Cancer Culture

Certains sont faits pour enrichir la Culture, d’autres pour l’effacer. Tout comme la critique, il est toujours plus aisé de déconstruire que de construire. En ce sens, c’est le dépassement par l’effort que l’on met en avant, une certaine abnégation, ce qui est extrêmement compliqué quand on est dévoré par la haine, le ressentiment.

Quel projet proposent-ils ? Détruire des statues, changer les noms de livres, interdire la parole de ceux qui ne pensent pas comme eux ; ce qui est la grande spécialité des « ouverts d’esprit ». Est-ce donc cela la fameuse inclusion ? Symboliquement c’est assez raté. Le fondement de ces actions est très simple ; les dominés veulent devenir dominants, et comme le sentiment d’appartenance à une grande civilisation, à de grands lendemains, à un destin commun, est très effrité c’est le moment d’agir. Il faut donner le coup de grâce aux oppresseurs.

C’est comme cela que les civilisations meurent, de l’intérieure, par un remplacement des valeurs traditionnelles. Cet espace laisse place à de nouvelles croyances, de nouvelles façons de se comporter, ce qui débouche à de nouveaux modes de vie. Rien de bien extraordinaire. L’évolution tout simplement. Des forces en affrontant d’autres.

Le Capitalisme a pris quelques coups et si il tombe, c’est bien le chaos qui nous attend. Car ceux qui veulent prendre la place des maîtres n’en n’ont pas l’étoffe ; voyez déjà où nous en sommes aujourd’hui par la liquidation de tout ce qui pouvait donner de l’esprit à la vie humaine, ceci écrasé par la société du spectacle.

Ce qu’ils appellent Culture est du divertissement. Ce qu’ils appellent enseignement est de l’uniformisation. Ce qu’ils appellent consommation est destruction de la planète. La Néguentropie de Stiegler est sans doutes une chimère à l’heure du Postmodernisme car on ne peut continuer à créer du PIB à notre vitesse dans un modèle respectueux de la « Nature ». Cela va totalement à l’encontre du logiciel économique créé de concert avec l’industrialisation.

Mais pourtant, Noblesse Oblige, les décadents exemplaires s’ emploient à construire d’autres fondations, non pas pour l’image écolo toute politicienne mais pour l’extrême beauté de ce qui nous a engendré ; le Cosmos.

Ne pas être dans de petits calculs mesquins. Créer un nouveau patrimoine tout en n’oubliant pas la laideur de certaines parties de notre histoire, de l’histoire humaine en général. Pour qu’un jour peut-être, de nouvelles statues, plus belles je l’espère, soient érigées aux côtés des anciennes.

Ce qui, dans le fond, est bien futile par rapport à l’enjeu du début de notre siècle : renverser l’Anthropocène. Éteindre le Pyrocène.

Petite interlude dantesque face à la démence généralisée

Vibrations, des vibrations, des grincements, cela couine, cela pue. L’époque. Ils désinfectent mais la crasse rutile, elle pourrit toujours plus l’atmosphère, elle est fière de sa bêtise, de son incurie face à ce qui est plus grand qu’elle. Elle est décomplexée. Satisfaite, elle est autosuffisante, et elle se pâme de toute sa laideur boursouflée d’opinions débilitantes, à pourrir le reste. Psittacidés. La masse ! Ils ont gagné. Le confort est là. Ils ont plus de temps pour eux que jamais ils n’en ont eu, et qu’ont-ils fait ? De l’abrutissement. Du divertissement. Ils mangent les cadavres. A manger les cadavres. Ils sont bons les cadavres. Broyés à la chaîne, produits par des miséreux aux dents longues en putréfaction de leur amour pour le Capital. Ils puent la mort. Ils en jouissent du tumulte de la douleur, des cris dans les cages, les fientes accumulées, des gorges coupées, des enfants dans les champs. Des dollars. Des dollars. Ils en jouissent à créer des besoins. Le progrès. Ils appellent cela le progrès.

Des porcs ! Mais les porcs sont plus fins que les vrais porcs. Ceux qui ont les cartes et qui ont toujours deux trois coups d’avance. Ils nourrissent la démocrature. De leur panse alourdie de bêtise et d’avidité, ils en rigolent.

Du plastique dans l’estomac, des pesticides dans la cervelle. Oh qu’ils sont biens les civilisés. Les civilisés. A bêler « Nous ne sommes pas des moutons, vous êtes les moutons. Et les autres bêlent la même chose ; nous ne sommes pas des moutons, vous êtes les moutons ». Et ils sont satisfaits de leurs produits griffés, qui leur dira à quel point ils sont dans le coup. A quel point ils sont au-dessus de la masse alors que des millions se disent la même chose avec même ou quasi-même produits. Ils ne sont pas des moutons ! Uniques, uniques, ils sont tous satisfaits d’être uniques.

Et les porcs, les vrais porcs en rigolent.

Crucifixion

C’est en comprenant le rôle de la culture du sol, du rôle des aliments sur notre physiologie, que l’on se comprend soi et la vision d’une société. La charpente psychique, le circuit nerveux, affaiblis par les aliments vides de nutriments.

Ceci est une boucle ; qui choisit d’être sain produira des choses saines et solides. Qui répand du poison est déjà poison pour lui-même.

Hors aujourd’hui, tout ce qui est pour les masses est abêtissement, de faible qualité. Telle est la vision du monde moderne. Pulvérisation chimique dans les corps et les cerveaux.

Ils misèrent sur la bêtise. Ils crurent en sortir gagnants. Ils se condamnèrent eux-mêmes ainsi que leur descendance. Mais le Capital dans le fond était bien leur religion. Ce qui ne leur laissa aucun gout amer puisqu’ils eurent leurs piscines et leurs voitures.

Leurs millions.

Leurs milliards.

 

Asservissement des masses.

Atomisation de la Nature.

 

Vulgaires pantins télévisés.

Haute culture

Il y a plusieurs dégénérescences. Celle qui amène à la raison toujours plus froide, celle qui amène à la création toujours plus folle, celle qui amène à la passivité toujours plus molle… Certains enfermements sont plus libérateurs que d’autres. En ce sens tout libère et tout enferme. C’est à chacun de comprendre sa charpente psychique. Se déchirer sans cesse pour devenir une meilleure version de soi.

La fin d’un Monde

Le gros problème quand tu es un citoyen lambda, c’est que presque personne ne t’écoute. Et puis ça arrive. Et plus vite que prévu. Au travail on te prend pour un mandaï sous prétexte que tu es plus jeune, peu d’expérience et blablabla, de plus tu ne fais pas partie de la classe supérieure alors pourquoi t’écouterait-on ? Exécute et ferme-la. Fais de l’oseille. Ailleurs on te prend pour un illuminé car tu ne penses pas dans les clous depuis ta prime jeunesse. On te dit c’est comme ça qu’il faut faire. Et pas autrement. Penser c’est un truc d’aristo à la con.
Il y a bien là un malheur ontologique pour celui qui n’a pas la chance de pouvoir faire l’ENA comme monsieur Attali ou de faire partie des cercles d’influences. L’intelligence est avant tout une malédiction pour celui qui n’est pas dans le bon système.
Tout jeune, on nous apprend à jouer petit, vivre petit, penser (si tu as cette chance) petit. Voir petit. Au pas ! Il faut bien de la chair à canon. Tout ce que l’on vous demande, c’est de consommer toujours plus, ce n’est pas bien compliqué. Tu exécutes. Tu consommes. Puis tu crèves avec ta petite pensée étriquée et ta vie d’occidental sous pilotage automatique jusqu’à ton cercueil.
Tourisme de masse. Produits de masse. Culture de masse. Et puis tout fier, l’occidental se croira exceptionnel, bouffi par la publicité. Il est spécial ! Oh oui, spécial !
La dernière croyance : le marché. Tombe. Dieu est tombé. Ce que l’on appelle la « Nature » tombe.
En prônant un hédonisme débilitant, l’Homme a érigé sa propre tombe. Où il demeura avec toutes ses chimères et toutes les civilisations qui l’ont précédé, c’était plus que prévisible puisqu’il est programmé pour cela : le parasitage.
Il dira bien que non, il est tellement anthropocentré que pour le comprendre, pourtant, c’est comme cela que ça se passe.
Conquérir. Détruire. Construire.
Mais son savoir et sa sagesse ne sont pas suffisants que pour arriver à faire quelque chose qui s’intègre dans le Cosmos. Il ne voit que la Nature que comme une ressource alors qu’elle est un système complexe que personne ne comprend vraiment.
Lui qui ne se comprend déjà pas lui-même et qui, pour les plus sages, se demande comment nous avons pu en arriver là…

Fata Morgana

Toute la différence est dans l’être et le faire. Faire le poète. Être poète. Ce n’est pas un passe-temps. Une gentille lubie. Chaque grade se mérite. Ce n’est pas une histoire de succès mais d’impératif, de pression, de vie ou de mort.

