Se préparer au Monde qui vient (Vivre au dernier stade de l’Anthropocène)

Il est injuste de dire que les gens, le peuple se carre de la planète. Alors que les décideurs se moquent depuis 40 ans des mises en garde des scientifiques. Les coupables sont les régisseurs du monde, certainement pas les personnes qui n’ont que pour revenu leur petit salaire.

Nous sommes définitivement entrés dans le dernier stade de L’Anthropocène et la seule voie possible est celle-ci : créer chez soi dès aujourd’hui un écosystème. Planter des fruitiers, de poules, cultiver efficacement son potager, se munir de citernes, de plantes médicinales…

Ce que l’on appelle les poches de lumière ; vivre en autosuffisance. Le plus grand défi personnel du citoyen est là. C’est vers le Survivalisme et la Permaculture qu’il faut voir.

C’est notre capacité personnelle à voir sur une vingtaine d’années qui sera décisive.

Cela peut paraître effrayant, glaçant, mais malheureusement les plus positives des analyses vont vers le pire pour l’Humanité. On y est. Pas de dénégation. De l’action.

Nous ferons sans doutes comme les espèces éteintes d’oiseaux…ils ne disparaissent pas parce qu’ils meurent mais parce qu’ils n’ont plus l’environnement, de force donc, pour se reproduire.

La difficulté aussi est de penser juste et bien malgré cette terrible réalité qui se ramifie mondialement, tout près de nous ; en sachant qu’elle est encore lointaine. C’est d’ailleurs pour cela que nous en sommes là aujourd’hui ; nous avons cru de par sa distance, qu’elle était impossible. Pour celui qui en a conscience, il faudra grande force de caractère pour encore prendre plaisir dans un monde en fin de vie.  De ne pas tomber dans le « Après moi les mouches » et de ne pas trouver le quotidien futile.

D’après Bernard Stiegler, les spécialistes, le non grand public donc, est dans une phase tonitruante, celle-ci : continuer à se battre en sachant que tout est quasiment perdu. Bon nombre a déjà pensé au suicide. Ce pan est caché au grand public. En même temps, imaginez-vous être un naturaliste, un scientifique criant depuis dix, vingt, trente, quarante ans que nous allons vers la destruction totale. Vous voyez les espèces disparaître une à une, les territoires toujours plus pollués, détruits, vous avez été au mieux ignoré, au pire moqué. Quel désarroi ; Et là, il reste deux ans avant le point de rupture définitif.  Avant l’irréversible. Deux putains d’années alors que vous avez criez et souffert de voir ça tant d’années. Et que même si par un impossible miracle, cela s’arrêtait, il y aurait quand même l’effet d’inertie…comment ne pas devenir fou ?

Je crois que beaucoup se disent que La destinée de l’humain était bien celle-là. Autodestruction. Logique car nous y sommes. Il faut faire preuve ici d’un stoïcisme guerrier. Savourer ce qu’il reste de temps, avec une certaine retenue. C’est cela vivre sous l’ère de L’Anthropocène. Ce qui a été, est et sera.

Et ce message ne sera pas audible tant que les catastrophes climatiques en chaînes ne toucheront pas l’Occident. Autant dire : quand il sera plus que trop tard. Vous imaginez bien que si les plus grands scientifiques ont échoué à le faire, ce n’est pas un simple citoyen qui y arrivera. On le taxera de fou furieux. C’est à chacun de travailler de son côté.

L’Auto-suffisance mais aussi l’entraide seront les paradigmes des décennies à venir.

PS  : on pourrait croire à de la science-fiction pourtant tous les voyants sont au rouge foncé, et tous le disent ; nous entrons dans une ère totalement inconnue. Alors dans ce cas de figure, quoi de mieux que de prévoir jusqu’à l’imprévisible. D’au moins s’y préparer en tout cas.

PS 2 : le plus difficile sera de vivre sans café. Mais bon, on pourra peut-être en planter. Restons positifs.

Petites considérations existentielles : trois

Il y a un destin pour lequel nous sommes appelés, une programmation difficilement descriptible par le fond – nous faisant tendre vers ce que nous sommes et devenons. Une force sous-jacente. Une balance entre la volonté d’être et tout ce qui la bloque.

Un ami me fit remarquer lors de l’une de nos interminables discussions qu’il est fort occidental comme attitude de gratter, de rechercher les causes, de déconstruire, de localiser. Que cette démarche est scientifique. Que nous l’utilisons bien trop et que nous pouvons simplement en apprécier les effets, ce avec l’aide de quelques presciences. Nous désincarcérer de cette fameuse démarche du raisonneur-raisonnant nourri d’imprécisions constantes et de « peut-être » tantôt froids, tantôt désabusés, tantôt libérateurs.

