La nébuleuse du désespoir

Les oiseaux me parlaient,

j’étais nonchalamment accoudé à cette vieille table

buvant et lisant un texte de Julien Offray de La Mettrie nommé « L’homme machine ».

Les oiseaux me parlaient,

ils me soufflèrent ce que je savais déjà ;

la dernière étape.

Je me mis à pleurer, de longues poussées de larmes brûlèrent mon visage.

Me sentant responsable de la courbe mourante, je ne puis m’empêcher de dire.

« Mes amis, je suis comme vous, né à un moment, à un endroit. Je suis le fruit de la ligne du temps, de la biologie. Je vous ai aimé depuis le début, comme j’ai aimé le soleil et le vent sur mon être. Je vous ai aimé de tout mon cœur. Vos cages m’ont toujours parues insupportables. Pour cela, dès que j’ai pu, je vous ai offert graines dans de nombreuses mangeoires. Que vous vous sentiez au mieux chez vous, un éden vous étant dédié. Que puis-je y faire mes amis ? Moi aussi, je m’éteins ».

Un rouge gorge me fixa puis s’envola.

Mes larmes chantèrent aussi.

J’étais seul face à la dernière étape.

 

 

 

Vivre au moment de l’Anthropocène

Il est comme un rideau de fer, tombé sur moi, m’écrasant le thorax, m’arrachant les tripes, pressant mon diaphragme, me vidant du peu de foi que j’avais ; vivre au moment de l’Anthropocène.

N’est-il pas là la plus grande guerre mondiale jamais vue ? Non, pour les humains que nous sommes. Nous ne voyons pas de corps déchiquetés devant nos pieds, nous ne tenons pas d’armes automatiques à la main, nous ne nous trouvons pas devant des édifices détruits par les bombes, n’avons pas d’ennemis à tuer de sang froid. Notre adversaire, nos adversaires, ne sont pas clairement définis. Ils sont partout et nul part. Tout cela est bien plus monstrueux. Un presque invisible, un lointain monstrueux, réellement mondial ; l’abolition de la nature, du vivant, sur quasiment tout le territoire, et notre propre fin par extension.

Dans notre quotidien, difficile de le sentir, tant c’est insidieux. Pourtant, il est prouvé par la quasi totalité des scientifiques que nous y sommes, et en plein dedans ; une troisième guerre mondiale. Nous ressentons bien quelques effets mais la dégradation de notre environnement ayant une force d’inertie, de réactions en chaîne, nous ne voyons que le début d’un processus lancé par la révolution industrielle. La plus grande difficulté demeure là ; retrouver la capacité à penser sur le moyen-long terme comme le firent les bâtisseurs de Cathédrales, en finir avec le jetable, réparer, chérir ce que nous possédons, sortir du rôle de consommateur-consommant. Inapplicable à court terme.

Avons-nous espoir, gens du peuple, plutôt des classes du moyen, du bas, à ce que cette destinée horrible soit évitée ? Quelles sont nos armes face aux architectes du monde ? Abandonner sa voiture ? Se libérer de son prêt maison ? Vivre dans une yourte ? Sortir du rôle de consommateur-consommant, sans doutes. Que nous y soyons encouragés, poussés par les structures surtout. Nous sommes dans un train fou lancé à toute vitesse vers les abîmes. Et que ce n’est pas avec les conducteurs, les concepteurs de ce train que nous sortirons de ce modèle.

J’ai rêvé d’un Luther King, d’un Gandhi, d’une voix bouleversante, qui pourrait nous sauver de ce système, de l’Anthropocène.

Et tandis que je tiens cette mésange morte dans la main, je me demande ; n’est-il pas logique, et ce pour les autres espèces surtout, que l’on s’éteigne ?

 

« Nous avons été fidèles à nous-mêmes.

Petite Tragédie Humaine. »

Aventure

Au milieu de la nuit tombante,

mille vies en soi,

dansent,

loin du cimetière des désespérances.

 

Le spleen décomposé,

fracassé,

par la gaieté,

se tient à l’écart.

 

Laissant le chemin libre,

à la douceur.

Celle qui fit de l’enfance,

la plus Belle Aventure.

 

Un émerveillement plus grand,

que toutes les douleurs.

 

Enfer

L’occidental devint même dégoutté d’habiter l’Europe. Les affamés savent le prix de la vie, la souffrance qu’elle implique. Les conformistes aux pieds de la sacro-sainte consommation, les voulant être originaux, les marketisés, bien qu’ils s’en défendent, sont bel et bien dans la troupe.

Le nouveau Dieu est une Déesse; surconsommation.

Enfer aux consommateurs-consommant.

Aillez faim de poétique, d’art, de musique et de philosophie.

Aillez faim!

Enfer aux consommateurs-consommant.