Tant de fois je suis mort pour arriver à écrire une phrase qui vaille la peine d’avoir été écrite. Car les grands écrivains, les grands poètes, les grands philosophes, sont des totems, qui de leur superbe nous toisent et se rient de nous.

Ecris mon petit.

Ecris ma petite.

Mélodie spectrale

Je ferme les yeux.

La réalité me file entre les doigts.

J’ouvre les yeux.

 

On me dit que j’ai l’air bien.

Je vois des spectres.

Je tremble.

 

L’anxiété me mange, elle n’est jamais repue.

Elle me veut moi.

Quoi que je fasse, elle est là.

Elle me torture. M’électrise. Me tabasse.

 

Pourquoi ?

Je n’ai rien fait de mal.

Est-ce moi ?

Est-ce moi le spectre ?

 

Je tremble.

J’encaisse ses coups.

 

Je tiendrai debout,

acouphènes ou pas.

 

Furie du damné

En ce début d’année, aucune mièvrerie ne me vient à l’esprit. Avec le temps passant, j’ai pu faire l’amer constat que les bons sentiments ne suffisent pas. Les bonnes paroles, les résolutions…

Il y a bien de nombreuses forces qui jouent avec et contre un Homme. En cela, avoir un vœu le plus cher, donner le maximum pour l’atteindre n’est pas suffisant. Il y a un espace entre l’énergie donnée par la personne et la réception de celle-ci.

Le plus grand traquenard est là. Que tout ce que vous donniez ne soit qu’un cri dans le désert ou pire que vous vous réjouissiez de vos actes avec des inconséquents. Combien se donnent l’apparence de grands écrivains, de grands artistes, d’être formidables, à surjouer devant une foule de crédules, bassinée à la culture de masse. Qui ne savent même imaginer ce qu’est l’impératif de la pensée, de la création, de ce qu’elle implique comme souffrances et pressions mentales, et ce journalièrement.

Puis lorsque la logique médiatique, marketisée, et plus profondément la logique vaniteuse est démasquée. Il ne reste rien de l’anima artistica. Ce n’était là que du divertissement. Comme la plupart des fruits de notre époque; vide de nutriments.

Beaucoup de grands artistes sont morts jeunes.

Ils avaient bien trop à dire pour ce monde-ci.

On préfère l’image du vrai au vrai, elle est bien plus confortable.

Le vrai artiste est avant tout un damné.

Sa propre damnation démultipliée par son environnement, de ce qu’il lui donne ou ne lui donne pas.

Un cri puissant dans le Néant.

Autoréalité : le spectacle est terminé.

Tout cela ne paraitra être qu’un divertissement, un divertissement parmi tant d’autres. Au mieux une série B de série B. Quelque chose qui servira à alourdir ou alléger l’âme du lecteur, ou du voyeur. C’est au final la même mécanique que les drames à la télévision, la satisfaction de ne pas en faire partie et la tristesse pour ceux qui en sont. Comme une nappe électronique douce et grave à la fois, avec ce fond de basse qui tient le sujet dans la langueur et la stridence du clavier qui l’électrise. C’est un peu ça. Un spectacle de plus. Celui d’un homme qui perd pied. D’une âme de poète brisée par la finance. Par l’impossibilité de publier son ouvrage chez un éditeur sérieux et dans la même dynamique, de trouver une galerie assez professionnelle que pour espérer vendre régulièrement. Une histoire tellement banale. Toole nous a déjà montré l’exemple.

La liberté, la recherche de cette liberté. Est-elle une chimère ? Souvent je me dis que je devrais écrire un vrai roman, avec une histoire qui se tient, quelque chose de vendable…mais je ne le peux non plus. Je le voudrais mais je ne le peux. Je suis condamné à la misère, mon âme.

Et puis tous ces artistes que j’affectionne sont morts depuis longtemps, je vis entouré de cadavres, de suicidés, d’overdosés. J’aurais dû réussir mes deux tentatives avant ma trentaine. Je me dégoutais tellement de ne rien avoir produit, de ne rien avoir fait, que je n’ai pu aller au bout. Sans doutes, me donnais-je une chance. Une façon de vérifier ma médiocrité sans-doutes ou de la pure couardise. Est-ce cela que de Staël ressentit ? Une fois sa lourde charge de travail accompli, ses génales visions venues et vécues, il se dit que rien ne put être plus grand. Il aimait l’Art plus que lui-même. Il avait réussi assez jeune à couper cette laisse. Génial insoumis. Comme tant d’autres artistes encore. Je pense que là est le moteur, l’anima de l’artiste, du vrai ; cette impératif qui fait exploser toutes les autres considérations. C’est fondamental. Le génie vient de là. De son impétuosité. De sa vision.

Et moi, je ne peux plus me regarder. Ni même me tuer. J’espère juste les rejoindre le plus vite. J’ai osé croire qu’enchainer les tableaux allait suffire. Qu’écrire allait aussi suffire. Qu’être productif était la solution. J’avais oublié le génie. Je n’en avais pas suffisamment.

Que ce piètre spectacle, ce mauvais jeu d’acteur se termine une bonne fois pour toute.

Il y aura bien d’autres choses pour vous divertir.

La détresse, implacable détresse, a bel et bien gagné.

Au diable la poésie.

Au diable la philosophie.

Au diable la peinture.

Seule la mort tient ses promesses.

Pauvre pitre.

Damné

Je perds tout doucement la raison, ce que l’on appelle le sens du commun, de la vie pratique. S’il n’y avait pas ma compagne et ma fille, tout serait différent, je suis tiraillé entre mes responsabilités et mon impératif catégorique, la création, depuis tout ce temps, j’ai travaillé pour amasser un peu d’argent, pour que l’on puisse vivre. J’en suis psychiquement tombé malade. Cela a craqué. Et cela craque encore, et toujours plus. Je donne le meilleur de moi-même, mais pas entièrement où je devrais le donner ; je joue sur tous les tableaux, et je me détruis à vouloir garder l’équilibre pour la famille. Déjà tout jeune, je m’empêchais cela. Mon milieu ne permettait rien, et je n’ai su brisé mes chaines.

