fait chauffer le cerveau. Et comme le savent les inactuels ; philosopher, penser, c’est être en mouvement. Vivre et penser une vérité qui est impossible à atteindre.

Mais il me semble encore que le plus grand état que l’on puisse s’offrir est celui-ci ; le pur état de tranquillité, lorsque l’âme rejoint l’essence du monde, qu’elle est rassasiée sans la moindre pensée, sans la moindre considération, un pur sentiment d’existence ayant balayé les concepts et le mental. Là pour moi, il arrive un stade où la non-pensée dépasse la pensée car on arrive au même point par la tranquillité et liquidité plate, tandis que l’autre vient par force et vigueur avec comme mécanique le toujours plus sans jamais de fin véritable ; une toupie tournant.

La fin de la non pensée est l’état du moment, sans but. Rien. Pur sensation d’être là, au monde, le monde en soi. ; une toupie ayant tourné.

Vivre la poésie du monde.

 

« Utiliser la pensée pour comprendre la réalité n’est qu’une illusion ; si on se préoccupe de la victoire ou de la défaite, tout est perdu. » Tesshū

 

 

Consommateur consommant

Même les plus géniaux de notre espèce ont fini par croupir sous terre. Ils nous enseignèrent diverses paroles dont le but ultime fut de nous amener à la paix et à l’harmonie. Jésus, Lao Tseu, Bouddha, Confucius, des milliers de philosophes, des milliers de penseurs, de sages. En faisant une petite rétrospective mentale, il est évident que les pensées amenant au bon furent foisonnantes (elles le sont toujours). Ont-elles eu l’impact qu’elles auraient mérité ? Il est à croire que si je devais faire un constat de la planète terre, de la santé mentale et physique de ses occupants ; je pourrai facilement dire que non. Être en bonne santé n’est simplement dire : manger à sa faim. L’obésité, le sédentarisme et la famine se trouvent éparpillés sur le globe. Mais encore : Le but de toute vie humaine n’est-il pas la réalisation de l’Homme ? Hors, qu’en est-il en 2017 ?

En Occident, les psychotropes, anxiolytiques et autres drogues légales et illégales sont à un niveau de ventes jamais atteint. Preuve en est que les avancées technologiques en tous genres ne nous libèrent pas de nos propres vanités, c’est parfois même l’inverse qui se produit : ô course au toujours plus. En Orient, plus difficile pour moi de le dire, mais  je vois des pays où le modèle occidental est apposé (Chine-Japon au moins), que c’est le même cours que chez nous qu’ils suivent. Aux Proche et Moyen Orient, déchirement sur déchirement. Nous n’y sommes pas du tout à peu près partout.

Certes, d’aucuns me diront qu’il n’y a pas de guerre mondiale et que nous sommes dans une période qui connait le moins de victimes de violence. Que la situation est stable.

Mais, je dirai mais. Dans un ton de grandiloquence inquiétée ; qu’il y a dans l’atmosphère un parfum de robotisation des âmes, âmes avalées par le grand médiatique. Il suffit d’aller dans les villes, dans les campagnes pour le voir. Tant de gens affichent une mine austère, patibulaire. Je me promène le soir et ne vois qu’écrans de télévision allumés sur écrans de télévision allumés. La gaieté est-elle morte sous le poids des catastrophes médiatisées et du confort du prêt-à-consommer ? Amis poètes, il me semble bien que oui. La masse est éteinte. Et de ma fenêtre, je sens le souffle lointain de l’Apocalypse. Il ne s’agit pas là du grand Apocalypse tueur de masse mais ici d’une peste videuse d’esprit, une maladie qui aspire des hommes leur substance à penser, à être, pour ne plus en faire qu’une masse consommatrice informe. Les petits esclaves du Grand Capital, Capital qui vient de façon naturelle et déconcertante jusque dans leur salon – dans leur intimité, vendre de la peur, et des bars chocolatées. De la dépossession du plus grand et bel instinct de l’Homme, l’instinct de création, la volonté d’être.

Il est évident pour moi que le système les anesthésie. Il m’est aussi évident qu’une fois ces instincts trop cadenassés par le système, il peut arriver chez le consommateur-consommant un grand sentiment de vide, de désespérance. Il y a là la culture de masse pour pallier à cela mais elle s’use aussi (tout finit par s’user). L’abêtissement a aussi ses limites. Être tellement encrassé par le prêt-à-penser que l’on finit par s’en rendre compte, frustration du vide.

L’enjeu du consommateur-consommant est ici ; déchirer le voile d’illusions quant aux images qu’on lui donne, quant à lui-même, sa vie, sa manière d’être et de penser. Éteindre sa télévision. La jeter. Lire le plus possibles de grandes littératures, de grands sages, de grands philosophes et de tous bords. Allez vers des êtres lumineux. Devenir acteur de sa propre son consommation en créant sa propre pensée (loin des opinions usées, dites et redites de notre époque), en cultivant sa propre nourriture, un consommateur créatif le plus possible, sur tous les fronts. Fuir la course au toujours plus, plus de confort, plus d’amis, plus d’argent.

La vie a elle aussi un goût, lui aussi a son prix, celui de l’effort sur soi, le don de soi, loin des calculs économiques.

Et un jour, les efforts n’en seront plus, ils ne seront plus là que de simples habitudes et parfois même ils seront repos du corps et de l’esprit. Un vrai refuge fasse à la fureur du Monde.

Pas de gagnant. Pas de perdant.

Il n’y a pas de gagnant, pas de perdant. Il y a un individu face à lui-même, au destin, à son environnement, aux structures, et lui seul peut choisir de changer, de se battre, de persévérer, de subir. La volonté naît de quelque chose. De l’attitude, de la non-résignation. Une attitude face à l’âpreté. Se faire compagnon de l’impossible abandon. Certains sont plus doués que d’autres mais attention au boulet de canon, à la force d’inertie. Du temps pour décoller, du temps pour atterrir, pour ne jamais atterrir.