Furie in situ

On recherche le déchirement du ciel.

Les fracassants coups de tonnerre.

Le passé mort et enterré, revenant des eaux troubles.

L’impermanence de l’état de vie.

Un état de grâce.

Une sortie de soi à pleine vitesse.

La chimère des chimères,

sublime, immense.

Grandiose déraison.

Un impact tonitruant.

L’amour de la terre et des bêtes.

Un éblouissement de l’âme.

Les grandes contrées jamais foulées.

La luminescence tueuse d’abysses.

Dans la barque d’Alighieri,

à siffloter d’aisance.

Que devant nous, les cercles de l’enfer palissent.

Une mystique de vie,

à fleurir la tombe des Dieux.

Le cosmos pour seul allié.

Nous, les Exaltés.

Petites considérations existentielles : un

Vingt-quatre mai, encore tombé malade et d’énormes difficultés à avancer dans le programme de Julia. Il y a cependant quelques point positifs – l’avancement dans énormément de choses. Mais la lecture de Cioran a remis les choses en perspective et plutôt négative, je peux dire qu’elle m’a fait énormément de mal. Pourtant ce fut hypnotique. Un tel niveau d’esthétisme de l’écriture et de pensée m’a déconcerté. Je ramène cela aux grand peintres et cette connaissance qui, seule, a monté une micro-ferme. Tout cela me remet face à face avec ma médiocrité, cela m’est insupportable. Moi qui ai recherché et recherche la transcendance depuis si longtemps, je fais à faire avec chimère sur chimère, des montagnes russes infinies.

La question du pourquoi et du comment de mes agissements me malmène. Est-ce là une attitude fondamentalement humaine que de rechercher l’absolu ? Est-ce une grande incomplétude face à soi-même ? Une distance trop grand par rapport à la réalité du monde ? Est-ce dû à l’éducation, aux cicatrices d’enfance ? Je ne peux et ne sais le dire. Aucun concept ne s’ancre chez moi, je suis frivolité, c’est en lisant Cioran que je l’ai découvert. Mon esprit se départit de tout, il est programmé pour la fuite, pour aller vers l’absolu, alors qu’il sait intiment que c’est impossible, il continue son chemin. Ma pensée essentiellement organique joue contre moi, et jouant de la sorte, elle me grandit, dans la douleur, dans la fatigue, elle me ramène au réel d’un monde que je n’ai pas voulu. De l’intuitionnisme qui rejette l’intelligence, qui refuse de se concentrer sur les systèmes, qui n’adhère à rien. Qui flotte au-dessus des concepts. Peut-être que mon âme est torve, trop électrique que pour se poser sur la tranquillité.

Pourtant je ressens encore quelques exaltations à la découverte de nouvelles choses, je suis parfois léger. Il y a souvent dans cette attitude une non-pensée, un oubli de soi, un non-soi même, un abandon presque totale. La légèreté viendrait de là, le néant, le rien. L’auto-guidage dans un environnement bon, au moins en apparence. Peut-être est-ce là l’une des clefs. L’oubli de l’hostilité du monde contemporain, des ondes négatives écrasantes. Étouffé cette pensée qui me guide, qui est trop vivace pour moi, qui me maîtrise. Chaque instant mentalisé me pousse à l’irrationnel, est insaisissable, impossible à systématiser. J’apprends encore à transformer cette énergie mentale, au moins en énergie artistique, en oeuvre. Mais elle est un serpent, une anguille huileuse, démente, elle veut mais ne veut pas totalement. Que de travail ! Peut-être que mes conditions de vie non-voulue sont à la fois très bonne pour une mécanique prolifique de pensée et très mauvaise pour la recracher en quelque chose de viable, de créatif, de satisfaisant.

C’est en grande partie pour cela que j’en suis venu à lire quelques fameux philosophes, bien que j’y sois tombé par hasard et assez tardivement, je peux quand même dire que c’est grâce à eux que je suis sorti de l’ornière, que je suis sorti de moi. Il m’a été permis de voir que la pensée est naturelle chez un homme, qu’elle se dompte, qu’elle se dirige, de voir la possibilité d’autre chose. Quel grand bien cela m’a fait. Il n’empêche que je me situe toujours en pleine impermanence, en pleine urgence de vivre, je suis dans le feu de mon âme alors que la vie, ma situation, ma condition est inverse. D’une lenteur abêtissante. Le terrible fracas est là, la liberté mentale face à un éternel retour journalier d’une vie humaine à assumer, réductrice : factures, nourritures, travail et tout ce dont nous sommes vitalement obligés de faire, ce qui est en fait – maintenant que j’écris -fonctionner dans un système que je n’ai établi, que d’autres ont dessiné et décidé depuis des millénaires. La malaise doit se situer là. Tout cela est vertigineux.