Sans doutes, me manque-t-il quelque chose de fondamental. Que cela soit dans mes écrits ou par mes peintures, rien ne vient réellement. De petites satisfactions mais globalement je reste où je suis, dans ce que les anglophones appellent « la rat race ». Je suis dans la course des rats ! Un rat. En bas de l’échelle. De la pyramide du monde. Je fais ce que je peux pour garder l’équilibre financier, donner un sentiment de sécurité à ma famille. Et cela me coute depuis 10 ans maintenant mon énergie créatrice. Je n’ai rien publié. Je ne trouve pas un professionnel qui s’intéresse à mon travail pictural. Je ne dédie pas ma vie à la création alors que c’est mon vœux le plus cher. J’espère encore arriver à quelque chose mais force est d’avouer que je vieillis irrémédiablement et que je ne peux produire autant que je le voudrais, ni vendre autant que je ne le voudrais. Vu que j’ai des obligations, et que j’ai choisi de les respecter. Il ne s’agit pourtant pas là de devenir riche mais simplement de pouvoir peindre et écrire sans cette guillotine, celle qui à chaque fois me tranche la tête, en la faisant rouler vers mes responsabilités. Me donner une impossibilité de me fondre entièrement de la création. De pouvoir y exceller, je sais que je le peux. J’ai déjà prouvé sur un court laps de temps que je le pouvais.

Qu’il est rude le tempérament d’artiste, et particulièrement celui qui n’a pas été assez égocentré que pour embrasser totalement cette voie, et ce, quoi qu’il en coûte. Monet tenta de se suicider deux fous, il finit par tuer sa femme d’épuisement, sa première. Il était prêt à cela. S’en est-il rendu compte ? Je ne le sais. Ce que je peux dire, c’est que je n’en suis pas capable. Peut-être est-ce pour cela que je resterais un écrivain médiocre, un peintre médiocre, bref, un homme médiocre. Je ne suis pas entièrement dédié à l’art. Un raté ! Même pas foutu de se foutre en l’air.

Tout cela pour de l’argent. Pour ne pas tomber dans plus de précarité encore.

Qu’elle est rude la vie de artiste des classes du bas.

J’avais sans donne trop de cœur et pas assez de tripes.

Ou alors simplement pas assez de chance.

J’espère qu’un jour, ils m’enfermeront, que tout cela ne soit qu’un mauvais rêve.

Et bien que le froid, les ténèbres m’enserrent plus chaque jour, j’ose encore y croire.

J’ose encore croire à cet évènement salvateur, à la providence, à cette sublime minute, cet instant qui de son envergure lumineuse me dira ; fils, toutes tes misères sont derrière, te voilà sorti de ta précarité, aujourd’hui tu peux enfin souffler.

Mais, je sais au fond que les âmes des damnés ne peuvent jamais se sauver.

Foutue philosophie.

Foutue peinture.

Foutue poésie.

Foutu moi.

J’aurais aimé être un vrai artiste.

J’aimerais mourir durant mon sommeil.

Révolte et poésie

Après une petite année de pratique intensive de la peinture. Il m’est apparu de façon certaine que dans chaque individu révolté, la poésie demeure. Que la pensée doit jaillir dans l’acte quotidien pour que le corps reste dans sa pleine santé. Pour ne pas sombrer plus encore. C’est-à-dire : s’étonner soi-même, sortir des considérations sans fin qui n’aboutissent en général sur rien. Celles qui furent de bons exercices mondains. Tourner en rond. Faire du surplace, à user son propre support. Je dis cela car ma pratique artistique me fait arriver tout doucement, comme vous pouvez le voir sur ce tableau, à des hauteurs picturales dont je me serais jamais cru capable. J’ai pu retransmettre avec mes mains ce que jamais je n’ai pu faire par l’esprit. La force d’une image, sa chaleur, est toujours plus forte qu’une suite de mots. Les neurones préfèrent la couleur aux lettres. Ravissement foudroyant, délectation de la pupille.

La haine n’est plus elle-même lorsqu’elle est créative. Elle finit par tendre vers la quiétude et l’extase.

J’y reviendrai un jour.

Désintégration solaire

Le soleil noir transperce mon être.

Il m’englue. M’étouffe. Electrifie mes nerfs.

L’azur, mes origines, l’azur, ils m’ont enlevé l’azur.

Usure et fulgurances,

tellement futiles aux yeux du monde.

Ce combat est désespéré.

Baroud d’honneur à chaque souffle.

A quoi bon ?

Et puis le calme, la sérénité, les grandes batailles, les lendemains d’héroïques victoires,

ne viennent jamais.

Tant d’efforts.

Tant de douleurs.

De dépassement pour si peu.

A quoi bon ?

J’ai fait ce que j’avais à faire; le maximum.

Je traine ma carcasse fatiguée sur les brillants pavés de l’automne.

Je frémis. Je titube. Les oiseaux aussi.

Je frémis. Je titube. L’horreur ne me lâche pas.

Je frémis. Je débloque, et l’époque me lynche.

Cette existence, cette charpente n’amène rien de bon.

Je suis ce spectre d’un autre temps.

Inadapté. Inactuel.

En peinture, en poésie, en écriture, en être, en vision.

Rien. Rien. Rien de concret.

La misère arrive tout doucement,

je peux la voir, la sentir, et personne ne m’aidera, je le sais.

Mon moi est d’ailleurs.

Damnation.

Je ne renonce à rien. Je prends tout.

Belge grisaille,

soleil mort,

humidité.

Broyant mes os.

Il m’ont éjecté de leur Monde.

Artiste raté.

Loin des cimes du désespoir

Une ancienne partie de toi.

Les effets des structures balayés.

Devenir nécessite courage et abnégation. Traquer les chimères, faire son autocritique, son auto-analyse, s’autoéduquer.

En partant de soi, en regardant les splendeurs; mordre la cendrée plusieurs fois. 

La plupart s’épargne eux-mêmes pour mieux broyer les autres.

Tandis que toi, en te broyant, tu obtins la quintessence de ce que jamais ils ne pourront avoir; la simple et totale splendeur d’exister.

Sur les cimes les plus célestes.

Loin des désillusionnés, des moralistes, des accusateurs, des prisonniers du Temps.

Ils redoutent de devenir ce qu’ils sont déjà; poussière de poussière. 

De l’étouffement, à l’explosion des espaces clos

Il aura fallu tant marcher, tant souffrir et se trainer, pour enfin arriver à marcher.

Entouré de nouvelles et fortes valeurs.

Création, poésie et philosophie.

Le Temps et ses effets étant devenus un vieil ami.

Douleurs, angoisses, et nouveau souffle vont de pair,

les grandes victoires ne viennent jamais sans grands déchirements.

Un jour, le moment venu, peines et douleurs te souffleront à l’oreille :

« Enfin, tu nous a vaincues ».

Vitalisme

Je place mon vouloir dans un Vitalisme déraisonné.

Je jette, je jette et je lance mon âme comme Pollock le fit par sa peinture.

Je la griffe, la claque, la noie dans l’eau. Avec de l’éther. Furie et légèreté.

Elle coule, se répand, se mélange et se cristallise dans l’atmosphère.

Et je vois que c’est l’acte, sans cesse l’acte, qui la prend et la forge. La grandit.

La vie partout, en tout et je craque avec elle, de m’étendre.

Quelle incroyable sentiment de rester sur place et s’envoler par l’acte.

J’ai créé pour être ailleurs, sortir des plis, objectif caché.

Le cœur était là: une transe vitaliste.

Hors de contrôle.

 

 

Orgone

Transfusion de l’essence

Electrification du corps,

dans une position christique.

 

J’ai bien senti qu’elle venait d’ailleurs.

 

Avant moi,

après moi.

 

Que j’étais un ailleurs.

Part irréductible en moi.

En tout.

 

Du meilleur au plus mauvais.

 

Réceptacles de l’énergie primaire.

 

Cosmos

 

Orgone

 

Eternel éternel.

 

 

Forteresse

Les vertus de la lecture, des livres, sont mis en avant par les lecteurs les plus enjoués, assidus, qui se nourrissent de satisfaction à dire que les livres sont ce qu’il y a de mieux, de plus beau, d’enrichissant, d’incroyable. Quelque chose de supérieur par rapport aux plaisirs communs de la foule. Mais de quels livres parlent-ils ? Et quels effets sur leur pensée ? Ouverture ? Ouverture sur ouverture ? Le sentent-ils vraiment ? Extase ? Révélation sur révélation ?