Ses affirmations me poussèrent à me demander à cet instant si j’étais sur la bonne voie, moi qui ai un projet de livre attaché à la philosophie, qui utilise très souvent la déconstruction, la démarche raisonnante. Laquelle me demande plus d’efforts que l’extase tantrique, cette démarche que je tends à pratiquer de plus en plus ; la poésie de l’instant, la sortie du soi par l’intermédiaire de la visée et vision méditative. Une philosophie poétique de l’atmosphère. Une inspiration physique et mentale du Monde. Cela peut aller d’éléments les plus communs aux plus exceptionnels. Une captation poussant au non-être, déclenchant le ressenti poétique puissant, hors-du-temps.

Fusion avec le cosmos.

Un autre jour, lors d’une dégustation de bières fameusement bonnes. Tandis que la a fin de la dégustation venait – nous étions à la dernière bière –  je me retrouvai à parler avec grand plaisir de permaculture, de potager, de résistance par les actes face à une société de dangereuse abondance, avec un jeune homme de ma tranche d’âge. Plein de vie et d’entrain, nous échangions nos expériences potagères, de la vie liée à celle-ci, de notre production de légumes (très faible cette année). Je lui dis que s’il eut fallu compter dessus, je serai déjà mort depuis longtemps. Le tenancier de l’échoppe intervint d’une tranchante remarque de vérité : « Si tu devais en vivre, tu en vivrais ». Il me rappelait que, bien que j’avais l’énergie, je n’avais pas encore la connaissance nécessaire, la main grande amie de la terre, une bonne connaissance du cosmos que pour arriver à un résultat proche de l’autosuffisance. Chose dure.

Tout s’apprend. De l’extase à la phénoménologie. Il faut là quelques bons maîtres, et envie aiguisée. Ou au moins l’un des deux.

Après cette phrase du tenancier, nous commençâmes à discuter littérature (ce que je connais très peu) mais il se passa là grande chose. Mon comparse d’un soir était fan de Bukowski, Toole, Steinbeck, lui connaissait très bien la beat generation (moi d’essence) et ce constat m’interpella. Moi aussi j’ai adoré ces auteurs, ils m’ont beaucoup touché et m’ont donné l’image d’un autre monde possible, essentiellement interne. Moi aussi j’ai idée du maraichage comme métier un jour, comme lui. Lui et moi adoptons le même style de vie, avons les mêmes envies, il venait aussi d’avoir une petite fille, aimait des auteurs non-académiques. Un parfum de libertarisme flottait. Etait-ce dû à notre jeunesse ? A un tendance de l’époque ? Peut-être, sommes-nous simplement taillé dans le même bois. Je lui posais alors une fameuse question : « as-tu déjà souhaité écrire ? ». Au vu de ses yeux étincelants à l’entente de la littérature, je ne pus m’empêcher de la poser. Puis le courant passait extrêmement bien. Il me répondit que oui mais qu’il n’avait pas le temps. Là je devinais grâce à mon expérience et à son attitude, à un regard désœuvré, que cette réponse n’était pas totalement vraie, qu’un sentiment d’illégitimité était imprimé en lui. Je lui rétorquai qu’on en rediscuterait un jour (il se faisait tard), qu’il y avait là quelques pistes libératrices à creuser s’il voulait au fond de lui être créateur-créatif.

Cette discussion me rappela à quel point la dimension d’extase, de plaisir, d’effervescence de l’esprit me fut donnée lors de la lecture d’excellents écrivains. Mais aussi la tétanie venant, la naissance de l’envie de faire comme eux, avec en contre-point ce fameux sentiment de petitesse face à pareil grandeur.

La tétanie ! Le blocage.

Se sentir mauvais dès les premières phrases écrites. Cruels sentiments. Mais le propos n’est pas là ; par ces écrivains je relie ici l’attitude extatique de quotidien cité au-dessus. Se fondre dans les espaces de l’esprit par le monde, et ce avec la plus grande délectation. Ils nous y invitent, nous y poussent, nous y jettent. Contrebalance face à la rigueur de la philosophie parfois si énergivore, qui dans mon cas, me fait passer à côté du duveteux de la pensée. La raison et l’analyse raidissent mon corps et mon âme, la démarche me rend raide. Alors que la métaphysique, la poésie, me pousse à l’envolée légère, vers la souplesse. Il y là quelque chose à développer ; la souplesse d’âme !

Poético-philosophie du quotidien.

Nous finissions la discussion et fruit d’un heureux hasard, le tenancier m’apprit que la dernière bière, celle que nous buvions alors que nous discutions, était américaine. Le jeune homme et sa femme venait de tirer sa révérence. Je me mis à rire du hasard de la vie.

 

« Un être libre, c’est rare, mais tu le repères tout de suite, d’abord parce que tu te sens bien, très bien quand tu es avec lui. » Charles Bukowski