Ces quelques philosophes fameux, ces stoïciens, ces hédonistes, ces épicuriens, ces ascètes, ces penseurs, une certaine pensée orientale, ne peuvent tout changer. Il y a dans mon être quelque chose d’inchangeable, d’intransperçable, un endroit où la tempête ne se laisse jamais vaincre par l’Ataraxie.

Est-ce là une question de grande sensibilité ?

Je le crois bien.

On ne se fait soi-même.

On compose avec ce que l’on nous a donné.

 

Anthropocène

Si vous pensez en logique d’espèce, tout se tient. L’Homme fait ce qu’il fait pour asseoir sa domination sur le monde. Il le fait en se répandant le plus largement possible sur le globe. Guidé par son instinct, il procrée, se multiple. Le but est de contrôler l’étendue. Les différences étant cause de frictions, de difficultés de gestion, il préférera une société uniformisée, automatisée, mollement confortable.

Détruire ce qu’il y a à détruire, pour construire après. Son égocentrisme, ce que l’on appelle anthropocentrisme le contraint paradoxalement à s’éradiquer lui-même d’une façon voulue et non voulue. Voulue, par les différentes guerres menées entre les nations, peuplades, esprit de conquête, esprit de haine… Non voulue, par résultat de sa propre évolution, pollution, destruction de son environnement.

Ce qui est en jeu ici, c’est l’anthropocène, et bientôt on pourra voir si l’homme a été programmé plutôt pour la vie ou plutôt pour la mort.

Ce qui est réellement en jeu aujourd’hui, c’est la raison face à l’économie du toujours plus.

C’est l’acuité et le discernement de l’espèce humaine face à sa propre survie, face à ses propres vanités marketisées.

L’enjeu : aller au-delà de sa nature destructrice ou y rester.

Poupée

Pourquoi philosopher ?

Alors que l’intelligence humaine n’arrivera à perforer,

ce que les plus grands des philosophes n’ont jamais réussi à perforer.

Pour se préparer à mourir ?

Pour vivre dans la clarté ?

Aucun système ne résiste au tragique du monde.

Pas même l’intuitionnisme.

Alors que reste-t-il ?

Le Nihilisme ?

Lui aussi finira par être aspiré de là ou il vient : le presque vide.

L’irrationnel ?

L’instinct ?

La foi ?

Programmation ?

Un pantin,

taillé pour la liberté.

Mécanique

Il y a l’opium du peuple.

Il y a la philosophie.

Il y a les dogmes, les arrières-mondes.

Il y a la déconstruction, les abstractions.

 

La vérité est multiple.

Prismatique.

Chacun est produit de concepts,

eux-mêmes produits de concepts.

Liberté ?

Il est bon et mauvais d’avoir de grandes ambitions.

Les choses sont à expérimenter.

 

Chacun est sur sa Voie.

Ontologique.

 

Être

La promenade au milieu de l’être,

n’en fut pas une.

Tant de fois, elle fut misère,

que tu en gardes encore amertume.

Et du cap maintenu.

Malgré les rafales de vent, des maelström.

Tu n’as rompu.

Aujourd’hui, la délivrance t’embrasse.

Tu te dis que cela en valait la peine,

que même l’amertume n’est éternelle.

Le bal des parasites : introduction.

Qu’est-ce que tu veux que je te dise, petit ? On a mis sur pied un tas de systèmes. Un tas. Le communisme, le fascisme, le capitalisme, le nazisme, le libéralisme, le maoïsme, la démocratie et d’autres trucs que j’ignore, tellement d’autres. Beaucoup se sont effondrés, ce sont des cycles, chaque chose a sa durée de vie. Rien de grave. C’est comme la vie, ça naît, ça meurt, on en verra d’autres. Mais tu sais quoi petit ? Les oppresseurs et les oppressés demeureront toujours. C’est dans l’ordre des choses. Tout n’est pas sur le même plan.