Médium parmi d’autres média, le livre a un pouvoir d’alinéation très très grand. Sous-évalué. Celui de faire croire à des vérités, à un sublime ne venant pas de soi, celui de jeter des chimères à la face du lecteur ; vivre par procuration. C’est cela, toujours lire plus, pour toujours vivre plus par la pensée, par la procuration, une fuite par rapport au  réel. Vivre par la fiction. Dans elle.

Ne faut-il pas que la pensée, sa propre pensée puisse demeurer au repos, dans une maturation, une incubation pour que la puissance de l’être se réveille. Il me semble que trop lire revient à ne plus vivre, à étouffer sa pensée. Quelle est ta mission existentielle ?Le pourquoi de ton existence ? Si tu aimes tant les livres, alors écris. Tu pourras entrevoir à quoi ressemble la puissance du créateur. C’est de cet acte que la qualité de ta présence au monde, à toi, prendra plus de volume. Ce sera un élan vers une autre dimension, hors de la procuration, un semblant d’autre dimension ; celle de se découvrir par soi-même et non par le travail d’autres.

C’est de cela dont je parle. Se dévoiler par soi-même, par sa propre réflexion et non celle des autres. Il n’y a jamais rien de plus solide, de plus fort que les actes, les pensées venant de l’âme.

Le plus beau vient de toi.

Etincelante forteresse.

Toujours plus forte dans le réel.

 

Nébuleuse

Le rempart, le dernier, le tout dernier.

D’une douleur constitutive, ontologique,

de ce que l’on n’a pas voulu.

 

Presque perdu d’avance.

 

Douleur, douleur, douleur.

Crispation et tension

 

Monstre infaillible,

ne laissant pas de repos.

 

Me détruisant chaque seconde durant.

 

Créer ou finir tué par l’Angoisse,

Aimer ses chimères avant que la dernière digue ne lâche.

 

Entre vie et mort, déjà.

 

La nébuleuse ne me lâchera pas.

Métapoésie

C’est un état de grâce. Adamantin, que cet état dans lequel la clairvoyance domine. Ce prisme qui amène à la pleine possession de la vision. Qui laisse libre-cours à la poésie ; la métapoésie. Source de la métaphysique. Regard perçant de l’Aigle. Qui toise les concepts.

La poésie se vivant, se faisant, qui n’a nulle besoin d’être écrite.

La plus sublime des sublimes. Nectar de nectars. Composition totale. Le méta en temps réel. La vie transfigurée par le génie des sens. Des sphères psychiques jusqu’aux bosons.

Poésie Totale.

Si peu sont Poètes.

Ailes

Notre cerveau post-industrialisé,

à la méthode Taylor

parcellise notre vision.

 

Donnant une patine conforme à ce que nous pensons.

 

Qu’est-ce que le moi ?

Qu’est-ce que le nous ?

 

Conscience de.

Souffle vital.

 

Il n’y a bien aujourd’hui que la pensée océanique qui me plaise.

Aux ailes azurées sans fin.

Retournant les abysses sans fond.

 

Disparition des chaînes.

Éternel

Il n’y avait là aucune élégie à faire.

Ma pensée torve, déraisonnée explosait,

faisant petit sens dans un tout incompréhensible.

 

Elle était bien là à l’image du monde.

 

Un marteau frappé sur une enclume,

bientôt remplacée

par un autre marteau.

 

Ersatz éternel.

Petites considérations existentielles : neuf

On s’enfonce parfois dans le vide de l’existence, sans doute ce que Sartre appelle le Néant. Il est d’ailleurs un moment où le néant prend plus de place que le sentiment d’exister. Il amenuit notre souffle vital à tel point que l’on s’épuise rien qu’à vouloir se bouger. Cet état de tétanie douce pompe toute énergie ; la volonté étouffée.

J’étais depuis très longtemps dans cette configuration, un humain au centre d’un jeu, d’une société avec ses avantages et ses inconvénient, ses pièges, ses bienfaits.

Mon propre mécanisme, ma propre chimie m’échappait, je ne pus jamais saisir comment je fonctionnais profondément, de ce qui fortifiait mon souffle vital.

Ballotté. Sans père, ni mère, ni Dieu. Dans un liquide chloroformique.

Un jour vint l’effondrement, je fus déclaré inapte à continuer ma vie comme telle. Cette grande brisure faîtes de fêlures datant de tellement de temps me mettait sur le côté. Puis vint encore, d’autres blessures, physiques celles-là. Blessures sur blessures. L’âme blessée, le corps lâchant.

Au plus profond de l’hiver de mon âme, je me trouvais.

Ce que qui me mis le coup de grâce est l’Anthropocène. J’étais habitué depuis très longtemps à la folie humaine, à la destruction qu’elle engendrait mais l’extinction des espèces me mettait dans une insondable torpeur, dans un désarroi terrible. Que nous disparaissions était pour moi logico logique. Que nous détruisions la Création était tout aussi logique mais inacceptable ; que pouvais-je y faire ?

Je peinais à faire ce qui au fond de moi demeurait le plus naturel ; écrire, peindre et dessiner. N’y trouvant aucune utilité sociétale. Ce qui pourtant devait avant tout me concerner.

La course et la marche me permettait de tenir bon physiquement et mentalement. Bravant la pluie, le froid, mes blessures qui se situaient au-dessus des hanches, je pouvais courir. Courir, encore courir. Une fuite peut-être. Le sentiment d’une fuite. De grandir dans la fuite. Se fuir soi-même ? Sa destinée ? Ce dont j’étais fait, construit, assemblé et que j’avais jamais su assumer et ce depuis ma plus tendre enfance. Un imbroglio soudé à une armure impossible à transpercer.

Et Hier vint un évènement mystique extraordinaire :

j’avais posté un poème à connotation liturgique, ce qui me prend assez souvent (un quasi automatisme) exprimant le sentiment que j’avais à avoir posté ce texte « Se préparer au monde qui vient (vivre au dernier stade de l’Anthropocène) » :

 

N’en voulez pas à l’oiseau de mauvais augure.
Il n’est que le messager,
celui qui rapporte les choses déjà faites en amont.

Au contraire, remerciez-le, il est probablement le détonateur,
d’une déviation des actes à venir,
d’un évitement face à la catastrophe programmée.

Comme ces grands rapaces
que je peux observer assez souvent sur les pilonnes électriques.

Il n’y sont pas toujours et quand ils s’y trouvent, c’est leur superbe que l’on observe. Ils transforment l’atmosphère. Le cours des choses prend une dimension mystique.

On admire leur fierté.

 

Je m’étais mis à courir dans mon biotope, ma campagne. Il pleuvait tant, le vent était fort, j’avais un entrainement très compliqué. Epuisant, usant, j’étais sur le retour, la tête basse, entrain de sprinter les cinq minutes restantes, j’avais plusieurs fois déjà pensé à abandonner tant les conditions étaient compliquées, que mon cœur et mon corps étaient à plein régime, que je respirais difficilement. Je tenais avec grande difficulté, énormément. J’avais en point de mire le sol. J’étais dans un couloir, les arbres bordaient les deux côtés.

Puis vint un évènement mystique ; alors que je relevais la tête, un rapace se posa sur un arbre, grand, majestueux, une buse à une dizaine de mètres de moi. Je fus émerveillé, et d’un coup elle prit son envol, au milieu des arbres, sur le chemin, la Voie, elle m’invitait à la suivre.

A cet incroyable instant, je ne ressentais plus la douleur, je continuais avec force, la fatigue et les tensions avaient disparues. C’était un signe. Assurément. J’étais Poète, Philosophe, Peintre. Je devais faire ce que mon être me poussait à faire et ce même si je devais connaître la pauvreté ; ma destinée était là.

 

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Allons de l’avant,

allons plus haut !

L’ici-bas et l’existence

ne sont supportables

que si l’on emprunte

ce raide sentier

vers les hauteurs !

 

Friedrich Nietzsche 

 

 

 

 

 

 

Exortum est in tenebris

Je me fonds dans les ténèbres.

Traînant le cadavre de Dieu.

Et le Diable me traque.

 

Je me fonds dans les ténèbres,

et ma foi morte se moque de moi.

 

Je me fonds dans les ténèbres,

et Dieu n’est pas à mes côtés.

 

Le Diable se fiche pas mal de moi.

Et Dieu m’en veut.

 

Morts, morts, morts.

Tous ils sont.

 

Apostat.

Apostat.

Apostat.

 

Nihilisme.

 

Seul. Seul. Seul.

 

Du début à la fin,

je danse gaiement face au désespoir.

La nébuleuse du désespoir

Les oiseaux me parlaient,

j’étais nonchalamment accoudé à cette vieille table

buvant et lisant un texte de Julien Offray de La Mettrie nommé « L’homme machine ».

Les oiseaux me parlaient,

ils me soufflèrent ce que je savais déjà ;

la dernière étape.

Je me mis à pleurer, de longues poussées de larmes brûlèrent mon visage.

Me sentant responsable de la courbe mourante, je ne puis m’empêcher de dire.

« Mes amis, je suis comme vous, né à un moment, à un endroit. Je suis le fruit de la ligne du temps, de la biologie. Je vous ai aimé depuis le début, comme j’ai aimé le soleil et le vent sur mon être. Je vous ai aimé de tout mon cœur. Vos cages m’ont toujours parues insupportables. Pour cela, dès que j’ai pu, je vous ai offert graines dans de nombreuses mangeoires. Que vous vous sentiez au mieux chez vous, un éden vous étant dédié. Que puis-je y faire mes amis ? Moi aussi, je m’éteins ».

Un rouge gorge me fixa puis s’envola.

Mes larmes chantèrent aussi.

J’étais seul face à la dernière étape.

 

 

 

Vivre au moment de l’Anthropocène

Il est comme un rideau de fer, tombé sur moi, m’écrasant le thorax, m’arrachant les tripes, pressant mon diaphragme, me vidant du peu de foi que j’avais ; vivre au moment de l’Anthropocène.

N’est-il pas là la plus grande guerre mondiale jamais vue ? Non, pour les humains que nous sommes. Nous ne voyons pas de corps déchiquetés devant nos pieds, nous ne tenons pas d’armes automatiques à la main, nous ne nous trouvons pas devant des édifices détruits par les bombes, n’avons pas d’ennemis à tuer de sang froid. Notre adversaire, nos adversaires, ne sont pas clairement définis. Ils sont partout et nul part. Tout cela est bien plus monstrueux. Un presque invisible, un lointain monstrueux, réellement mondial ; l’abolition de la nature, du vivant, sur quasiment tout le territoire, et notre propre fin par extension.

Dans notre quotidien, difficile de le sentir, tant c’est insidieux. Pourtant, il est prouvé par la quasi totalité des scientifiques que nous y sommes, et en plein dedans ; une troisième guerre mondiale. Nous ressentons bien quelques effets mais la dégradation de notre environnement ayant une force d’inertie, de réactions en chaîne, nous ne voyons que le début d’un processus lancé par la révolution industrielle. La plus grande difficulté demeure là ; retrouver la capacité à penser sur le moyen-long terme comme le firent les bâtisseurs de Cathédrales, en finir avec le jetable, réparer, chérir ce que nous possédons, sortir du rôle de consommateur-consommant. Inapplicable à court terme.

Avons-nous espoir, gens du peuple, plutôt des classes du moyen, du bas, à ce que cette destinée horrible soit évitée ? Quelles sont nos armes face aux architectes du monde ? Abandonner sa voiture ? Se libérer de son prêt maison ? Vivre dans une yourte ? Sortir du rôle de consommateur-consommant, sans doutes. Que nous y soyons encouragés, poussés par les structures surtout. Nous sommes dans un train fou lancé à toute vitesse vers les abîmes. Et que ce n’est pas avec les conducteurs, les concepteurs de ce train que nous sortirons de ce modèle.

J’ai rêvé d’un Luther King, d’un Gandhi, d’une voix bouleversante, qui pourrait nous sauver de ce système, de l’Anthropocène.

Et tandis que je tiens cette mésange morte dans la main, je me demande ; n’est-il pas logique, et ce pour les autres espèces surtout, que l’on s’éteigne ?

 

« Nous avons été fidèles à nous-mêmes.

Petite Tragédie Humaine. »

Aventure

Au milieu de la nuit tombante,

mille vies en soi,

dansent,

loin du cimetière des désespérances.

 

Le spleen décomposé,

fracassé,

par la gaieté,

se tient à l’écart.

 

Laissant le chemin libre,

à la douceur.

Celle qui fit de l’enfance,

la plus Belle Aventure.

 

Un émerveillement plus grand,

que toutes les douleurs.

 

Enfer

L’occidental devint même dégoutté d’habiter l’Europe. Les affamés savent le prix de la vie, la souffrance qu’elle implique. Les conformistes aux pieds de la sacro-sainte consommation, les voulant être originaux, les marketisés, bien qu’ils s’en défendent, sont bel et bien dans la troupe.

Le nouveau Dieu est une Déesse; surconsommation.

Enfer aux consommateurs-consommant.

Aillez faim de poétique, d’art, de musique et de philosophie.

Aillez faim!

Enfer aux consommateurs-consommant.

Non retour

Cela fait tellement de temps,

que l’on cherche la vérité,

en face d’un miroir.

Aspiré par les ondes, vers les points de fuite,

une entité pensive,

animée par le grand rien, se meut.

Elle cherche justificatifs à l’existant,

foi,

explications,

sans fin.

Et tandis que les hordes de miroirs se massent,

tout autour,

elle a déjà atteint le point de non retour.

 

 

Petites considérations existentielles : huit

Je suis à un âge dans lequel l’utilité des choses, des actions, n’est plus si importante. La notion d’utilité même m’a échappé ; un retour à l’enfance. Disons que les considérations matérielles, économiques, d’actualité sont d’une banalité écrasante, tellement que j’ai le sentiment qu’elles emportent bien des êtres sur leurs passages. Circulaires, elles les entourent jusqu’à les étouffer. A tel point où certains ne pensent plus, mais finissent plutôt par subir leur propre pensée. Il y a ici quelque chose d’insidieux dans la liberté de penser, atteint de pourriture, quelque chose de vicieux.

La grande autonomie du soi est-elle concevable à partir du moment où nous partons de nous-mêmes, dans un lieu donné, avec une éducation donnée, faites d’expériences vécues? La frontière se situe là ; le fait de dire « je pense librement, j’utilise ma liberté de penser ». Un biais. Une partie des « libres-penseurs » utilisent faits, thèses, et arguments pour défendre un point de vue. Ils n’ont jamais été autre chose qu’eux-mêmes.

Finalement, ils tentent de donner du poids à leur vision du monde, elle-même fruit d’autres visions du monde données par les média, et gens en chaîne (souvent sur les réseaux sociaux). Ils pensent pour eux. La fameuse liberté de penser des fiers ne les ramènent donc qu’au point de départ, et cet affichage qui frise souvent avec l’insolence et le manque de respect pour qui n’a pas la même vision que leur monde, en est une belle preuve. Se pâmer en se disant libre est à la fois immature et irraisonné. Certains vont même jusqu’à dire qu’ils se sont faits tous seuls…Ils sont nés d’une dame vierge ou sorti du cosmos, tétant les fruits des arbres de la forêt…

.Je ne vois là que confort et conformisme ; chaque point de vue est défendable selon l’articulation que l’on donnera à ses arguments et à la dialectique employée.  Puisque les joutes, pauvres joutes souvent, ne servent à rien d’autre qu’à vouloir persuader l’autre, qui lui aussi veut persuader l’autre et ce, sans fin, aucune. Schéma renouvelable à l’infini.