Tu ne dois pas t’en faire. La plus grande liberté est de connaitre le système et ses limites, de composer avec, mais comment veux-tu appréhender tout cela si tu n’as déjà pas appris à te connaître ? La plus grande liberté est de savoir que l’on n’est pas libre, les systèmes sont des conneries. Supprime ce qui t’embête dans ta vie, entretiens ce que tu affectionnes, progresse, transcende-toi. Trouve ton truc. Tu tomberas certainement dans certains pièges, tant que tu t’en sors, c’est rien.
Mais ne sois pas dupe. Le système aurait pu être un autre système. Et toi, tu peux être ton propre système dans le système, aux côtés d’autres système qui sont des gens, des animaux, des structures.
Surfe sur toute cette crasse. Défie la poussière. Tu vaux bien plus que ce que le système te propose.
Moi, j’ai merdé du début à la fin. Je n’ai pas su faire ce que je te dis. Je sais pas, sans doutes ai-je manqué de courage, de force ou de substance. Mais que veux-tu, de là où je viens on n’apprend rien de grand, on vit mécaniquement, selon des schémas bien établis “tu feras des études mon fils et tu trouveras un travail”. Et tu t’exécutes. Et dix ans, quinze ans après, tu te demandes quel est le sens de tout ça ? Tu regardes ton petit salaire d’employé, tu allumes ta télé, tu t’endors après ta journée de boulot, tu t’amollis, t’abêtis, tu as la frousse de tenter quelque chose de plus grand parce que le confort ordinaire t’a mordu, que la sécurité t’emprisonne, que tu as peur de perdre le peu qui ne t’appartient pas encore.
Je suis prisonnier du système. Et pire encore, de mon propre système. Je suis ce que l’on a voulu de moi, ce que l’on a fait de moi. Et je ne saurai jamais être autre chose, cela a trop duré, c’est gravé dans la roche, je ne peux me déprogrammer. Mais toi ? Tu as encore tout le temps pour faire ta propre programmation. Pour cela, tu aurais besoin d’appuis, de mentors, de gens qui sèment de la lumière en toi. Je serai là pour toi.
Il partit, laissant la lumière allumée.

Toi, poche de lumière.

Nous avons besoin de poches lumineuses, disponibles ça et là, à portée de main lorsque nous nous asphyxions. Je sais que tu me diras que rien ne changera, que l’ordre est ainsi fait, que les cartes sont distribuées, et tout un tas de choses, et puis, et puis, je sais, c’est vrai.

Mais tu serais bien sot de réfuter que rien n’est joué, que tout n’est pas calculable, que ce que l’on appelle le hasard peut surgir de son trou, qu’il peut bouleverser la donne. Alors même si tu n’y crois pas, tu sais intiment que le hasard n’a pas besoin que l’on croit en lui. Un peu comme toi, pourquoi voudrais-tu que l’on croie en toi. C’est un jeu. Et tu sais aussi que le hasard est rare. Que le hasard peut tout aussi bien être destructeur que constructeur. Tu sais aussi que tu es perdu, car le vrai est entrelacé, perforé, englobé d’autres vérités, parfois plus pures encore. Le faux n’est pas le faux, il peut lui aussi être vrai en fonction du moment, de ton état d’esprit, et des événements. Tu es perdu, car tu n’avais pas reçu une éducation dogmatique, faite de certitudes, tu étais vierge.

Toi qui penses que c’est ta plus grande malchance, tu t’es trompé, encore. Tu peux voir plus grand, encore, encore et encore. Et tu te tromperas, tu penseras même te tromper alors que tu ne te trompes pas, encore. C’est la complexité de la vie. Tu vis la complexité de la vie. Elle est en toi. Tu es la vie. Une apparente stabilité dans un chaos en ébullition, en toi.

Deviens une poche de lumière. Je t’en conjure. Deviens une poche de lumière. Nous aurons besoin de toi. Lorsque l’Humanité deviendra plus crade encore, nous tomberons sur toi. Cela nous ramènera à autre chose, quelque chose de grand. Nous ne te demanderons rien de plus que quelques paroles. Un peu d’éclairage. Tandis que nous serons en pleine perdition, nous ne te demanderons qu’un peu de lumière, qu’un peu de ta pensée le jour où nous ne serons statufiés.

Dieu n’est pas mort, son cadavre bouge encore

Alors que les barrières étaient tombées, qu’il avait la libération en point de mire, il a échangé ses chaînes, contre d’autres, bien plus vaniteuses. Il est allé vers le rien, le néant.

Le céleste n’était plus, et une partie de lui-même non plus.

Il aurait pu transformer ce vide de pensées, de sens, en le contre-balançant avec un travail de réflexion sur le monde, en plaçant la culture au centre. Il avait tous les outils technologiques en mains pour cela. Il ne l’a pas fait. Il a préféré s’abêtir dans l’instantané, il a préféré utiliser le peu de temps dont il disposait à ingurgiter des informations abrutissantes jetées en masse ça et là dans le tourbillon médiatique. Dans le fond, ce ne serait pas vraiment grave, s’il appréciait sa vie, chose dont il n’est pas sûr.