Pourquoi ne pas prendre alors un autre chemin ? Celui de la haute raison ? Nous n’avons pas tous tort, nous n’avons pas tous raison. Il n’y a là que des gens avec des pensées qui s’entendent ou ne s’entendent pas. Leur vision du monde est pourtant là, et existe.

Je parlais de biais plus haut ; il me semble important qu’un libre penseur doit avoir ces questions en tête, elles sont des plus importantes : « Et si je me trompais? Suis-je guidé par ma raison ou par mes émotions? Suis-je guidé par les deux? Par les médias ? Que défends-je? Qu’ai-je à prouver? ».

On n’est jamais autre chose que son propre concept ; tout ce qu’on nous a mis et s’est mis dans le crâne. Du partiel. Encore.

Penser contre soi-même ou ne pas penser.

Pour me fêter

Il te faut ne pas comprendre la vie,
elle deviendra une fête alors. 
Et laisse venir chaque jour,
comme un enfant, en marchant,
de chaque vent,
se fait offrir maintes fleurs. 

Les rassembler, les conserver
ne lui effleure pas l’esprit. 
Il les détache doucement des cheveux
dont elles étaient si volontiers prisonnières,
et tend les mains vers les chères jeunes années,
en en espérant de nouvelles. 

 

Raine Maria Rilke (1904)

Le dernier cimetière de notre jeunesse

Il y a dans chaque système,

oppresseurs et oppressés,

à différents niveaux.

Dans ton cas, c’était trop haut que pour être vivable.

Le moment est celui-ci,

je m’efface,

devant le maître on fait place ;

Les cris d’oiseaux de la machine qui s’assoupit
Le fer malade enfermé à double tour dans l’atelier
Les salaires planqués derrière les rideaux
Comme l’amour que les jeunes ouvriers enfouissent au plus profond de leurs cœurs
Pas le temps d’ouvrir la bouche, les sentiments sont pulvérisés.
Ils ont des estomacs cuirassés d’acier
Remplis d’acides épais, sulfurique ou nitrique
L’industrie s’empare de leurs larmes avant qu’elles ne coulent
Les heures défilent, les têtes se perdent dans le brouillard,
La production pèse sur leur âge, la souffrance fait des heures supplémentaires jour et nuit,
L’esprit encore vivant se cache
Les machines-outils arrachent la peau
Et pendant qu’on y est, un plaquage sur une couche d’alliage d’aluminium.
Certains supportent, la maladie emporte les autres
Je somnole au milieu d’eux, je monte la garde sur
Le dernier cimetière de notre jeunesse.
Xu Lizhi, poète et ouvrier chinois dans une des usines Foxconn fabriquant des téléphones portables, s’est suicidé en 2014. Il avait 24 ans…

 

 

Enfant

Vous qui entrez dans ce monde, abandonnez tout espoir.

Fuyez les vanités les plus insidieuses, les plus perverses.

Désertez votre race, votre être, votre pensée, votre condition, votre sexe.

L’enfant est parti.

Le vôtre. Il n’est plus qu’un lointain souvenir décharné.

L’insouciance gît sous terre.

Toutes les sophistications et les choses simples que vous vous donnez ne sont rien.

La puissance de l’intuition enfantine est éteinte.

Le réel médiatique est posé devant vous, il a la tête d’une murène.

Humains, vous pensez, mentalisez, pesez le pour ou le contre, rationalisez, anticipez, modelez l’avenir.

Les années choient sur votre dos, sur vos épaules. Vous vous courbez de réalité.

L’émerveillement et le mystique ont fui,

ils ont laissé place à l’économie.

Et faîtes ou dîtes ce que vous voudrez, c’est comme cela,

l’enfant n’est plus là.

Il est mort bien trop vite.

 

 

Gaieté

Les cercles de l’enfer se meuvent,

dans un mouvement circulaire.

Et nous, qui nous sommes placés au-dessus de tout,

n’en sommes que les rouages.

Vous êtes-vous purgés de toutes vos peines ?

Non. Bien sûr que non.

Il y a celles venues et celles à venir,

encore.

 

Avez-vous accepté que toute la gaieté mise en avant n’est que paravent ?

un mauvais jeu d’acteur.

Peut-être, peut-être pas ?

Acteurs,

il ne s’agit pas là de jouer un rôle,

mais d’être le rôle.

D’effacer le rôle.

De n’être que gaieté.

 

Folie,

dans le purgatoire !

 

Vous n’êtes que vous-mêmes,

mortels !

Terreau

On ramasse les bris de rêves

par terre.

On les entasse dans des espaces

mortuaires.

 

Tels des jouets d’enfants usés, défigurés, oubliés

ils demeurent.

 

Ils se fondent, se soudent, brulent.

 

Jusqu’à Incubation.

 

Et si la Providence, la force de caractère,

affleurent .

 

Vient alors la Détonation.

 

Sonnant réveil de la fière, grande, et

Majestueuse volonté.

 

Grand devenir soi.

Fuite

La terre Voluptueuse terre,

me donnait les quelques images,

que j’avais grande envie et encore force de voir.

 

Derrière le champ économique,

je voyais autre chose.

Un autre destin de vie.

Un Monde hors Marketing. Un grand Monde.

 

Hors divertissement machinisé,

et sans fin.

Une sortie du perpétuel bal des nouveautés et critiques en tous genres.

 

Ô quel grand bien me procure cette fuite hors du monde.

Aux orées du moi.

Je sens être autre.

Je me vois entouré de grandes pensées et de grands penseurs.

 

Dans le temps long,

non interrompus par la publicité.

Il m’est permis d’apprécier l’Art.

De faire de ma Vie un début d’Art.

 

De prendre livres, pinceaux et plumes.

De prendre le temps de faire des choses banales.

Pain, poules, potager, Cosmos.

Loin de l’instantanéïsme, je trône.

 

Il me sent être comme le voyageur contemplant – ma Vie,

avec du goût et de riches nutriments.

Avec parfois,

quelques amertumes de ne m’être réveillé avant,

je l’avoue,

Mais je sais que le réveil d’aujourd’hui,

est moins beau que les réveils à venir.

 

Ô Providence soit clémente. Donne moi les clefs pour demeurer,

hors du monde, un peu plus.

Je ne veux plus être de ces petits homo economicus,

ce petit homme, à la tête coupée, courant derrière quelques deniers.

Spectral

J’ai en l’espace, amené les restes de la compréhension de mon être.

Je les ai moulu jusqu’aux bosons.

Montée vers le néant.

Le Cosmos.

Remontée vers l’essence.

Le Chaos.

Désintégration des systèmes, des concepts, de la pensée.

Un état de plénitude.

Ataraxie en et hors soi.

Loin de toutes les prétentions humaines, des ajournements.

La bonne Vie.

J’y suis. J’y demeure.

Les impératifs catégoriques se décalent.

Je suis spectral.

Un moi sans attente,

prenant le tout et le rien.

Un pressentiment.

Une prescience.

Hors du rôle.

Humain magistral.

Désagrégation

Les quelques envies faites,

de néant, d’incomplétude,

dans les bras de la vie parfaite,

n’existent plus.

 

Tout prendre sans retenue.

Désagréger le psychisme,

jusqu’à même le superflu.

 

Un non-être accueillant l’expérience.

Son grand maitre le silence.

 

Se perdre sans cesse,

sur le chemin de la vie économique.

Alors que l’émerveillement et la gaieté,

sont les seules choses à cultiver.

 

Les désirs plus grands en non-désirs.

La vie plus grande en non esclave de soi.

 

Le Cosmos,

les démons

et l’éblouissement.

 

En paix.

En Toi.

Impulsion

Une fois la mort advenue,

il est bien trop tard pour se rendre compte,

que tout a été rendu.

 

Alors,

n’est-il pas,

à chaque instant,

important,

de savourer le prêt de la vie reçue ?

 

Il est dit chez Montaigne que « philosopher c’est apprendre à mourir ».

Cette finitude de l’être pour qui la sait et en note l’importance,

peut donner toute sa pleine puissance à la vie humaine.

 

Sans toutefois donner la carte pour apprendre à vivre.

Une impulsion.

 

Qui respire vit,

qui vit est en vie ;

mais comment ?

 

Au fond, chacun le sait.

 

Seuls les plus courageux fixent la vérité sur eux-mêmes en face.

Et en tirent quelques grandes leçons de vie,

ou de mort.

 

Petite machinerie de la joie

La grise vision chaotique,

du journalier médiatique

entache la lumière enfantine.

Poussés à penser cathodique,

les ondes bêta jaillissent.

 

Dans un grand bal d’opinions,

les psittacidés sévissent.

Le but est d’avoir raison,

sans avoir grande raison.

 

Du fond et de la réflexion,

ils ne s’enquièrent.

Emporter la mise,

mettre l’autre par terre.

 

Ô ami, sais-tu à quel point nous sommes loin de cette valse,

elle ne nous est que grotesque et futile.

 

Hors-du-temps,

nous faisons partie du champ de l’universel, du subtil.

 

Forteresse.

Immense forteresse.

D’aspiration mystique.

 

Notre religion ;

l’extase d’un moment banal,

capturé par photo mentale,

et poétisé.

 

Assemblage d’Elixirs mentaux,

faits d’émerveillement,

de non-jugements,

de slaloms hors-concepts.

 

Intrépides,

face au grand vide.

 

Stoïcien, épicurien,

notre destin.

 

Loin des média

se trouve

notre petite Machinerie de la joie.

 

 

 

 

 

 

Droiture

L’enfant pointe l’index vers le ciel.

L’oiseau tel une torpille,

fond vers l’infini.

Ubuesque et grandiose,

notre regard noir et perçant.

 

Cette vie nous a été donnée,

malgré nous.

Une époque. Un corps. Un théâtre. Un cadre.

Du non-choix.

Un catapultage.

 

Mais ensemble, nous pouvons vivre comme des titans.

Se créer liberté.

Se déjouer de la décadence.

Se bâtir fierté

S’ériger dignité.

 

Devenir Dieux, nous demi-Dieux.

Rétablir la vitalité du Monde, nous vitalistes.

 

Finir légers et gais,

à suivre cet oiseau.

A nous fondre dans notre propre ciel.

 

Hors-du-temps.

A contrevent.

 

Nous, les inactuels.

 

 

Petites considérations existentielles : trois

Il y a un destin pour lequel nous sommes appelés, une programmation difficilement descriptible par le fond – nous faisant tendre vers ce que nous sommes et devenons. Une force sous-jacente. Une balance entre la volonté d’être et tout ce qui la bloque.

Un ami me fit remarquer lors de l’une de nos interminables discussions qu’il est fort occidental comme attitude de gratter, de rechercher les causes, de déconstruire, de localiser. Que cette démarche est scientifique. Que nous l’utilisons bien trop et que nous pouvons simplement en apprécier les effets, ce avec l’aide de quelques presciences. Nous désincarcérer de cette fameuse démarche du raisonneur-raisonnant nourri d’imprécisions constantes et de « peut-être » tantôt froids, tantôt désabusés, tantôt libérateurs.

Ses affirmations me poussèrent à me demander à cet instant si j’étais sur la bonne voie, moi qui ai un projet de livre attaché à la philosophie, qui utilise très souvent la déconstruction, la démarche raisonnante. Laquelle me demande plus d’efforts que l’extase tantrique, cette démarche que je tends à pratiquer de plus en plus ; la poésie de l’instant, la sortie du soi par l’intermédiaire de la visée et vision méditative. Une philosophie poétique de l’atmosphère. Une inspiration physique et mentale du Monde. Cela peut aller d’éléments les plus communs aux plus exceptionnels. Une captation poussant au non-être, déclenchant le ressenti poétique puissant, hors-du-temps.

Fusion avec le cosmos.

Un autre jour, lors d’une dégustation de bières fameusement bonnes. Tandis que la a fin de la dégustation venait – nous étions à la dernière bière –  je me retrouvai à parler avec grand plaisir de permaculture, de potager, de résistance par les actes face à une société de dangereuse abondance, avec un jeune homme de ma tranche d’âge. Plein de vie et d’entrain, nous échangions nos expériences potagères, de la vie liée à celle-ci, de notre production de légumes (très faible cette année). Je lui dis que s’il eut fallu compter dessus, je serai déjà mort depuis longtemps. Le tenancier de l’échoppe intervint d’une tranchante remarque de vérité : « Si tu devais en vivre, tu en vivrais ». Il me rappelait que, bien que j’avais l’énergie, je n’avais pas encore la connaissance nécessaire, la main grande amie de la terre, une bonne connaissance du cosmos que pour arriver à un résultat proche de l’autosuffisance. Chose dure.

Tout s’apprend. De l’extase à la phénoménologie. Il faut là quelques bons maîtres, et envie aiguisée. Ou au moins l’un des deux.

Après cette phrase du tenancier, nous commençâmes à discuter littérature (ce que je connais très peu) mais il se passa là grande chose. Mon comparse d’un soir était fan de Bukowski, Toole, Steinbeck, lui connaissait très bien la beat generation (moi d’essence) et ce constat m’interpella. Moi aussi j’ai adoré ces auteurs, ils m’ont beaucoup touché et m’ont donné l’image d’un autre monde possible, essentiellement interne. Moi aussi j’ai idée du maraichage comme métier un jour, comme lui. Lui et moi adoptons le même style de vie, avons les mêmes envies, il venait aussi d’avoir une petite fille, aimait des auteurs non-académiques. Un parfum de libertarisme flottait. Etait-ce dû à notre jeunesse ? A un tendance de l’époque ? Peut-être, sommes-nous simplement taillé dans le même bois. Je lui posais alors une fameuse question : « as-tu déjà souhaité écrire ? ». Au vu de ses yeux étincelants à l’entente de la littérature, je ne pus m’empêcher de la poser. Puis le courant passait extrêmement bien. Il me répondit que oui mais qu’il n’avait pas le temps. Là je devinais grâce à mon expérience et à son attitude, à un regard désœuvré, que cette réponse n’était pas totalement vraie, qu’un sentiment d’illégitimité était imprimé en lui. Je lui rétorquai qu’on en rediscuterait un jour (il se faisait tard), qu’il y avait là quelques pistes libératrices à creuser s’il voulait au fond de lui être créateur-créatif.

Cette discussion me rappela à quel point la dimension d’extase, de plaisir, d’effervescence de l’esprit me fut donnée lors de la lecture d’excellents écrivains. Mais aussi la tétanie venant, la naissance de l’envie de faire comme eux, avec en contre-point ce fameux sentiment de petitesse face à pareil grandeur.

La tétanie ! Le blocage.

Se sentir mauvais dès les premières phrases écrites. Cruels sentiments. Mais le propos n’est pas là ; par ces écrivains je relie ici l’attitude extatique de quotidien cité au-dessus. Se fondre dans les espaces de l’esprit par le monde, et ce avec la plus grande délectation. Ils nous y invitent, nous y poussent, nous y jettent. Contrebalance face à la rigueur de la philosophie parfois si énergivore, qui dans mon cas, me fait passer à côté du duveteux de la pensée. La raison et l’analyse raidissent mon corps et mon âme, la démarche me rend raide. Alors que la métaphysique, la poésie, me pousse à l’envolée légère, vers la souplesse. Il y là quelque chose à développer ; la souplesse d’âme !