Paradoxalement, il est son propre Dieu, et ne crée rien, il conspue, pleure sur son propre sort, alors que les voies lui sont ouvertes. Sans doutes, est-il devenu paresseux. On pourrait ne pas lui en vouloir d’ailleurs, très longtemps on lui a dicté ce qu’il devait faire, penser, et à cette époque il n’était sûr d’être heureux non plus.

Le divertissement est chose facile, c’est bien pour cela qu’il existe, pour alléger l’existence, pour reposer l’esprit se dit-il.

Mais, qu’il prenne garde, le repos du guerrier est une chose, le repos du paresseux en est une autre. Tandis qu’il s’affale dans son confort, que sa pensée devient de plus en plus molle, qu’elle perd en consistance, d’autres saisiront l’occasion pour lui dire avec véhémence et certitude que face au néant, eux ont la solution. Qu’il devrait leur laisser le plein commandement de la société, et que tout ira beaucoup mieux.

Si cette direction est prise, il ne pleura pas sa chance gâchée mais plutôt la situation dantesque. Il pleura pendant que les derniers bastions de son Humanité se retrouveront écrasés par des êtres pires que lui encore.

La liberté de penser est étouffée par la bassesse lyrique (défaut du langage amenant à un défaut de pensée) d’une grosse partie du peuple, et cela le restera tant que les pré-surhommes (l’homme en quête d’Humanité) resteront de gré ou de force dans l’ombre.

Grandeur

De l’espoir anéanti naît la sublime grandeur – Alors que la victimisation, la quête de bonheur, du bien-être sont plus que jamais à la mode, que la tension travail vie privée pousse au burnout. Certains s’envolent loin. Ils créent leur propre ciel, sont leurs propres étoiles. Ils illuminent nos noires contrées. Par delà l’occidental biberonné au matérialisme et harcelé par les publicités de toutes parts, ils se trouvent. Après avoir dépassé Dieu, ils ont dépassé le nihilisme, le trou béant que celui-ci avait laissé. Ils sont assez forts pour croire en la vie et voir le sacré là où le consommateur ne voit rien d’autre que bêtise juvénile. Ils sont au-dessus de l’abattement général, au-dessus de ceux qui ne trouvent que le négatif (ils le cherchent avant tout, par peur de faire face à eux-mêmes). Ils savent que le confort les abêtiraient et que l’effort léger, que la gaieté amènera ce que l’espoir détruit. Ils vont vers le meilleur, ils n’attendent pas le meilleur.

Ils ne sont attentistes. Ils n’attendent rien des autres, du système. Ils se battent, le cœur empli d’envie, de passion, avec la soif de ne vaincre autre chose qu’eux-mêmes. Dans un monde qui laisse peu de place à la lenteur, à ce que les utilitaristes et certains capitalistes appellent “l’inutilité”, eux gagnent sur tous les terrains, les terrains de la sagesse, de l’amitié, de l’amour, de la poésie, de la nature, du noble. Ils sont Femmes et Hommes complexes, complets. Ils sont le contre-poids face à ce désœuvrement, cette vision totalement dédiée à l’économie et au futur noir, des Femmes et des Hommes d’aspirations nouvelles. Ils n’espèrent pas, ils prennent leur avenir en main, en affrontant de grandes questions existentielles.

Avec vigueur et courage ils créent leur modèle de vie en s’écartant du modèle promis ou plutôt subrepticement imposé. Ils ont compris que ce n’était pas tenable, que vivre comme un consommateur revient à abandonner une partie de leur humanité, celle de l’Homme libre. Oh non, ils n’ont pas besoin d’espoir. Ils sont l’Espoir. Et j’invite toute personne désireuse de vivre grand à tendre vers cet espèce d’Hommes modernes. La peur ne vous guidera pas ! Amis. Emplissez-vous de confiance et dites à voix haute : la vie est grande, elle est partout, elle est en moi !

Incandescence

Cette possibilité.
Cette infime possibilité,
qui flotte, à nous narguer.
Nous la prendrons comme devoir d’Humanité.

Ce spectre omniprésent qu’est la folie humaine.
Qui n’a que trop frappé, et ne frappe que trop encore.
Ne saura tuer le petit enfin qui rêve encore.

Au fond de ses yeux, son monde majestueux vit.
Il s’étend, là où le mal ne pourra jamais s’étreindre.

Là où même les aigles ne volent pas.