Poético-philosophie du quotidien.

Nous finissions la discussion et fruit d’un heureux hasard, le tenancier m’apprit que la dernière bière, celle que nous buvions alors que nous discutions, était américaine. Le jeune homme et sa femme venait de tirer sa révérence. Je me mis à rire du hasard de la vie.

 

« Un être libre, c’est rare, mais tu le repères tout de suite, d’abord parce que tu te sens bien, très bien quand tu es avec lui. » Charles Bukowski

 

 

 

 

Éternelle gaieté de l’enfance

Par cet enfant Céleste, il me souvient que jamais, même aux prises de douleurs, je ne dois perdre ma capacité de gaieté et d’émerveillement face à la vie, au monde. Je sais que le chemin est ardu, que la plus grande charge mentale vient de la douleur physique, celle qui évacue le sujet du monde ataraxique en le tordant vers un monde infernal, celle qui empêche la capacité d’apprécier le pur instant présent, à exercer l’extase spontané, à se fondre dans le cosmos. Je sais qu’il est extrêmement compliqué de faire avec, surtout lorsque le mal est vif. Et même ; la plus petite douleur, une mauvaise phase de digestion, une ampoule aux pied, grippent la mécanique du moi léger, nous poussent hors de l’état de complétude.

Pourtant, je jure que le maximum est et sera fait de ma part.

Que ma vie, et ma pensée seront de véritables tableaux de gaieté.

Un déroutant impressionnisme d’irréalité.

Que dans les plus beaux moments, tapis dans l’ombre, ces instants de désolation me suivront de prêt pour me rappeler que non, un état de sérénité physique n’est pas commun, n’est pas chose normale, chose logique, chose due.

Qu’il est merveille.

Pure merveille de l’instant.

Que mon esprit se délecte de cet état, qu’il communie en symbiose avec le grand tout.

Là est le plus grand combat : souffrir avec le sourire – jusqu’à ne plus souffrir.

Côtoyer l’impossible.

Petites considérations existentielles : deux

Réveillé et levé à sept heures, un dimanche matin. La petite ne connait pas encore le travail.

Comme Sénèque le dit dans l’un de ses merveilleux textes ; être libre n’est-il pas de disposer de son temps comme bon nous semble ? N’est-ce pas là l’une des dimensions les plus importantes, si ce n’est la plus importante d’une vie : disposer de son temps. Vivre à son rythme. Travailler – car oui, il le faut bien pour le commun des mortels – à son rythme. Que l’on soit riche, pauvre, ou entre les deux états, la plus grande satisfaction ne vient-elle pas d’avoir fait ce que l’on voulait intiment et totalement faire ? Je le crois. Je crois que les âmes les plus vives , les plus riches, les plus complètes, se trouvent dans cette mécanique. La souveraineté du soi. Quel homme, quelle femme n’en rêve pas ? Le vouloir libérateur/oppresseur. Le déploiement du soi.

Certains choisissent la résignation. Une attitude de soumission face à la vie telle qu’elle est. Ce détachement, cette acceptation du sort telle qu’il est dessiné, amène au renoncement partiel ou total face au vouloir oppresseur/libérateur ancré dans chaque être. Ce qui est une libération, une autre liberté, partielle ou totale. Chacun fait face à sa volonté de puissance comme il le peut et le veut. Aller vers la complétude d’une manière ou d’une autre est purement humain. Dans tous les cas, qui veut vivre incomplètement ? Il y aura bien toujours besoin de combler quelque chose, ne serait-ce que les besoins vitaux. Nature humaine. Nature tout court : chaque espace de terre nue finit par être recouvert par des orties, des liserons,  des pissenlits… ou si vous êtes là, vous pouvez y planter de la délicieuse menthe anglaise.

Mais, finalement, ne sommes-nous pas dépassés par ce nous sommes, par ce qui nous entourent, par les matériaux avec lesquels nous sommes faits, par la circulation de nos fluides, par notre deuxième cerveau ? Les presque Dieux, ne se font et se font eux-mêmes. Ils se perpétuent sur des plans connus et inconnus, sur des croyances, des tropismes. La philosophie que d’aucuns mettent sur pieds ne nous dépasse-t-elle pas ? Cet homme, cette femme a été faite pour penser. Et loin. Les plus libres savent qu’ils ne le sont pas.

Au fond, les structuralistes ont raison sur ce point. Les déterminismes nous fondent, nous forgent, nous guident, nous écrasent, parfois ils créent l’inverse de leurs effets habituels. Ce qui remet en cause le déterminisme même, mais ne l’évacue pas de la réalité.

Les structures existent, elles sont là. Les connaitre et s’en échapper pourrait être la plus suprême des victoires. Frapper, tabasser, pilonner, fracasser autant que possible ces structures. En sortir ; une programmation pour en sortir, aussi, ils diront. Nature humaine, sans doutes, je dirai.

Alors, oui, en effet, avec cette vision, difficile d’aller contre les déterminismes et les pré-déterminismes : l’homme serait programmé pour vivre et être sur plusieurs plans, pour tout et ne rien être – du plus savant ou plus crétin, du néandertalien au transhumain, du fataliste à l’optimiste, et ce dans n’importe quel des milieux.

Pourtant, il me semble que l’attitude, que les postures qu’un individu prend et forge, se forge face à son sort dépende de lui en grande partie. Plusieurs personnes dans la même situation, au même moment, dans la même vie, se comporteraient-ils, auraient-ils la même trajectoire de vie ? La même vision ? Oui et non, tout dépendra du potentiel, de comment l’âme, l’appareil sentimental a été construit et ce, dès la naissance. Une histoire de sensibilité face au monde. Les enfants de monstres ne deviennent pas tous des monstres.

Sans cesse, en la pensée complexe, celle qui chez nous, a définitivement étouffé la pensée binaire, nous ne pourrons tirer un constat, une conclusion. L’être humain est prisme recevant lumière d’autres primes, eux-mêmes relié à d’autres prismes.

Interconnexion illimitée.

Divisant les couleurs en une multitude infinie.

Avec encore un grand nombre de couleurs à inventer.

Sérendipité !

Royauté

Les déterministes disent que tout est pré-déterminé, que les battants sont nés pour se battre, les oppressés nés pour se soumettre. Une bataille entre vainqueurs et vaincus.

Il est vrai que l’on a jamais vu un ouvrier président ou roi.

Les rôles sont multiples, changeants, impermanents.

Guerrier(e), choisis et prends tes armes.

Être son propre roi est l’enjeu.

Le temps comme allié ou adversaire.

 

 

Bref condensé d’un monde

Les âmes authentiques. Les vertueuses, ne se posent en maîtresses du monde. Et c’est en cela que nous perdons notre bel avenir.

Chaque système engendre des monstres. Le nôtre agonise et les mutilateurs en profitent.

Les esclaves comme observateurs regardent la fin venant.

Petits spectateurs du désastre d’un monde à l’agonie.

Pantins tenus par des pantins d’autres pantins.

Furie in situ

On recherche le déchirement du ciel.

Les fracassants coups de tonnerre.

Le passé mort et enterré, revenant des eaux troubles.

L’impermanence de l’état de vie.

Un état de grâce.

Une sortie de soi à pleine vitesse.

La chimère des chimères,

sublime, immense.

Grandiose déraison.

Un impact tonitruant.

L’amour de la terre et des bêtes.

Un éblouissement de l’âme.

Les grandes contrées jamais foulées.

La luminescence tueuse d’abysses.

Dans la barque d’Alighieri,

à siffloter d’aisance.

Que devant nous, les cercles de l’enfer palissent.

Une mystique de vie,

à fleurir la tombe des Dieux.

Le cosmos pour seul allié.

Nous, les Exaltés.